fil de la semaine

[360]. Le Fil de la semaine – Edition n°23 – Semaine du 26 juillet au 1er août 2026

Cette semaine a été celle des ruptures assumées et des engagements affichés : un président qui construit sa propre maison politique, un système de santé qui se donne un horizon de dix ans, une diplomatie régionale qui va chercher le dialogue là où il n’allait plus de soi. Pendant ce temps, une étude scientifique mal relayée a suffi à semer l’inquiétude sur les tables sénégalaises, et un littoral nettoyé par ses propres habitants a rappelé qu’une partie de la réponse se joue aussi à hauteur de citoyen.

🏛️ Diomaye Faye se donne sa propre maison politique avec Kiiraay

Le 25 juillet à Dakar, le président Bassirou Diomaye Faye a officialisé la création de « Kiiraay — Les Patriotes Républicains », qui prend la suite de la coalition « Diomaye Président » ayant porté sa candidature en 2024. Le mot wolof kiiraay renvoie à l’idée de protection ; le président a présenté ce nouveau parti comme fondé sur la République, l’éthique, la transparence, la fraternité et le travail. Ce lancement acte, de fait, une rupture avec Ousmane Sonko et le Pastef, dont il avait porté la candidature à la présidentielle : les deux hommes évoluent désormais sur des bases politiques distinctes.

Pour les citoyens, cette recomposition dépasse le seul jeu des étiquettes partisanes. Elle interroge la solidité de la coalition qui a porté Diomaye Faye au pouvoir en 2024, et la manière dont l’exécutif entend s’appuyer, dans la durée, sur une base politique qui lui soit propre plutôt que sur l’architecture initiale du Pastef. Un congrès constitutif est annoncé pour l’après-hivernage.

Source : France 24 (france24.com), 26 juillet 2026 ; Faso7 (faso7.com), 26 juillet 2026.

Pendant que le paysage politique se redessine, l’État a choisi de projeter une autre de ses priorités sur le temps long : la santé.

🩺 Le Sénégal se donne dix ans pour transformer son système de santé

Le 28 juillet, le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Dr Ibrahima Sy, a présidé la validation technique de la Stratégie nationale de transformation du système de santé (SNTSS) 2026-2034, un programme chiffré à 6 661 milliards de francs CFA. Cette feuille de route ambitionne de faire passer l’espérance de vie de 69,3 à 73 ans d’ici 2034, de refondre les districts sanitaires et l’organisation hospitalière, et d’installer progressivement une assurance maladie obligatoire pour l’ensemble des citoyens.

L’ambition affichée est de sortir d’une logique de gestion de l’urgence pour construire un système « souverain, performant et résilient ». Reste que le financement d’un programme de cette ampleur, sur une décennie, engage les budgets publics bien au-delà du mandat en cours : le suivi de son exécution, année après année, dira si l’objectif d’une couverture maladie universelle progresse réellement ou reste, comme d’autres réformes annoncées avant elle, un horizon qui recule.

Source : Seneweb (seneweb.com), 28 juillet 2026 ; Senegal24News (senegal24news.com), 28 juillet 2026.

Cette même semaine, la diplomatie sénégalaise a, elle aussi, choisi de sortir des chemins connus.

🌍 Premier président de la CEDEAO à se rendre dans un pays de l’AES, Diomaye Faye choisit Bamako

Le 28 juillet, neuf jours après avoir pris la présidence en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) — l’organe qui réunit les chefs d’État des quinze pays membres et fixe les grandes orientations politiques de la région —, Bassirou Diomaye Faye s’est rendu à Bamako pour une visite de travail de vingt-quatre heures. C’est la première fois qu’un président en exercice de la CEDEAO se déplace dans un pays de l’Alliance des États du Sahel (AES, qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger depuis leur retrait de l’organisation ouest-africaine).

Reçu par le général Assimi Goïta, chef de la transition malienne, le président sénégalais a porté à Bamako une double casquette : celle de chef de l’État d’un pays voisin partageant environ 700 kilomètres de frontière avec le Mali, et celle de responsable politique d’un bloc régional dont le Mali ne fait plus partie. Les échanges ont porté sur la coopération sécuritaire, la libre circulation des personnes et des biens, et la relance d’un dialogue entre la CEDEAO et l’AES, piloté depuis plusieurs mois par le médiateur Lansana Kouyaté. Aucun accord formel n’a été annoncé à l’issue de la visite : l’objectif immédiat n’était pas de faire revenir le Mali dans la CEDEAO, mais de rétablir un minimum de mécanismes de coopération entre les deux blocs séparés depuis 2024.

Source : Guinée360 (guinee360.com), 28 juillet 2026 ; Notre Afrik (notreafrik.com), 31 juillet 2026.

Cette diplomatie régionale se construit à l’échelle des chefs d’État ; une autre forme de vigilance, elle, se joue chaque jour dans les cuisines et sur les étals du pays.

🔍 Non, une contamination généralisée du riz aux aflatoxines n’est pas établie

Vigilance requise cette semaine : des informations, relayées par plusieurs organes de presse à partir du 24 juillet, ont fait état d’une contamination généralisée du riz consommé au Sénégal par les aflatoxines, allant jusqu’à évoquer un taux de 50 % de riz local touché. Cette affirmation ne reflète pas ce qu’établit l’étude qui en est à l’origine. Il faut distinguer ce qui est confirmé de ce qui a été déformé.

Ce qui est établi : le Comité national du Codex Alimentarius, avec l’appui de la FAO, a présenté le 22 juillet les résultats d’une étude pilote sur 200 échantillons de riz prélevés à Dakar, Thiès et Kaolack, révélant que 22,6 % d’entre eux dépassaient une norme de référence. Ce qui a été déformé : cette norme de référence était celle de l’Union européenne (4 microgrammes par kilogramme), l’une des plus strictes au monde, et non celle du Codex Alimentarius (20 microgrammes par kilogramme) que le Sénégal applique effectivement. Or la valeur maximale relevée dans l’étude, 18,6 microgrammes par kilogramme, reste conforme à ce second seuil. Le ministère de l’Industrie et du Commerce a également démenti que l’un des 200 prélèvements provienne de la vallée du fleuve Sénégal, zone de production du riz local mise en cause dans les publications les plus alarmistes.

Le mécanisme à repérer ici est celui de la comparaison à un référentiel inadapté : des chiffres réels, obtenus par une étude scientifique sérieuse, changent radicalement de portée selon la norme à laquelle on les confronte — et un échantillon de 200 prélèvements dans trois villes ne permet, par construction, aucune conclusion à l’échelle nationale. À ce stade, aucun organisme de fact-checking indépendant n’a publié de vérification sur cette polémique ; la seule réponse documentée disponible est le communiqué du ministère lui-même, ce qui invite à rester attentif si une vérification tierce venait à être publiée.

Source : Ministère de l’Industrie et du Commerce (communiqué du 25 juillet 2026), relayé par l’APS (aps.sn), 25 juillet 2026.

Face à cette vigilance nécessaire sur ce qui se mange, d’autres citoyens ont choisi, cette semaine, de s’occuper de ce qui se respire et se baigne.

🤝 Sur le littoral dakarois, une mobilisation citoyenne prépare des Jeux sans plastique

À 100 jours des Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026, une opération de collecte de déchets plastiques a réuni le 25 juillet volontaires, jeunes, organisations communautaires et partenaires institutionnels le long du littoral, de Dalifort à Hann Bel-Air en passant par les plages Kheer Ya et des Marinas. Cette mobilisation a directement précédé le lancement officiel, le 28 juillet, du projet « JOJ Sans Plastique », porté par le ministère de l’Environnement et de la Transition écologique avec l’appui du PNUD et du Fonds pour l’environnement mondial, dans le cadre du projet Soluplast.

L’ambition affichée dépasse le seul nettoyage ponctuel : faire des Jeux Olympiques de la Jeunesse, premier événement olympique organisé sur le continent africain, un laboratoire de réduction durable des plastiques à usage unique. Mais comme l’a relevé un élu de Hann Bel-Air lors de l’opération, une grande partie des déchets retrouvés sur les plages proviennent d’autres points du littoral avant d’y être ramenés par les courants marins — ce qui plaide pour une réponse coordonnée à l’échelle de l’ensemble de la côte plutôt que plage par plage.

Source : PNUD Sénégal (undp.org), 28 juillet 2026.

Et parfois, c’est une seule trajectoire individuelle qui donne à voir ce que l’école sénégalaise peut produire de meilleur.

✨ Khady Sy, seule radio-physicienne du Sénégal en médecine nucléaire

À 30 ans, Khady Sy est la première et, à ce jour, l’unique radio-physicienne spécialisée en médecine nucléaire et en imagerie médicale du Sénégal. Originaire de Nioro du Rip, dans le Saloum, elle se destinait initialement à l’enseignement de la physique-chimie avant de bifurquer vers la physique nucléaire, obtenant son diplôme de physique médicale au Centre international de physique théorique de Trieste, en Italie, grâce à une bourse de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Elle exerce aujourd’hui au Centre hospitalier national Cheikh Ahmadou Bamba de Touba.

Son parcours illustre la capacité de filières scientifiques sénégalaises à former des profils de pointe capables de rivaliser à l’international, dans un secteur — la physique médicale appliquée au cancer — où les besoins du pays restent importants et où les femmes demeurent peu nombreuses.

Source : Le Soleil (lesoleil.sn), 29 juillet 2026.

💛 Soutenir le Divan

Si vous avez apprécié votre visite sur le site, vous pouvez offrir un jeton pour le bissap. Chaque contribution permet de soutenir un article de plus, un forum de plus, une voix citoyenne de plus.

🥤 Offrir un bissap
📅 Agenda citoyen
JANVIER A DECEMBRE 2026
Forum Public Saison 5
En ligne — Compte X (ex-Twitter) du Divan Citoyen
31 OCTOBRE au 13 NOVEMBRE 2026
Jeux olympiques de la jeunesse - JOJ DAKAR 2026
Dakar, Sénégal
📊 Notre catalogue
352
articles publiés depuis 2016
10 ans d'engagement citoyen
❓ Question citoyenne
Une question sur la gouvernance ou vos droits civiques ?
Poser ma question →
💡 Sujet de débat
Un sujet vous tient à cœur ? Proposez-le pour le prochain Forum Public.
Proposer un sujet →

Vous exprimer sur le sujet

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: La réussite est au bout de l'effort. Réessaie encore !!