[363]. Le Sénégal devient-il une terre hostile aux étrangers ?

Divan Citoyen, Frapp, le collectif Naw-le, Legs Africa, Africtivistes, Yen A Marre et AfrikaJom Center ont organisé la 3e édition des Assemblées Citoyennes. Elles constituent un espace de dialogue participatif où citoyens, membres d’organisations de la société civile et experts se retrouvent pour ensemble comprendre, débattre et agir.

La mise en contexte

session du 8 août 2026 était consacrée aux risques de repli identitaire et l’impact sur le vivre ensemble en terre sénégalaise. Ouvrant la séance, Aboubakry Wade est revenu sur le concept des Assemblées citoyennes et la pertinence de la thématique retenue. Il est noté, au niveau des médias classiques et des réseaux sociaux des attaques visant une communauté spécifique, sans qu’une réelle réponse institutionnelle ne soit encore apportée à cette tendance.

Si aucun acteur ne conteste la prérogative du Gouvernement de procéder à des contrôles à la frontière et à l’intérieur du pays, l’exigence démocratique voudrait cependant qu’une communication soit faite autour de ces opérations de sécurisation. Cette communication vise non seulement à informer les populations sur une réponse pertinente et cohérente de l’Etat mais permet également aux étrangers concernés de se conformer à la règlementation en vigueur dans le pays d’accueil.

Hugues Alexandre venu représenter le collectif Naw-le a rappelé le sens de la Teranga fortement ancrée dans la culture sénégalaise. C’est ce qui interpelle et rend préoccupante la tendance observée aujourd’hui dans certains milieux populaires où l’étranger n’est plus celui que l’on accueille à bras ouverts mais le bouc émissaire d’une situation économique tendue. Ce discours dispose de plus en plus de relais notamment dans le milieu politique et la « menace que constitue l’autre » est devenue le fil conducteur de discours nationalistes jusqu’au sein de l’hémicycle.

Comme l’a indiqué un intervenant dans une communication précédente, les contrôles opérés par les autorités policières dans des zones réputées à forte concentration d’étrangers, et sans une réelle communication publique, tend à valider auprès de l’opinion la mise en place d’une politique ciblée. De novembre 2025 à janvier 2026, au moins cent vingt-quatre (124) personnes ont fait l’objet de refoulement aux frontières, selon des données statistiques rendues publiques. S’y ajoute les opérations de déguerpissements dans des quartiers de Dakar (ex. Médina) et la judiciarisation des procédures.

Pour Souleymane Gueye du Frapp, passer d’un débat sur la dette publique du Sénégal (précédente session) au débat sur l’identité constitue une régression dans l’échelle de développement social ou communautaire. Cette session offre une belle opportunité d’évoquer son caractère étranger. C’est un débat qui bât son plein ailleurs mais que nous n’avons aucun intérêt à importer au Sénégal. L’imposer sur l’espace public, c’est vouloir imposer une crise de l’hospitalité née du tracé de frontières.

Dans une démocratie reconnue comme telle, toute question à incidence publique ou politique doit être débattue dans l’espace publique. C’est donc en cela que le concept des Assemblées Citoyennes comme espace de délibération entre participants venus de duvers horizons, reste pertinent. Il faut donc travailler à pérenniser cet espace.

Les délibérations citoyennes

Les échanges qui ont suivi ces mots d’introduction ont permis de poser le cadre d’échanges et d’ouvrir de réelles perspectives pour faire face à cet « offensive des forces nationalistes ».

Le premier point de débat a interrogé la politique migratoire du Sénégal quasi inexistante. C’est cette absence de politique migratoire qui explique dans une certaine mesure l’instabilité dans l’architecture institutionnelle avec des directions, des secrétariats, des ministères crées ou dissouts au grè des réaménagements gouvernementaux. Ce manque de visibilité pousse également les populations à considérer qu’il n’existe pas de mécanismes de régulation des flux migratoires (entrées, sorties et/ou séjours).

L’essentiel des participants qui se sont exprimés ne sont pas opposés à l’application de la règlementation en matière de séjour des étrangers. Le Sénégal se trouve dans un espace communautaire et économique (CEDEAO et UEMOA) qui institue la liberté d’aller et de venir ainsi que le droit de s’établir dans un pays membre. C’est la raison pour laquelle le gouvernement doit faciliter aux étrangers qui souhaitent séjourner/résider au Sénégal, la facilitation des procédures pour l’obtention des documents administratifs (disponibilité et dans des délais raisonnables).

Les participants à l’Assemblée Citoyenne du 8 août 2026 ont également appelé les populations à savoir distinguer les actes commis par des individus à l’incrimination de toute une communauté. Les comportements délictuels qui sont le fait d’étrangers et de nationaux doivent être pris en charge conformément aux dispositions légales et règlementaires et surtout s’appliquer aux fautifs. Vouloir engager la responsabilité de toute une communauté d’étrangers pour ces actes révèle une faiblesse dans l’analyse et une forme de généralisation souvent excessive.

Les participants ont réaffirmé la réputation du Sénégal comme terre d’accueil. De tout temps, nos foyers abritaient et continuent de recevoir des étrangers qui nous viennent d’ailleurs. Et d’ailleurs, les réticences et rejets notés à Dakar sont presqu’inexistants dans les autres régions du Sénégal, ou alors n’ont pas atteint l’ampleur notée dans les réseaux sociaux. Il est donc impératif de prendre des mesures gouvernementales idoines pour freiner cet expansion.

Il faut également rétablir les choses dans leurs réelles proportions en ramenant le débat sur des éléments factuels. Le discours nationaliste est généralement vague, imprécis et fait appel à l’affect, aux sentiments et assez peu à la connaissance. Ce qui est évident, c’est la réelle contribution des étrangers dans divers secteurs de la vie nationale, aussi bien dans le volet culturel qu’économique.

L’action de déconstruction doit également viser les constructions mentales et les situations fausses présentées comme vraies. Ce que l’on nous montre et ce que l’on nous dit n’est pas toujours conforme à la réalité des choses. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs il faut penser les discours, anticiper les tendances au lieu de les subir dans leur formulation.

L’autre point de délibération a trait à la responsabilité de l’Etat et des pouvoirs publics dans l’aménagement urbain. Il est inconcevable que les autorités encouragent ou tolèrent l’installation de nationaux ou d’étrangers dans des zones insalubres, contribuant ainsi à la stigmatisation envers ces occupants.

Il était 18h30mn, l’heure de mettre fin aux délibérations. Rendez-vous est pris pour le samedi 5 septembre 2026, dès 16h30 !

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