[328]. GaindeSat : la fin d’une mission, le début d’une souveraineté spatiale

Le 21 janvier 2026, GaindeSat-1A a effectué sa rentrée atmosphérique, marquant la fin de sa vie opérationnelle. Un événement qui, loin de sonner le glas du programme spatial sénégalais, a permis à l’équipe de coordination du programme d’en révèler toute la trajectoire.

La fin de mission : un épilogue attendu

Dans une interview accordée au quotidien L’Observateur le 12 mars 2026, le Professeur Wagane Faye, coordonnateur du Projet SenSat, a replacé cet événement dans sa juste perspective :

Le satellite GaindeSat-1A a fait sa rentrée atmosphérique le 21 janvier 2026 à 04h56 UTC, marquant la fin de sa vie. Ce n’est pas un événement extraordinaire : un satellite mis en orbite tourne autour de la Terre et perd progressivement de l’altitude jusqu’à entrer dans l’atmosphère.

GaindeSat-1A, premier satellite de la série, ne disposait pas de système de contrôle d’altitude qui lui aurait permis de rester en orbite au delà de cette période. Ce choix résulte, selon le Pr Wagane FAYE, de contraintes liées à la taille réduite du nanosatellite, qui ne permettait pas d’intégrer ce type d’équipement. Sa rentrée atmosphérique était donc inscrite dans sa conception même.

Une feuille de route vers une souveraineté spatiale

Ce qui retient davantage l’attention du Pr Wagane FAYE, c’est moins la fin de GaindeSat-1A que ce qu’il laisse derrière lui : « La vraie réussite de GaindeSat n’est pas le satellite lui-même, ce sont les compétences et l’écosystème qu’il est en train de créer. »

Cette logique de montée en compétences se lit clairement dans la feuille de route du programme spatial sénégalais :

  • GaindeSat-1B, en cours de fabrication au moment de l’interview, sera assemblé par les ingénieurs de SenSat sans encadrement extérieur, même si une partie des composants reste importée. Son lancement est prévu en 2026.
  • GaindeSat-1C sera entièrement conçu à Dakar, avec une technologie propre au Sénégal, sans importation ni coaching. Seul l’assemblage se fera à l’étranger, faute d’infrastructures adéquates sur le territoire national.
  • GaindeSat-1D franchira la dernière étape : conception et assemblage entièrement réalisés au Sénégal, dans un futur centre dédié, « garantissant ainsi la souveraineté spatiale du pays », selon le Pr Faye.

Chaque génération représente donc un degré supplémentaire d’autonomie, jusqu’à l’affranchissement complet de toute dépendance technologique extérieure.

Ce que nous savions en janvier 2024 du programme spatial sénégalais

Pour comprendre d’où vient ce programme, il faut remonter au 9 janvier 2024, date à laquelle le forum du Divan Citoyen recevait l’ingénieur Mamadou Lamine Ndao, coordonnateur adjoint du projet SenSat/GaindeSat et Moustapha Diop ingénieur bord sol du programme. La session s’est tenue en ligne sur le réseau social X (ex-twitter) et le replay est disponible sur ce lien.

À l’époque, GaindeSat venait d’être mis en orbite et suscitait de nombreuses réactions, majoritairement enthousiastes, mais aussi interrogatives. Beaucoup de Sénégalais se demandaient concrètement à quoi servait ce satellite, et ce qu’il changeait au quotidien.

Qu’est-ce que GaindeSat ?

Un satellite est, dans sa définition la plus simple, tout dispositif placé en orbite autour de la Terre, qu’il soit naturel comme la Lune, ou artificiel. GaindeSat appartient à la catégorie des nanosatellites, une option stratégiquement choisie par le Sénégal pour des raisons de coût et de délai : le satellite est facturé au kilogramme au lancement, et un nanosatellite peut être conçu et assemblé en environ un an.

Le projet trouve ses racines au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), qui travaillait sur l’idée depuis 2017, sous l’impulsion de Mary Teuw Niane alors consultant. C’est pourtant à partir de 2020 que le Professeur Cheikh Oumar Hanne, devenu MESRI, en a confié la coordination opérationnelle au Professeur Wagane Faye. L’ambition était double : disposer d’un satellite et savoir en fabriquer.

C’est ce qui explique le partenariat avec le Centre spatial de l’Université de Montpellier, reconnu pour son expertise en nanosatellites. Des ingénieurs sénégalais, issus notamment des écoles de formation EPT, ESP et IPSM, ont été recrutés, formés et sont devenus ingénieurs du projet. Une partie d’entre eux est revenue au Sénégal pour poursuivre le déploiement du projet tandis que l’autre est restée à Montpellier pour travailler sur la génération suivante.

À quoi sert concrètement GaindeSat ?

La mission principale de GaindeSat est la collecte de données météorologiques, permettant de développer un partenariat fécond avec des structures étatiques comme l’Office des forages ruraux (OFOR) et l’Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie (ANACIM). Sa mission secondaire est une démonstration de capacité de prise d’images. Le satellite passe en moyenne deux fois par jour au-dessus du territoire sénégalais, pour une durée de neuf à onze minutes par passage.

Avant GaindeSat, des agents de terrain des structures susnommées devaient se déplacer sur divers sites pour relever manuellement les données stockées dans des balises de collecte. Avec le satellite, le centre de commande de Diamniadio peut interroger ces balises à distance, récupérer les données en temps réel et les redistribuer aux partenaires via des canaux dédiés, y compris dans les zones blanches, peu ou pas connectées au réseau classique. La fiabilité des données s’en trouve améliorée, les coûts logistiques réduits, et les données peuvent inclure l’état de santé des infrastructures de collecte elles-mêmes, facilitant la maintenance préventive.

Le choix de l’orbite et du lanceur

GaindeSat-1A a été placé sur une orbite héliosynchrone (SSO), un choix qui s’explique en grande partie par les contraintes du lancement. Comme l’a expliqué le Dr Mamadou Lamine Ndao, cet option est davantage optimisée pour les pays à haute latitude comme les pays européens plus proches des pôles. Pour un pays comme le Sénégal, situé près de l’équateur, une orbite équatoriale aurait offert une meilleure couverture et des temps de passage plus longs.

Pour mettre GaindeSat-1A en orbite, le Sénégal a eu recours à SpaceX, qui opère selon une logique commerciale : il dessert les destinations les plus rentables. Comme l’illustrait de fort belle manière le Dr Ndao par une métaphore parlante, choisir sa propre destination de lancement revient à prendre un taxi individuel à un prix multiplié par vingt ou cinquante par rapport à un taxi collectif. Le Sénégal a donc opté pour la destination disponible à moindre coût, aux côtés d’une centaine d’autres satellites.

L’exemple de Djibouti, qui avait acquis deux satellites (Djib-1A et Djib-1B) est assez illustratif de ce choix. Si Djib-1A a été mis en orbite sur une orbite SSO, le pays cherche encore aujourd’hui à faire voyager Djib-1B vers une orbite équatoriale sans trouver d’opérateur. La situation est d’autant plus complexe qu’à ce jour, aucun site de lancement opérationnel n’existe en Afrique, ce qui contraint l’ensemble des nations du continent à recourir à des acteurs extérieurs pour accéder à l’espace.

Le Sénégal, futur hub spatial africain ?

La vision portée par le projet SenSat dépasse le seul cadre national. Le Dr Ndao évoquait en 2024 l’ambition de positionner le Sénégal comme un hub spatial à l’échelle africaine, en s’appuyant sur ses écoles d’ingénieurs, ses talents locaux et sa diaspora. L’Agence spatiale africaine, dont le directeur Dr Tidiane Ouattara multiplie les initiatives de coopération, progresse en ce sens, même si chaque pays avance à son propre rythme.

Une piste concrète envisagée pourrait être celle d’un satellite co-financé et partagé entre plusieurs pays africains permettant de mutualiser les coûts tout en adaptant la collecte de données aux besoins géographiques spécifiques de chaque partenaire. Le Sénégal et Djibouti qui mettent déjà en oeuvre des programmes avec plus de similitudes pourraient être les têtes de file de cette ambition continentale.


Sources : interview du Pr Wagane Faye, L’Observateur, 12 mars 2026 ; émission Le Divan Citoyen avec Dr Mamadou Lamine Ndao, 9 janvier 2024.

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