Macky Sall candidat au poste de SG de l'ONU

[331]. Candidature de Macky au poste de SG des NU : de la diplomatie à haute intensité

En moins de 24 heures, la tentative d’obtenir le soutien officiel de l’Union africaine pour la candidature de l’ancien président sénégalais au poste de Secrétaire général de l’ONU a échoué. Derrière l’échec technique, une stratégie délibérée, une presse qui a relayé sans vérifier, et une réponse sénégalaise d’une précision chirurgicale. Faits, documents, décryptage — à l’usage du citoyen.

Un poste, une candidature et une confusion entretenue

Le poste de Secrétaire général des Nations Unies est la plus haute fonction de la diplomatie mondiale. Son titulaire dirige le secrétariat de l’ONU, incarne l’organisation sur la scène internationale et coordonne les missions de paix, les programmes humanitaires et les négociations entre États. Le mandat est de cinq ans, renouvelable une fois. António Guterres, en poste depuis 2017, ne pouvant se représenter, le mandat est ouvert à la concurrence avec un successeur attendu vers la fin 2026.

Pour comprendre cet imbroglio, il faut saisir une distinction que les médias ont largement ignorée. Évariste Ndayishimiye, président du Burundi est, depuis début 2026, le président en exercice de l’Union africaine. Deux fonctions cumulées mais qui n’ont absolument pas la même portée. En tant que président du Burundi, Ndayishimiye porte la voix de son pays sur les 55 que compte le continent africain. En tant que président en exercice de l’Union Africaine, il représente l’institution continentale mais ne peut s’exprimer en cette qualité que sur la base d’un mandat collectif explicite. Ce mandat a-t-il été requis et obtenu ? .

Le 2 mars 2026 donc, la candidature de l’ancien président de la République du Sénégal (2012 à 2024) est officiellement déposée au siège de l’ONU à New York. La presse sénégalaise et africaine titre aussitôt : « L’Union africaine soutient Macky Sall. » Cette affirmation s’est avérée inexacte mais ce flou diplomatique ne l’a pas été par accident. Il s’agissait d’une stratégie savamment organisée : installer une narration, puis la formaliser.

Pendant trois semaines, la narration d’une « candidature africaine officielle » a circulé sans être questionnée ni démentie. Ce silence n’était pas subi, il était utile. L’objectif était de laisser le fait accompli médiatique s’installer, puis le formaliser par une décision institutionnelle avant la date limite de l’ONU fixée au 1er avril 2026 pour le dépôt des candidatures.

C’est là qu’intervient la « procédure de silence » à laquelle nous avons assisté ces 26 et 27 mars 2026 au sein de l’institution continentale. La procédure du silence est un mécanisme prévu par l’article 19(1) du règlement intérieur de l’Assemblée de l’Union Africaine. Il permet d’adopter une décision sans convoquer de réunion formelle. Dans la pratique, un projet de décision est envoyé à tous les États membres, avec un délai de réaction fixé et un seuil de blocage fixé au tiers, soit au moins 18 Etats membres sur les 55. Si, à l’échéance, moins d’un tiers des États ne s’y oppose pas, la décision est réputée adoptée par consensus. Cette procédure est conçue pour formaliser des décisions déjà acquises en coulisses.

Le 26 mars 2026, soit cinq jours avant la deadline fixé pour le dépôt des candidatures au poste de Secrétaire général des Nations Unies, le président en exercice de l’Union africaine, Ndayishimiye ne convoque pas l’Assemblée des 55 chefs d’État. Il convoque le Bureau de l’Assemblée, instance restreinte qui ne comprend que le président en exercice et quelques vice-présidents pour lancer la procédure de silence avec un délai d’une seule journée.

Ce choix du Bureau plutôt que de l’Assemblée est lui-même révélateur. L’Assemblée plénière aurait exposé le projet à un débat entre 55 délégations. Quant au délai de 24 heures, il ne s’explique pas par l’urgence du calendrier comme le texte a tenté de le faire passer puisqu’une semaine restait disponible pour de larges consultations. Il s’explique par un calcul simple : moins les États ont de temps pour se concerter, plus les chances de passer en silence sont grandes. Les gouvernements africains ont donc eu 24 heures pour se prononcer sur une candidature concernant la plus haute fonction de la diplomatie mondiale.

Le retournement de situation : deux coups en une seule journée

La manœuvre diplomatique qui semblait être bien pensée, bien organisée, s’est retournée contre elle-même le 27 mars sous l’effet de deux actes simultanés. Le Sénégal dit non. Vingt Etats brisent le silence.

Premier coup : le Sénégal dit non par écrit

Au matin du 27 mars 2026, la Mission Permanente du Sénégal auprès de l’Union Africaine adresse à la Commission une note verbale officielle, portant le numéro 187/ASAA/AMB/Pa.D/2026. Une note verbale est le mode de communication formel entre États et organisations internationales, l’équivalent diplomatique d’une lettre recommandée avec accusé de réception. On peut y lire ce qui suit :

« Le Gouvernement du Sénégal n’a, à aucun stade, endossé cette candidature et n’a pas été associé à l’initiative y afférente, telle qu’entreprise par le Gouvernement du Burundi. »

Note verbale n°187/ASAA/AMB/Pa.D/2026 — Mission Permanente du Sénégal, Addis-Abeba, 27 mars 2026

« Le Sénégal ne saurait être considéré comme partie prenante à ladite démarche. » conclut-elle.

Cette note, loin de renvoyer à une abstention ou un silence gêné traduit en terme diplomatique une véritable prise de distance, formulée dans le registre le plus formel de la diplomatie internationale et adressée à l’institution continentale elle-même.

Pourquoi Dakar a répondu depuis Addis-Abeba ? Beaucoup s’attendaient à une réaction du ministère de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur (MIAAESE) à Dakar. Elle n’a pas eu lieu et ce n’est pas un hasard. Une règle de base du protocole diplomatique est de répondre au niveau où l’on a été interpellé, et dans le même registre. La note verbale de l’Union Africaine du 26 mars 2026 a été adressée aux Missions permanentes des États membres à Addis-Abeba, pas aux ministères dans les capitales. La Mission sénégalaise a donc répondu à ce niveau précis, dans ce format précis.

Mais il y a plus que le protocole. Ce choix est aussi une décision politique consciente. Une déclaration du Ministre de l’Intégration Africaine, des Affaires Etrangères et des Sénégalais de l’Extérieur (MIAAESE) à Dakar aurait été un acte public visible, susceptible d’être interprété comme une attaque frontale contre Macky Sall ou une provocation envers le Burundi. Elle aurait enflammé le débat politique intérieur et placé le gouvernement du Président Bassirou Diomaye Faye dans une position inconfortable vis-à-vis de son prédécesseur.

La note verbale de la Mission permanente dit exactement la même chose, sans bruit, sans drama, sans débat. Elle s’adresse à l’Union Africaine, pas aux caméras. C’est du droit diplomatique pur, inattaquable sur la forme, dévastateur sur le fond. Il s’agit là d’une maîtrise diplomatique où le maximum d’efficacité s’obtient avec le minimum d’exposition.

Deuxième coup : 20 Etats brisent le consensus du silence

En cette fin de journée du vendredi 27 mars 2026, la Commission de l’Union Africaine notifie le résultat dans une nouvelle note verbale (réf. CCP/OSC/A/A1/060.03.26) : vingt États membres ont formellement rompu le silence. Le seuil d’un tiers (18) est largement dépassé. La Commission constate sobrement que le projet de décision « n’a pas été adopté ».

Vingt États en moins de 24 heures. Des pays qui auraient peut-être gardé le silence par courtoisie diplomatique ont été contraints, par l’exiguïté du délai, à prendre position publiquement. La précipitation a transformé des indécis en opposants déclarés. En forçant les États à se prononcer en urgence, la manœuvre a produit exactement ce qu’elle voulait éviter : une démonstration publique, chiffrée, du non-consensus africain.

Pourquoi le Burundi s’est-il autant investi ?

Qu’est-ce qui a conduit Ndayishimiye à prendre un risque diplomatique aussi visible, au point d’engager la crédibilité de l’Union Africaine dans une procédure avortée en une journée ? Trois grilles de lecture.

Une relation personnelle assumée entre Macky Sall et Ndayishimiye d’abord. Ces deux personnalités ont des liens établis depuis la présidence africaine de l’ancien chef d’État sénégalais en 2022. Durant cette période, le Burundi, sous pression internationale depuis la crise politique de 2015, a pu bénéficier d’un environnement continental moins hostile. Ces liens ont survécu aux fins de mandat.

L’intérêt stratégique du Burundi ensuite. Pour un pays qui entretient des relations tendues avec certaines institutions onusiennes, avoir un interlocuteur favorable au sommet de l’Organisation des Nations Unies (ONU) représente un atout considérable. La dimension de l’intérêt national est présente dans toute démarche diplomatique, même habillée en solidarité continentale.

L’ambition d’un legs historique enfin. Etre l’homme qui a contribué à l’élection du premier Secrétaire général africain de l’ONU depuis Kofi Annan, en poste de 1997 à 2006, aurait été un accomplissement inscrit dans l’histoire de l’Union Afrique et du Burundi. La présidence tournante ne dure qu’un an et il fallait agir vite ou non. Ndayishimiye a choisi la vitesse et la précipitation.

La presse a-t-il relayé une narration, en lieu et place d’une information

Entre le 2 et le 25 mars 2026, la presse sénégalaise et africaine a présenté le « soutien de l’UA » à Macky Sall comme un fait établi. Ce faisant, elle a certainement commis une erreur de vérification qui mérite d’être nommée. L’erreur a été de confondre la signature de Ndayishimiye en tant que président du Burundi avec son rôle de président en exercice de l’Union Africaine. L’une engage un seul État, l’autre engagerait 55 autres Etats. Il aurait suffit d’interroger un juriste ou un fonctionnaire de l’Union Africaine pour vérifier si un organe délibératif avait effectivement validé la candidature.

Trois facteurs pourraient expliquer cette erreur collective. La complexité institutionnelle de l’Union Africaine est réelle et peu enseignée. Comprendre notamment la différence entre l’Assemblée plénière, le Bureau de l’Assemblée et la présidence tournante n’est pas évidente pour un journaliste généraliste. La course à la primeur a ensuite primé sur la vérification : « L’UA soutient Macky Sall » est un titre fort, simple, partageable en deux secondes et son démenti technique, beaucoup moins. Enfin, certains organes de presse entretiennent des proximités éditoriales ou économiques avec les réseaux de l’ancien président et dans ce contexte, le biais de confirmation fait le reste.

En relayant l’amalgame sans le questionner, la presse est devenue acteur involontaire de la manœuvre. Elle a fourni à Ndayishimiye et à Macky Sall la caution narrative dont il avait besoin pour que le fait accompli médiatique précède le fait accompli institutionnel. Les journalistes ont-ils été utilisés sans en être conscients ?

Ce n’est pas un jugement de valeur. Il s’agit d’un rappel sur ce que l’information citoyenne exige : vérifier la source, distinguer le porte-parole de l’institution, ne pas confondre une déclaration d’intention et une décision collective.

Analyse des tendances citoyennes sur les réseaux sociaux

L’annonce de l’échec de la procédure de l’Union africaine et de la dissociation du Sénégal a généré un volume important de réactions dans l’espace numérique sénégalais, africain ainsi que dans la Diaspora. Cinq tendances se dégagent, indépendamment des frontières linguistiques et les clivages politiques.

Au Sénégal, on s’indigne du bilan de Macky Sall en matière de droits humains. C’est la tendance dominante dans les commentaires des internautes sénégalais. Elle tourne autour des morts lors des manifestations qui ont eu lieu au Sénégal entre 2021 et 2024, la dette publique (cachée ou non divulguée selon l’expression consacrée), les accusations de corruption, etc. Ces griefs reviennent en boucle sur X (ex-Twitter) et dans certains forums en ligne. Pour cette tendance, la question n’est pas de savoir si Macky Sall peut diriger l’ONU ou non mais qu’il rende compte d’abord de son bilan au Sénégal.

Une deuxième tendance est notée aussi bien dans l’espace francophone qu’anglophone africain. Elle est moins émotionnelle et fait l’accent sur le processus de sélection du candidat. « Le poste de SG de l’ONU est ronflant mais concrètement quasi inutile pour le sénégalais lambda » indique un internaute sur Seneweb. « L’élection dépend des Américains, des Européens et des Chinois, tout le reste n’est que du bruit ». Dans l’espace anglophone, la même logique apparait : la candidature est vue comme un jeu de grandes puissances dans lequel ni l’UA, ni le Sénégal, ni les citoyens ordinaires ne pèsent réellement. Cette tendance, résignée plutôt qu’hostile, interroge le sens même du débat.

Une troisième tendance, plus présente dans la Diaspora et l’espace anglophone pose la candidature comme une opportunité historique pour le continent, indépendamment de la personne de Macky Sall. Sur le platerau de l’émission Global Africa TeleSud, l’analyste politique Abodu Fleur l’exprime en ces termes : « Le monde est à la croisée des chemins. Nous faisons face à une crise du multilatéralisme et avons besoin d’un profil qui rassemble. Macky Sall a porté la voix africaine au G20, son profil est suffisamment fort pour diriger l’ONU. »

Une quatrième tendance ne rejette pas Macky Sall comme candidat mais la façon dont la candidature a été construite. Le chroniqueur Félix Atchadé a formulé cette critique sur le plateau de « Décrypter l’Afrique » avec une image qui a largement circulé : »Normalement, quand on est candidat à ce poste, on en discute avec les autorités de son pays, avant de remonter la chaine (organisations sous-régionales, régionales, continentale). Rien de tout cela n’a été fait. Macky Sall se comporte comme un passager clandestin. »

La cinquième tendance observée met l’accent sur une lecture institutionnelle et juridique. Cette tendance, plus marquée dans l’espace anglophone, est le fait de spécialistes en droit international africain et de think tanks. Amani Africa basé à Addis-Abeba conclut sans ambiguité que Macky Sall n’est pas et n’a jamais été un candidat officiel de l’Union africaine, et qualifier cette candidature ainsi représente de la désinformation.

Ce que cette affaire induit pour chaque citoyen africain

Cette séquence dépasse le sort de la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations unies. Elle pose une question de fond : jusqu’où un responsable mandaté pour faciliter le travail collectif peut-il agir en lieu et place de ce collectif ? La réponse que 20 États membres ont donnée en une journée est sans ambiguïté : nous surveillons l’institution et savons nous mobiliser rapidement quand les règles sont en voie d’être contournées.

Cette séquence révèle aussi une réalité : l’Afrique reste incapable, pour l’instant, de produire une candidature collective aux grandes fonctions multilatérales sans que ses divisions internes n’éclatent publiquement. Macky Sall aurait peut-être pu aspirer à ce poste par une voie différente via des mois de consultations bilatérales discrètes, un soutien sénégalais construit patiemment, une procédure lancée après que le consensus était acquis, pas avant. C’est ainsi que Kofi Annan est arrivé au Secrétariat général en 1997. Pas par procédure de silence en 24 heures.

Macky Sall reste techniquement candidat à titre individuel. Sa lettre a été déposée à l’ONU le 2 mars 2026. Les dialogues interactifs à New York sont prévus la semaine du 20 avril 2026. Sans le label de l’UA, son dossier perd son principal argument de légitimité collective mais la décision finale appartient au Conseil de sécurité, dont chacun des cinq membres permanents (États-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni, France) dispose d’un droit de veto. La question qui reste ouverte : maintiendra-t-il sa candidature avant le 1er avril ?

Cet article est régulièrement mis à jour au vu des tendances fortes qui émergent et qui sont susceptibles d’intéresser la communauté du Divan Citoyen.

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