[203]. Quels leçons tirer du confinement en Chine?

 [203]. Quels leçons tirer du confinement en Chine?

(Photo by Hector RETAMAL / AFP)

Le confinement est bien connu en Chine et notamment à Wuhan, un nom aujourd’hui bien connu du reste du monde. La province a donc enregistré le 7 janvier 2020, le premier cas confirmé de Covid19 avant d’être l’épicentre de la pandémie. Lorsque la nouvelle nous est venue, une longue polémique s’est installée au sujet du rapatriement des sénégalais que la pandémie a trouvé sur place.

Pour comprendre au mieux les éléments de cet opération de rapatriement avorté, nous avons eu un dialogue avec Cheikh Mbacké Amar. Il est le représentant, à Wuhan, de l’Association des étudiants sénégalais de Chine. Dans cet entretien, nous évoquons la manière dont les autorités ont géré leur demande de rapatriement, leur expérience du confinement et les leçons que le gouvernement devrait en tirer si cette mesure devait être prise au Sénégal.

Comment avez-vous accueilli l’annonce du confinement de Wuhan et qu’est-ce que cela a changé dans vos habitudes ?

Le confinement mis en exécution le 23 janvier 2020 à 10.00 à Wuhan nous a pris au dépourvu. Nous n’étions pas préparés à être confinés. Au delà du fait que nous n’avions aucune expérience d’un confinement, il s’y ajoute que la durée de cette mesure nous était inconnue.

L’information nous est tombée la nuit et au matin, je devais faire face à un confinement. La seule solution, c’était de s’adapter et je l’ai fait selon mes possibilités pour gérer et tenir durant tout le confinement. Progressivement, je suis parvenu à occuper mes journées parce que beaucoup d’initiatives ont été menées.

Étant donné que nous étudiants, étions dans différentes zones sans qu’il y ait de possibilité de nous déplacer, nous avons créé un groupe de discussion en ligne afin de rester en contact et notamment discuter de la situation et des positions à adopter. Nous voulions être exfiltrés de Wuhan ou rapatriés vers le Sénégal.

L’idée du rapatriement était également soutenue par beaucoup de particuliers et de groupes, très soucieux de notre situation. Il y’a eu dans ce lot des bonnes volontés vivant en Chine, l’Association des Etudiants Sénégalais en Chine (AESC), l’Association des Sénégalais en Chine (ASC), des sénégalais en France, aux Etats-Unis, en Italie, au Japon, au Maroc ou en Gambie. Au Sénégal, nous avons reçu le soutien de nos parents, de quelques imams, des journalistes, une bonne frange de la population sénégalaise ainsi que des amis de différentes nationalités.

Dès lors, je suis entré en contact avec notre ambassadeur à Beijing et entamé un long processus au cours duquel j’ai eu à échanger avec différentes autorités du pays afin d’aboutir à une situation favorable. Nous avons essayé, durant tout ce processus, de garder notre sang-froid et de rester sereins.

Vous souhaitiez être rapatrié au Sénégal pour éviter la contamination. Pensez-vous encore aujourd’hui que c’était la meilleure option ?

Comme je l’ai dit plus haut, nous avions créé un groupe de discussions et avions convenu que c’était la démarche à adopter. Sur l’option du rapatriement, nous avions bien mesuré la faisabilité et mieux, avions vu d’autres pays le faire.

Personnellement, je pense et maintiens toujours que c’était la bonne démarche que nous avions adopté au vue de la situation à Wuhan et aujourd’hui que le Sénégal a enregistré des cas. Notre rapatriement était la meilleure option et je l’assume toujours surtout que je ne comprends toujours pas les dessous de la réaction du Président de la République. La raison qu’il avait donné est diamétralement opposée de celle qu’on a noté dans les différentes réactions qui ont suivi sa déclaration, aussi bien dans son camp qu’au sein de l’opposition.

Par ailleurs, je précise que si au début notre objectif était de sauver nos vies, aujourd’hui l’heure est de sauver le Sénégal. Je n’exclus toujours pas d’être rapatrié par mon gouvernement si je peux participer à « l’effort de guerre » dans le combat contre le COVID-19.

Vous avez vécu au coeur de la zone la plus contagieuse de la Chine. Qu’aviez-vous fait pour ne pas être infecté ?

Tout d’abord, je m’en remets entièrement à la volonté divine. Si aujourd’hui je ne suis pas encore infecté, c’est par la volonté de Dieu même si ma foi m’oblige à agir.

Puisque nous étions en confinement total, je suis resté durant tout ce temps dans ma chambre. Je n’ai eu de contacts avec une tierce personne que durant la courte durée de la prise de température.

Rester confiné dans une chambre pendant plus de quatre-vingt (80) jours à la date du 17 avril 2020 a nécessité une bonne organisation méthodique. Chaque jour était différent de l’autre selon l’évolution de la situation.

Il a fallu d’abord définir un horaire en tenant compte du décalage de 8 heures qui me séparait du Sénégal. Du coup le sommeil était réduit au maximum. J’ai donc très souvent eu des journées en temps plein. Mes occupations tournaient autour de la prière et du jeûn, du contact avec les parents, les autorités, les compatriotes, les journalistes et les connaissances. Je suivais également les nouvelles du monde et particulièrement du Sénégal, en m’occupant de la rédaction de l’évolution de la situation, la planification d’autres activités sans oublier le sport et les tâches ménagères.

Vous avez vécu le confinement comme d’autres compatriotes le vivent maintenant. Comment faut-il s’y prendre ?

Evidemment, j’ai vécu le confinement et jusqu’au jour où ces lignes sont écrites, j’y suis toujours. Le confinement peut être difficile dans la mesure où c’est une expérience presque inédite pour tout un chacun. C’est une mesure toujours très brusque surtout quand on n’est plus libre de ses mouvements. On ne peut plus manger ce qu’on veut, il faut vivre dans un environnement réduit avec un bouleversement subite des habitudes.

Il faut tout d’abord s’en remettre à Dieu. Il faut ensuite comprendre que l’essence de la mesure est nécessaire parce qu’elle vise à nous protéger et à protéger les autres. Mieux, nous devons considérer le confinement comme notre contribution individuelle dans la lutte que le monde entier mène contre le Covid19. Nous faisons face à une menace sur l’existence de l’humanité.

Il faut ensuite se conformer aux mesures sanitaires et sécuritaires édictées dans le pays d’accueil. L’entraide et le partage d’informations entre compatriotes peut s’avérer utile pour se tenir informé. A ce niveau, un contact permanent avec la représentation diplomatique et consulaire du Sénégal dans le pays d’accueil est très utile surtout pour signaler d’éventuels besoins, craintes ou problèmes. Le contact avec la presse nationale est aussi un moyen permettant d’informer sur son état mais surtout de sensibiliser davantage les compatriotes restés au pays, à redoubler de vigilance.

Le confinement est également un moment propice pour adorer davantage Dieu.

Il ne faut pas s’oublier. Il faudra prendre soin de sa propre personne afin de ne pas sombre dans l’anxiété et le stress. Rester positif, ne jamais paniquer et toujours prendre le soin de rassurer la famille restée au Sénégal.

Il est important enfin de réorganiser son temps et trouver une manière d’occuper son temps.

Pensez-vous qu’au Sénégal le confinement peut s’avérer pertinent, au vu de ce que vous avez vécu à Wuhan ?

Il faut savoir qu’à l’état actuel, le confinement et le dépistage massif avec un suivi informatisé sont les deux seules stratégies qui ont prouvé leur efficacité. Il se trouve que, pour le moment, le Sénégal n’a pas les moyens d’opérer un dépistage massif. En plus, les pays qui ont été victimes d’une explosion des contaminations n’ont pu faire face parce qu’à ce jour, aucun système n’a été préparé à cela. Ainsi, le confinement pourrait être à mon avis, une bonne option.

Seulement, et sur la base de notre expérience à Wuhan, le système de confinement jusque-là appliqué ailleurs devrait connaitre des réaménagements au Sénégal. Notre économie est faible, nous vivons dans des concessions et en matière de vie sociale, nous avons des habitudes culturelles fortement ancrées. Cela ne veut par contre pas qu’il ne faut pas l’envisager surtout pour faire face à la dangérosité du Covid19. 

Nous pourrions ainsi envisager un confinement d’une durée de quatorze (14) jours, ce qui permettrait de mieux localiser les zones infectées et de procéder à un endiguement de la progression. Pour accompagner ces mesures, le gouvernement pourrait soutenir des cellules restreintes composées de volontaires et de personnels de sécurité. Ces entités pourront ainsi organiser les populations et gérer l’acheminement des denrées aux familles. Cela nous évitera les encombrements.

Le mécanisme a montré ses résultats à Wuhan et pourrait bien être adapté au Sénégal. Déjà, des mesures ont été prises pour arrêter les déplacements de personnes entre les départements et les régions. Si nécessaire, la mesure pourrait être étendue aux communes et mêmes aux quartiers en veillant à ouvrir des canaux pour que les activités essentielles se poursuivent sous un contrôle strict.

L’Etat doit également encourager tous les acteurs à participer à l’effort de guerre contre le Covid19. Ainsi, certaines entreprises qui commercialisent des produits que les sénégalais utilisent au quotidien doivent faire le sacrifice de fournir directement aux populations ces produits sans tambours ni trompettes. Ces actions pourraient même être circonscrites à certaines zones. Aussi, elles n’auront pas besoin de faire de la publicité lors de cérémonies puisque cette mise à la disposition des populations en est déjà une. 

Puisque nos habitudes nous appellent à toujours faire le marché avant de cuisiner un repas, des petites zones de ravitaillement appelées « marchés de proximité ou boutiques de proximité » pourraient être organisées avec des horaires et une organisation afin que les populations puissent se ravitailler quotidiennement tout en évitant les contacts.

Aussi même si le contrôle pourrait s’avérer très difficile, le gouvernement pourrait envisager de réduire à moitié prix, les denrées de première nécessité afin que toutes les couches de la population puissent sentir l’apport du gouvernement

Voilà donc un modèle de « confinement adapté » qui pourrait en 14 jours, durée moyenne d’incubation, nous permettre de mieux localiser les zones où résident les malades. Une fois la chaine de transmission rompue, il ne restera qu’à déployer les mesures sanitaires afin d’y faire face.

Quel message voudriez-vous envoyer aux compatriotes qui font face aujourd’hui à l’épidémie au Sénégal ?

A tous les compatriotes qui font face aujourd’hui à l’épidémie, nous les exhortons à n’avoir en ligne de mire que le Covid-19. J’appelle à l’unité nationale, à la symbiose de toutes les forces de la nation, à la citoyenneté et au patriotisme durant cette crise. La tournure pourrait ne dépendre que de nos attitudes et de nos actes.

Sachant qu’à ce jour, 16 avril 2020, aucun médicament ou vaccin n’est encore disponible pour vaincre ce Covid-19 et que seules des mesures barrières se sont révélées efficaces, j’appelle scrupuleusement à leur respect. Si possible, restons confinés chez nous, faisons le sacrifice de rester à la maison, en observant une discipline rigoureuse. C’est cette discipline qui nous permettra de nous protéger et de protéger notre entourage, pour ne pas exposer les personnes âgées, les personnes qui souffrent d’autres maladies et les enfants, beaucoup plus vulnérables à la menace.

Je ne suis pas un spécialiste de la santé mais je peux me permettre de partager mon vécu. Mes modestes propos, lorsqu’ils sont utilisés dans le cadre d’un véritable engagement de tous les sénégalais, peuvent aider à surmonter les craintes et les doutes sur l’existence du virus. Le Coronavirus est une maladie bien réelle qui tue. Au minimum, il faudra :

  • Bien se laver les mains avec de l’eau et du savon, et très fréquemment.
  • Utiliser les gels hydroalcooliques si on en dispose.
  • Porter un masque si on est obligé de sortir et éviter de toucher les surfaces ou objets.
  • Une fois dehors, éviter les lieux très fréquentés et éviter de vous toucher les yeux, le nez, les oreilles ou la bouche
  • Nettoyer régulièrement les surfaces et les objets courants
  • Eviter les contacts avec les personnes si vous êtes à l’extérieur
  • Eviter de consommer des produits d’origine animale crus ou mal cuits
  • Respecter les règles d’hygiène en cas de toux.
  • Discuter avec votre représentant administratif local le plus proche si vous pensez que quelqu’un est atteint du virus dans votre quartier ou appelez le service compétent pour obtenir des conseils.
  • Ne touchez pas une personne malade du Covid-19 ou suspectée du virus.
  • La maladie du Covid19 peut se caractériser par des symptômes bénins parmi lesquels un écoulement nasal, un mal de gorge, de la toux, et de la fièvre. L’atteinte peut être plus sévère chez certaines personnes et peut entraîner une pneumonie ou des difficultés respiratoires.
  • La maladie peut être mortelle mais un suivi précoce de l’infection dans un centre de santé ou une unité spécialisée accroît les chances de survie.

Actuellement, nous notons plusieurs polémiques et accusations à travers le monde. En recherchant sans cesse des boucs émissaires, des excuses ou des preuves de l’existence de la maladie ou de son origine; en nous résignant à notre sort sans action ou en faisant le jeu de l’autruche, nous risquons d’être pris au dépourvu, de nous enliser et de plonger notre cher Sénégal dans un bourbier et pour longtemps. Nous pouvons encore en sortir indemnes voire renforcés si nous changeons de comportement.

Nous devons cependant nous occuper d’abord de l’urgence : éviter que le Covid-19 ne dépasse notre système de santé.

La rédaction

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