[20]. Corruption au Sénégal: prêts à co-rompre la chaine?

 [20]. Corruption au Sénégal: prêts à co-rompre la chaine?

La corruption au Sénégal est une réunion qu’on n’est plus en mesure de nier. La réflexion porte plutôt sur les mesures à prendre pour y faire face. Et c’est une demande sociale, selon l’expression consacrée par nos hommes politiques.

Je ne suis pas dans une logique de donneur de leçons parce que cela porte pas bonheur par ces temps qui courent. Je me contenterai juste de jeter un pavé dans la marre ou alors une grosse pierre dans le jardin.

Sur ce blog, on n’aime pas trop les théories surtout lorsqu’elles sont trop compliquées comme c’est toujours le cas en matière de corruption. On préfère raconter la manière dont nous vivons les choses.

Le prétexte de ce blog est cette affaire qui a défrayé la polémique: la « tentative de corruption » d’un policier par le producteur de la série Dinama Nekh, Metzo Diatta. Je ne disserterai pas sur les détails de l’affaire, la presse s’en chargera.

De toute façon, cette histoire illustre le degré de yabaté dont certains font preuve une fois qu’ils engrangent une dose de popularité. Oui, si on veut juste tirer sur le coupable. Oui également si on applique ce fameux « si c’est pas à toi, c’est ton collègue que j’ai donné l’autre jour ». Bref!

Aujourd’hui encore je ne sais pas trop ce qui a le plus choqué dans cette histoire.

> le fait d’avoir tenté de remettre de l’argent à un policier en faction aux fins d’obtenir une faveur parce qu’on a commis une infraction (avoir violé le code de la route) ?

> le fait que l’affaire ait impliqué le promoteur d’une série qui brocarde l’action d’un agent qui en fin de journée fait la comptabilité des billets reçus des mains d’usagers ?

> le fait qu’il soit tombé sur un flic consciencieux et incorruptible, choqué par l’image que bon nombre de concitoyens ont de sa corporation ?

Toujours deux coupables

Et puis, présenter cet agent comme un « héros » me parait quand même problématique. Cela veut dire qu’un comportement normal devient un exploit. Si c’est le cas, on a des soucis à se faire parce que nak glisser des billets est une pratique courante.

Dans tous les cas et pour les prochains jours, les transactions se feront de moins en moins sentir avant de retrouver leur cours normal. On aura oublié cette intrusion et les affaires reprendront. Scepticisme. C’est peut être parce que le « mal » semble être plus répandu et profond que cela. Sous ses multiples facettes.

C’est une habitude sénégalaise de ne pas faire la queue devant un service public. Le sénégalais arrive toujours en retard ou à la dernière minute, enjambe tous ceux qu’il a trouvé et ne se prive guère de faire valoir son rang ou son carnet d’adresses. Aucune gêne, aucune vergogne.

Il faut par ailleurs voir à quelle vitesse se développe le métier de « courtage » dans nos administrations. Il ne semble plus choquer personne que les costumes accrochés aux fauteuils assurent l’intérim dans les bureaux parce que le titulaire du poste est parti régler ses propres affaires.

Qu’importe l’urgence dans votre démarche, qu’importe l’effort que vous faites pour vous conformer aux procédures, il faut toujours que cela bloque quelque part. Sa khol bi day diekh sakh, tu te demandes même si ces gens-là ont pleine conscience de leurs responsabilités. Et toujours en ces cas, comme un enchaînement, vous tombez sur le samaritain.

C’est pourquoi d’ailleurs, il s’est crée une nouvelle race d’intermédiaires dont personne ne connait pas la fonction exacte mais qui « naviguent » de bureaux en bureaux pour faire évoluer les dossiers contre le versement de quelques billets de banque subtilement réclamés. Mais tout ceci est bien connu. Et puis, personne ne se plaint, donc laissons passer.

Il reste établit que l’acte de corruption met en rapport deux acteurs: un qui propose et un autre qui accepte ou bien alors un qui demande et un autre qui accepte ou se sent obligé d’accepter. Ceux-là sont les maillons de la chaîne et ont une responsabilité COllégiale, qu’ils en aient conscience ou non. Il faudra donc une volonté et une action COllective pour CO-rompre ce cercle vicieux.

Sommes-nous prêts à faire le grand saut?

Nb: Le Ndadjetweetup (rencontre des blogueurs et activistes du web) de ce 14 mars 2014 a d’ailleurs décidé de consacrer sa 4e édition de ses débats à la problématique de la transparence et de la participation citoyenne. Ceci est donc en avant-première

Déjà en 2007, Awadi Production avait convié ses collègues artistes à chanter Nay Leer: Si bureau yék si beureubou atékay yé bok yem…

Alaaji Abdulaay

Blogueur citoyen

2 COMMENTAIRES

  • Si celui qui est censé donner, commence par refuser et dénoncer, on aura établi un élément essentiel de la chaîne pour co-rompre 😉

    • Effectivement Cheikh, ce serait déjà un bon début.

      A mon avis si certains le font par facilité, peut être que d’autres se sentent obligés de donner.

      Sensibiliser davantage sur la destination finale (et réelle) des amendes et sur le caractère de service public rendraient probablement les citoyens plus consciencieux

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