fil de la semaine

[354]. Le Fil de la semaine – Edition n°18 – Semaine du 21 au 27 juin 2026

Cette semaine, la vulnérabilité s’est révélée à plusieurs échelles : celle d’une institution de contrôle financier piratée, celle d’usagers de drogue à qui la loi ne tend pas toujours la bonne main, celle d’un internaute piégé par un message trop bien imité. En face, des citoyens et des institutions cherchent à reprendre la main — par une pétition, par un démenti public, ou simplement par les bancs d’un lycée de Saint-Louis.

🏛️ Une cyberattaque de plus contre l’État, et toujours la même question de fond

Le Sénégal découvre, presque chaque mois, qu’une nouvelle administration stratégique a été visée par des pirates informatiques. Le 18 juin, la Cour des comptes a confirmé, dans un communiqué signé par son secrétaire général, qu’un incident technique affectait son système d’information depuis le lundi 15 juin, et que ses services techniques, en coordination avec les autorités compétentes, avaient mis en œuvre des mesures conservatoires pour contenir l’incident et en évaluer l’impact, sans préciser la nature exacte du dysfonctionnement.

Le silence officiel a vite été comblé par des sources extérieures. L’expert en cybersécurité Clément Domingo a révélé que le groupe cybercriminel Krybit revendiquait l’opération sur le darkweb, affirmant détenir environ 20 gigaoctets de données et menaçant de publier l’intégralité de son butin dans un délai de cinq jours — une échéance qui tombait en plein cœur de la semaine du 21 au 27 juin. À l’heure de la publication de cette édition, aucune autorité sénégalaise n’a confirmé officiellement si une fuite a effectivement eu lieu ; ce point reste à vérifier dans les prochains jours.

Pour comprendre l’enjeu, il faut rappeler ce que fait la Cour des comptes : c’est la juridiction chargée de vérifier la régularité des comptes publics — ministères, agences, collectivités. Une fuite de ses données toucherait potentiellement des dossiers d’audit en cours ou des échanges couverts par le secret de l’instruction.

Ce n’est pas un cas isolé. Quelques mois plus tôt, la Direction générale des Impôts et des Domaines avait subi une attaque par rançongiciel revendiquée par le groupe Black Shrantac, qui affirmait détenir un téraoctet de données fiscales, tandis que la Direction de l’automatisation des fichiers — qui gère des bases d’identité nationale — avait elle aussi été visée. Le programme gouvernemental de transformation numérique, le « New Deal technologique », promet une administration dématérialisée ; ces incidents répétés rappellent qu’une dématérialisation sans cybersécurité solide expose des pans entiers de l’État.

Face à des institutions de contrôle elles-mêmes vulnérables, une partie de la société civile a choisi cette semaine de se mêler directement à l’écriture des règles plutôt que d’attendre qu’elles soient appliquées.

Source : APAnews (apanews.net, 18 juin 2026) ; Le Quotidien (lequotidien.sn, 19 juin 2026)

🤝 Une pétition pour que la réforme constitutionnelle ne se décide pas sans le public

Le 24 juin, l’Assemblée nationale a commencé l’examen d’un texte qui doit profondément remodeler l’architecture institutionnelle du pays — renommer le Conseil constitutionnel en Cour constitutionnelle, renforcer les pouvoirs du Premier ministre, encadrer les liens entre chef de l’État et parti politique. Le Divan Citoyen avait déjà suivi cette procédure dans une précédente édition ; elle franchit cette semaine une étape supplémentaire, avec un vote en séance plénière prévu lundi 29 juin.

C’est dans ce contexte que quinze organisations de la société civile ont lancé une pétition pour exiger que l’avis du chef de l’État sur le sujet soit rendu public et que les citoyens soient consultés, demandant que la réforme soit soumise à un référendum. L’initiative s’appelle Aar Sunu Constitution — « Protéger notre Constitution » en wolof — et elle est coordonnée par Malick Diop.

L’argument de fond porte moins sur le contenu de la réforme que sur sa méthode. Une révision constitutionnelle redéfinit les règles du jeu institutionnel pour les décennies à venir ; les signataires estiment qu’un sujet de cette portée ne devrait pas reposer sur la seule appréciation des parlementaires, surtout dans un climat de tension ouverte entre la présidence et l’Assemblée. Reste à voir si cette demande trouvera un écho avant le vote de lundi, ou si elle restera un indicateur de l’attention citoyenne portée à un texte dont le contenu précis échappe encore, pour une large part, au débat public.

Si la vigilance citoyenne se porte cette semaine sur les textes fondamentaux, elle s’exerce aussi, plus discrètement, sur des politiques publiques qui engagent directement la santé et la dignité de milliers de Sénégalais.

Source : allAfrica / RFI (allafrica.com, 26 juin 2026)

🩺 La drogue, un problème de santé publique avant d’être un problème pénal ?

Vendredi 19 juin, à l’hôpital Fann de Dakar, le gouvernement a lancé la 39e édition de la Semaine nationale de lutte contre le trafic illicite de drogues, organisée du 19 au 26 juin 2026 sous le thème « Le problème mondial de la drogue : des enjeux persistants, de nouveaux défis, des réponses innovantes ». Elle s’achève samedi 26 juin, en plein cœur de notre semaine.

La cérémonie a réuni le ministre de la Santé, Ibrahima Sy, et le ministre de l’Intérieur, Mouhamadou Makhtar Cissé — deux portefeuilles qui disent à eux seuls la double nature du sujet. Le volet sécuritaire affiche un bilan : entre 2025 et 2026, les forces de défense et de sécurité ont saisi environ 25 tonnes de chanvre indien, près de deux tonnes de cocaïne et 140 kilogrammes de haschich, ainsi que des milliers de comprimés de drogues de synthèse.

Le volet sanitaire porte une autre voix. Le coordonnateur du Centre de prise en charge intégrée des addictions de Dakar (CEPIAD), le professeur Idrissa Demba Ba, a indiqué que la structure a suivi près de 5 000 personnes pour addiction depuis sa création, tout en soulignant que de nombreux usagers hésitent encore à fréquenter le centre par crainte de la stigmatisation sociale. Il a appelé à une révision du Code des drogues — issu d’une loi de 1997 modifiée en 2007 — pour mieux distinguer l’usage du trafic, afin d’adapter la réponse judiciaire à chaque situation.

Cette distinction n’est pas un détail technique : elle conditionne si une personne dépendante est orientée vers des soins ou vers une poursuite pénale, et si elle se sent en sécurité pour se présenter d’elle-même dans une structure de santé. Le débat reste ouvert, porté pour l’instant par les acteurs de terrain plutôt que par une initiative parlementaire.

La vulnérabilité ne se limite pas à la santé physique : elle se loge aussi, de plus en plus, dans la messagerie que beaucoup de Sénégalais utilisent chaque jour.

Source : Le Soleil (lesoleil.sn, 19 juin 2026) ; APS (aps.sn, 18 juin 2026)

🔍 Vigilance : les arnaques par message se multiplient et deviennent indétectables

Alerte vigilance cette semaine : il ne s’agit pas d’un contenu fabriqué isolé, mais d’une tendance documentée qui touche directement les messageries utilisées au quotidien par la plupart des Sénégalais — WhatsApp en tête.

Une étude du laboratoire de cybersécurité Kaspersky (GReAT), menée en avril 2026 auprès de 2 806 victimes d’arnaques par messagerie en Europe, en Amérique du Nord et en Afrique — dont des utilisateurs sénégalais et ivoiriens —, documente une évolution préoccupante : ces arnaques sont désormais conçues pour être indiscernables des communications habituelles. Le chercheur Marc Rivero, qui a dirigé l’étude, insiste sur ce point : les escrocs imitent délibérément les codes d’une conversation ordinaire plutôt que d’envoyer un message manifestement suspect.

Le mécanisme central porte un nom : l’ingénierie sociale par usurpation de confiance. Contrairement à un faux article ou une image truquée, il ne s’agit pas de fabriquer une preuve fausse, mais de fabriquer une relation de confiance — un message qui semble venir d’une banque, d’un service public ou d’un proche en difficulté — pour pousser la victime à agir dans l’urgence, sans vérifier. En Côte d’Ivoire, où l’étude documente des cas comparables, plus de 22 % des victimes ayant perdu de l’argent déclarent un préjudice financier important, et l’impact psychologique — frustration, sentiment de trahison — se révèle souvent aussi durable que la perte matérielle.

À ce stade, aucun organisme de fact-checking sénégalais n’a publié de décompte chiffré spécifique aux victimes sénégalaises ; les données disponibles restent celles, plus larges, de l’étude Kaspersky. Le réflexe à retenir n’est pas de se méfier de chaque message reçu, mais de prendre le temps de vérifier — par un canal différent — avant toute action urgente demandée par message, surtout si elle implique de l’argent ou des codes personnels.

Cette vigilance individuelle a son équivalent à l’échelle des institutions : cette semaine, c’est une organisation régionale tout entière qui a dû se défendre publiquement contre des accusations qu’elle juge infondées.

Source : Sika Finance, étude Kaspersky GReAT (sikafinance.com, 24 juin 2026)

🌍 La CEDEAO dément des accusations de corruption en Guinée-Bissau, une journaliste poursuivie

À Freetown, le Comité des chefs d’état-major de la défense de la CEDEAO (CCDS) a démenti, le 25 juin, des accusations de corruption visant une de ses délégations en mission officielle en Guinée-Bissau du 19 au 23 juin, qualifiant ces accusations de totalement fausses, infondées et dépourvues de toute base factuelle, et précisant qu’aucun de ses membres n’a été approché pour un acte de corruption et qu’aucune plainte n’a été déposée, ni par la mission de stabilisation, ni par l’hôtel où la délégation était hébergée.

Cette mission — l’ESSMGB — mérite d’être expliquée : c’est une force d’appui déployée par la CEDEAO en Guinée-Bissau depuis une tentative de coup d’État en 2022, dont le rôle est d’accompagner la stabilisation du pays plutôt que d’y exercer un commandement direct. Sa présence prend un relief particulier depuis le coup d’État de novembre 2025, qui a renversé le président Umaro Sissoco Embaló ; les autorités de transition ont fixé au 6 décembre 2026 la tenue de nouvelles élections présidentielle et législatives, un calendrier serré qui interroge sur la capacité du pays à organiser un scrutin crédible dans un climat sécuritaire fragile.

L’épisode ne s’arrête pas au démenti militaire. En parallèle, le Conseil national de transition bissau-guinéen a annoncé l’ouverture de poursuites pénales contre la journaliste Paula Borges, accusée d’être à l’origine de la diffusion de ces accusations, que le Conseil qualifie de pure spéculation sans fondement. La CEDEAO se retrouve ainsi à devoir tenir deux rôles en même temps : soutenir une transition vers des élections crédibles, et ne pas cautionner, par son silence, une procédure judiciaire visant une journaliste pour avoir relayé une information. Aucune enquête indépendante n’a été annoncée à ce stade pour trancher entre les deux versions.

À l’heure où les institutions, sénégalaises comme régionales, doivent défendre leur crédibilité, une autre actualité de la semaine rappelle que cette même exigence se construit aussi, modestement, sur les bancs d’un lycée.

Source : Africa Presse (africapresse.com, 25 juin 2026)

✨ Ameth Babou, ou l’excellence qui inclut la citoyenneté

Le Concours général sénégalais 2026 a désigné son meilleur élève national : Ameth Babou, élève en Terminale S1 au Prytanée militaire Charles N’Tchoréré de Saint-Louis, déjà distingué en 2025 comme meilleur élève des classes de Première. Avec un total de 68 points, il a décroché quatre premiers prix : Français, Citoyenneté et Droits de l’Homme, Dissertation philosophique et Physique.

Ce prix de Citoyenneté et Droits de l’Homme mérite d’être souligné dans une rédaction dont la raison d’être est justement l’éducation citoyenne : il rappelle que l’excellence scolaire sénégalaise ne se mesure pas seulement en mathématiques ou en sciences, mais aussi dans la capacité des élèves à s’approprier les questions de droits et de devoirs civiques.

Au-delà de la distinction individuelle, ce résultat est aussi celui d’un encadrement pédagogique : le Prytanée militaire de Saint-Louis, établissement public à internat, forme depuis des décennies une partie des cadres scolaires les plus performants du pays. Pour la génération qui suit, le parcours d’Ameth Babou fonctionne moins comme un exploit isolé que comme la preuve que cette filière continue de produire des résultats, année après année.

Source : Senego (senego.com, 23 juin 2026)

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