Cette semaine, deux registres coexistent sans se neutraliser : d’un côté, une mécanique institutionnelle sénégalaise qui tourne à plein régime, entre un texte électoral renvoyé en délibération et un service de santé publique qui rouvre après deux ans de silence ; de l’autre, des signaux plus discrets mais réels. Pendant ce temps, une chercheuse distinguée à l’international cotoie des jeunes formés à l’État de droit et des citoyens qui appellent désormais sans surcoût entre Dakar et Lomé.
🏛️ Le Code électoral renvoyé en seconde lecture : ce que la Constitution permet, et ce que cet épisode révèle
Le 8 mai 2026, le président de la République Bassirou Diomaye Faye a renvoyé devant l’Assemblée nationale la loi modifiant les articles L29 et L30 du Code électoral, adoptée le 28 avril par 128 voix pour, 11 contre et 2 abstentions. La raison officielle invoquée dans sa lettre datée du 7 mai : deux versions différentes du texte lui ont été transmises après le vote. Il s’appuie pour ce faire sur l’article 73 de la Constitution qui dispose que le président de la République peut, dans le délai de promulgation, « demander à l’Assemblée nationale une nouvelle délibération qui ne peut être refusée ».
Ce mécanisme, peu mobilisé dans la pratique constitutionnelle sénégalaise récente, mérite d’être compris pour lui-même. La seconde lecture n’est pas un rejet de la loi mais une invitation à délibérer à nouveau sur un texte déjà voté. Une fois cette nouvelle délibération acquise, la loi est définitivement adoptée et, fait important, aucun recours ne peut plus être introduit devant le Conseil constitutionnel. Ce verrou procédural n’est pas anodin : le président disposait de deux options, rappelait le président du groupe parlementaire PASTEF Ayib Daffé : saisir le Conseil constitutionnel ou renvoyer le texte en seconde lecture. Le choix retenu ferme donc la voie du contrôle de constitutionnalité.
L’épisode est d’autant plus notable que le chef de l’État avait, dès son interview du 2 mai au Palais, publiquement pris ses distances avec cette initiative parlementaire portée par sa propre majorité. Ce n’est pas la loi elle-même qu’il conteste formellement, mais la manière dont elle a été produite. Le président de l’Assemblée nationale El Malick Ndiaye a, pour sa part, exprimé son étonnement, affirmant que la bonne version avait été corrigée le jour même et validée par le conseil juridique de la présidence. La proposition de loi sera à nouveau soumise à la Commission des lois et à la plénière dans une procédure d’urgence.
Pour le citoyen, la question posée dépasse le détail procédural. Que contiennent exactement ces articles L29 et L30 ? L’article L29 encadre les conditions de parrainage pour les candidatures à l’élection présidentielle ; l’article L30, que la loi adoptée le 28 avril abrogeait, concernait les critères de représentation territoriale dans ce même parrainage.
Source : Senego (senego.com, 8 et 9 mai 2026) ; Senenews (senenews.com, 8 mai 2026) ; Constitution de la République du Sénégal, article 73.
🩺 Radiothérapie à Le Dantec : 500 patients en attente, un service qui reprend
L’unité de radiothérapie de l’hôpital Aristide Le Dantec a officiellement repris ses activités le lundi 4 mai 2026. Elle était fermée depuis deux ans, dans le cadre des travaux de reconstruction de l’établissement. Cette réouverture, attendue depuis longtemps par les patients et les soignants, intervient dans un contexte de forte pression sur les structures publiques de cancérologie. Selon le professeur Mamadou Moustapha Dieng, chef du service de cancérologie de l’hôpital, environ 500 patients sont actuellement en attente de radiothérapie dans le secteur public.
Le chiffre dit quelque chose que les communiqués officiels ne disent pas toujours : derrière la reprise technique d’un service, il y a des femmes et des hommes dont le parcours de soins a été suspendu, ralenti, ou reporté vers des structures privées hors de portée du plus grand nombre. La radiothérapie est un traitement essentiel dans la prise en charge des cancers du sein, des cancers ORL et des cancers osseux. Elle ne peut être différée indéfiniment sans conséquences sur le pronostic.
Ce retour du service à Le Dantec ne résout pas, à lui seul, les fragilités structurelles du système oncologique sénégalais. La Revue annuelle conjointe 2026 du ministère de la Santé, tenue quelques jours plus tôt, a mis en lumière des déficits persistants : infrastructures vieillissantes, ressources humaines inégalement réparties, lenteurs budgétaires. Mais pour les 500 patients qui attendent, c’est d’abord une nouvelle concrète, mesurable en semaines d’attente gagnées ou perdues.
Source : Senenews (senenews.com, 5 mai 2026) ; SENTV (sentv.info, 4 mai 2026).
🌍 Roaming Sénégal – Togo – Bénin : quand l’intégration passe par le téléphone
Le 24 avril 2026 à Lomé, le Sénégal, le Togo et le Bénin ont inauguré le « roaming gratuit », un dispositif d’itinérance communautaire issu d’accords entre les trois autorités de régulation des télécommunications signés en décembre 2025 à Dakar. Le principe est simple : un citoyen sénégalais au Togo ou au Bénin reçoit ses appels gratuitement pendant les trente premiers jours de séjour, et accède à internet mobile à des tarifs qui pourraient être jusqu’à plusieurs milliers de fois inférieurs aux tarifs d’itinérance habituels (un chiffre avancé par les organisateurs qu’il convient de lire comme un ordre de grandeur indicatif, les conditions exactes variant selon les opérateurs).
La question utile à poser n’est pas technique mais institutionnelle : pourquoi cette mesure n’existe-t-elle pas encore à l’échelle de la CEDEAO tout entière ? La réponse est dans la complexité de la coordination entre quinze États membres, chacun avec ses propres opérateurs, ses propres régulateurs et ses propres intérêts tarifaires. Ce que le Sénégal, le Togo et le Bénin ont réussi à construire en bilatéral harmonisé représente un modèle plus modeste mais opérationnel : trois pays, trois régulateurs, un accord technique concret. Le directeur général de l’ARTP Sénégal, Thiam Dahirou, a qualifié cette entrée en vigueur d’étape historique dans la construction d’un espace régional intégré.
Ce qui change concrètement pour les citoyens, c’est d’abord la réalité des flux humains entre ces trois pays : commerçants, travailleurs migrants, familles transfrontalières, étudiants. Pour tous ceux qui traversent régulièrement ces frontières, le coût des communications représentait une contrainte réelle. Réduire ce coût, c’est aussi réduire une barrière à la mobilité et aux échanges économiques informels qui structurent une large part de la vie des populations en Afrique de l’Ouest.
Source : Financial Afrik (financialafrik.com, 25 avril 2026).
🔍 Alerte – Image manipulée : un faux communiqué France 24 cible le président de la République
Ce qui circule : une image manipulée, largement diffusée sur WhatsApp et Facebook dans la matinée du samedi 3 mai 2026, présentant ce qui ressemble à un bandeau d’information de la chaîne internationale France 24 et affirmant que des « Sénégalais s’interrogent sur la santé mentale » du président Bassirou Diomaye Faye.
La vérification établit qu’il s’agit d’un faux. La photographie utilisée dans ce visuel a été extraite d’une vidéo officielle de la cérémonie de remise des cahiers de doléances des centrales syndicales, tenue le 1er mai au Palais de la République. L’image est authentique ; le contexte qui lui est attribué est totalement fictif. Plusieurs incohérences graphiques ont été relevées : mélange de langues dans les bandeaux, typographie s’éloignant des standards habituels de France 24, mise en page ne correspondant pas aux gabarits utilisés par la chaîne. Aucune publication de ce type n’a été retrouvée sur les plateformes officielles de France 24, dont la dernière actualité consacrée au Sénégal remontait au 28 avril. À ce stade, aucun organisme de fact-checking accrédité n’a publié de vérification formelle référencée sur ce contenu spécifique, mais les éléments disponibles établissent clairement la nature frauduleuse du visuel.
Le mécanisme central à nommer ici est l’usurpation d’identité médiatique (media impersonation) : une technique de désinformation qui consiste à emprunter la charte graphique, le nom ou le logo d’un média reconnu pour faire circuler un contenu fabriqué sous couverture de sa crédibilité. La technique est efficace parce qu’elle court-circuite le réflexe de vérification : le lecteur identifie une source qu’il connaît et valide l’information avant même de l’avoir lue. Ce type de contenu se propage particulièrement vite sur WhatsApp, où l’absence de contexte éditorial et la dynamique de partage dans des cercles de confiance amplifient la diffusion.
Ce que les citoyens peuvent faire face à ce type de contenu : vérifier directement sur les canaux officiels du média supposément cité avant tout partage, et se méfier de tout visuel qui associe une image authentique à un titre ou contexte qui lui est extérieur.
Source : Ndarinfo (ndarinfo.com, 3 mai 2026).
🤝 ELCAD 2026 : former ensemble des jeunes de partis et de mouvements citoyens à l’État de droit
Le 7 mai 2026, le Bureau du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme à Dakar a accueilli la deuxième session de l’École de Leadership pour la Citoyenneté Capacitaire et la Démocratie (ELCAD 2026), promotion Amadou Mahtar Mbow. Cette école, organisée par Afrikajom Center en partenariat avec le HCDH, réunit des jeunes issus à la fois de partis politiques et de mouvements citoyens autour de modules de formation consacrés à la démocratie, à l’État de droit et aux droits humains.
Ce qui rend cette initiative notable, c’est précisément sa composition : des jeunes de sensibilités politiques différentes, assis dans la même salle pour travailler ensemble sur des principes communs. Dans un contexte sénégalais marqué par une polarisation croissante de l’espace public, cette démarche délibérément transpartisane constitue un pari civique.
Le fondateur d’Afrikajom Center Alioune Tine a rappelé lors de cette session que la protection de l’État de droit dépend avant tout de l’engagement citoyen, et que le silence face aux atteintes aux libertés fragilise la démocratie. Le représentant du HCDH Ange Atta a pour sa part souligné que la démocratie ne se limite pas à l’organisation d’élections, mais repose sur la participation citoyenne, la transparence et la responsabilité des gouvernants.
La question que cette initiative invite à poser : comment former durablement une génération de responsables — qu’ils viennent du politique ou de la société civile — à des réflexes démocratiques qui tiennent aussi quand ils exercent le pouvoir ?
Source : allAfrica / Sud Quotidien (allafrica.com, 8 mai 2026).
✨ Rokhaya Ndiaye Diallo – la génétique humaine sénégalaise distinguée à l’échelle mondiale
Du 21 au 24 avril 2026, à Athènes, la Human Genome Organisation (HUGO) tenait son congrès annuel. Parmi les distinctions décernées figure le prix HUGO Afrique 2026, attribué à la professeure Rokhaya Ndiaye Diallo, enseignante-chercheuse à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et présidente de la Société sénégalaise de génétique humaine (S2GH). La récompense salue l’excellence de ses travaux de recherche et son engagement pour le développement de la génétique humaine au Sénégal.
La génétique humaine est une discipline directement utile à la santé publique. Ell permet de mieux comprendre les maladies héréditaires, de personnaliser les traitements et d’adapter les politiques de prévention aux spécificités des populations. Que des chercheurs africains travaillent sur des données africaines et soient reconnus pour cela par les institutions scientifiques internationales, est un enjeu de souveraineté scientifique autant que de rigueur épistémique : longtemps, les études génétiques de référence ont été produites à partir de populations occidentales, avec des limites réelles pour leur application à d’autres contextes.
La distinction reçue par la professeure Ndiaye Diallo rappelle que cette excellence existe, qu’elle se construit dans les universités publiques africaines, et qu’elle mérite d’être connue au-delà des cercles académiques.
Source : Agence de presse sénégalaise (aps.sn, 27 avril 2026).
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