fil de la semaine

[332]. Le Fil de la semaine – Édition n°5 – Semaine du 22 au 28 mars 2026

Au courant de cette semaine du 22 au 28 mars 2026, le Sénégal a été traversé par plusieurs questions simultanées : la lisibilité des finances publiques, la capacité de l’Afrique à parler d’une seule voix sur la candidature de Macky Sall et la résistance des citoyens face à une information qui circule plus vite qu’elle ne se vérifie. Mais sous ces tensions, des initiatives concrètes rappellent que quelque chose se construit dans les hôpitaux, dans les stades, dans les formulaires de candidature de 14 000 jeunes volontaires venus du monde entier.

🏛️ Cités & Enjeux publics

TRS et finances publiques : ce que l’État a fait avec 721 milliards, et ce que cela pose comme questions

Tout commence par un article du Financial Times, publié le 23 mars 2026. Le journal britannique affirme que le Sénégal aurait levé des fonds via des instruments financiers complexes appelés Total Return Swaps, en dehors des circuits classiques de la dette publique, évoquant des « montages opaques ». La comparaison avec les dettes non déclarées de l’ère précédente est aussitôt mobilisée dans le débat public.

Trois jours plus tard, le 26 mars, le ministre des Finances et du Budget Cheikh Diba convoque la presse à la Direction générale de la Comptabilité publique et du Trésor. Sa réponse est structurée en plusieurs axes. Premier point : les TRS ne sont pas une dette cachée et entre avril et novembre 2025, sept opérations ont été réalisées pour un total de 721 milliards de FCFA, à un taux de 7 %, alors que les marchés internationaux exigeaient entre 11 et 12 % sur les titres sénégalais, en raison d’une dégradation de la notation souveraine héritée de la découverte de dettes non déclarées par le régime précédent. L’écart de taux aurait permis une économie de 36 milliards de FCFA pour le Trésor. Deuxième point : l’information a été transmise à l’Assemblée nationale en novembre 2025 et mentionnée dans le rapport économique annexé à la loi de finances 2026. Le FMI a également été informé. Troisième point : aucun actif public n’a été mis en garantie dans ces opérations, et l’échéance eurobond de mars 2026 a bien été honorée. Les partenaires mobilisés à savoir African Finance Corporation, Société Générale et First Abu Dhabi Bank, ont été démarchés à l’initiative de l’État.

Ce débat pose plusieurs questions que les citoyens ont intérêt à se poser indépendamment des positionnements politiques. Un TRS est un produit dérivé du marché financier et permet à un État de transformer une dette en devises en dette en monnaie locale, en faisant intervenir un tiers investisseur. Ce mécanisme existe et est utilisé par d’autres États souverains mais sa technicité même soulève une question de fond : dans quelle mesure les instruments de financement public sont-ils accessibles à la compréhension citoyenne et au contrôle parlementaire effectif ? Que l’opération soit légale ne clôt pas ce débat.

Source : Ministère des Finances et du Budget du Sénégal, communiqué du 24 mars 2026 (Xibaaru.sn) ; AllAfrica.com, 27 mars 2026 ; MarketScreener, 26 mars 2026 ; Dakarmatin.com, 27 mars 2026.

🩺 Santé & Société

Le Fonds Rose : quand le cancer rencontre l’entrepreneuriat

Le 25 mars 2026, la Délégation générale à l’Entrepreneuriat rapide des Femmes et des Jeunes (DER/FJ) a officiellement lancé à Dakar le Fonds Rose, un mécanisme de financement doté d’un milliard de FCFA destiné aux femmes entrepreneures atteintes de cancer ou en rémission. Le signal que cette initiative envoie est double : d’un côté, il reconnaît que la maladie ne devrait pas mettre fin à l’activité économique d’une femme ; de l’autre, il révèle, en creux, la réalité d’un système de santé encore très curatif dans un pays où le cancer tue environ 70 % des personnes diagnostiquées.

En 2022, selon les données du Centre international de recherche sur le cancer citées lors du lancement, environ 11 000 cas de cancer ont été enregistrés au Sénégal, responsables de plus de 8 000 décès. Le directeur général de la Santé, Ousmane Cissé, a rappelé à cette occasion que le Sénégal dispose d’un Plan stratégique national de lutte contre le cancer 2025-2029 dont l’objectif est de réduire la mortalité liée à la maladie de 25 % d’ici 2029, en opérant un virage vers la prévention. Ce plan comprend notamment la mise en chantier d’un Centre national d’oncologie à Diamniadio, destiné à réduire les évacuations sanitaires à l’étranger.

Le Fonds Rose se situe à l’intersection de plusieurs réalités souvent traitées séparément : l’accès au financement pour les femmes, les inégalités devant la maladie, et les limites de la protection sociale pour les travailleurs du secteur informel. La question que cette initiative invite à poser est celle-ci : dans quelle mesure un fonds privé-public de soutien ponctuel peut-il compenser l’absence de couverture maladie universelle effective pour les populations les plus vulnérables ?

Source : APS (aps.sn), 25 mars 2026 ; Kewoulo.info, 25 mars 2026.

🌍 Afrique & Institutions

Macky Sall et l’ONU : ce que le vote de l’UA révèle sur la gouvernance africaine

Le 26 mars 2026, la Commission de l’Union africaine a transmis aux États membres un projet de décision visant à soutenir officiellement la candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, en vue de succéder à António Guterres. Ce processus se déroule dans un calendrier serré puisque l’Assemblée générale de l’ONU impose le dépôt des candidatures avant le 1er avril 2026, pour permettre des auditions interactives prévues fin avril, avant que le Conseil de sécurité ne tranche.

Pour valider cette candidature, la Commission a eu recours à la procédure de silence qui un mécanisme diplomatique courant dans les instances multilatérales, qui consiste à considérer une décision adoptée si, dans un délai fixé, moins d’un tiers des États membres habilitées à voter ne s’y oppose. En pratique, le projet était soumis aux 55 États membres de l’UA depuis le 25 mars, avec une clôture fixée au 27 mars. La procédure est rapide par conception : elle permet de trancher des questions urgentes sans convoquer une session plénière. Mais elle exige un large consensus préalable pour fonctionner.

Ce consensus n’a pas été atteint. Le 27 mars, la Commission a officiellement annoncé que vingt États membres avaient rompu le silence, empêchant l’adoption du projet. Certaines sources diplomatiques évoquent des rivalités régionales, d’autres des désaccords sur la méthode ou sur le profil du candidat, des collectifs de victimes et certains États ayant pointé la gestion des manifestations politiques au Sénégal sous le dernier mandat de Macky Sall. Le Sénégal lui-même, par la voix de sa mission permanente auprès de l’UA, avait d’ailleurs indiqué dès le 27 mars qu’il n’avait à aucun moment endossé cette candidature et ne se considérait pas partie prenante.

Il est utile de rappeler quelques éléments de contexte institutionnel. L’Union africaine est l’organisation continentale regroupant les 55 États du continent ; son Bureau de l’Assemblée, présidé actuellement par le président burundais Évariste Ndayishimiye, peut initier des décisions entre deux sommets. Quant au processus de désignation du Secrétaire général de l’ONU, la décision finale appartient au Conseil de sécurité avant d’être confirmée par l’Assemblée générale.

Source : GMS.sn, 27 mars 2026 ; Xalima.sn, 27 mars 2026 ; SeneNews.com, 27 mars 2026 ; Pulse.sn, 27 mars 2026.

🔍 Décryptage : Vrai ou Faux

⚠️ Alerte information — Fausse déclaration attribuée à Achraf Hakimi : comment une rumeur est devenue un « fait » continental

Ce qui est décrit ici est une rumeur qui a circulé massivement depuis le Nigeria à partir du 20 mars 2026. Elle n’est pas une information vérifiée. La lire ne signifie pas qu’elle est vraie.

Le 17 mars 2026, le jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF) a rendu une décision controversée en faveur du Maroc dans le cadre d’une affaire opposant les deux sélections, dans le sillage de la CAN. Cette décision a généré une forte réaction de soutien au Sénégal dans plusieurs pays africains, et un ressentiment envers le Maroc dans certains cercles sportifs et médiatiques.

C’est dans ce contexte tendu qu’une première rumeur a été diffusée par l’agence de presse publique nigériane News Agency of Nigeria, affirmant à tort que le Maroc avait quitté le terrain lors d’un match à la CAN 1976 – une allégation contredite par les archives et déconstruite notamment par le média Yabiladi, TV5Monde et Al Mountakhab. Moins de 48 heures plus tard, la même agence a relayé une seconde information non vérifiée : une déclaration prétendument attribuée au capitaine marocain Achraf Hakimi, selon laquelle il aurait « rejeté » le titre continental en solidarité avec le Sénégal. Cette affirmation est fausse. Aucune déclaration de ce type n’a été faite par Hakimi.

La mécanique de propagation est documentée. En quelques heures, la fausse déclaration a changé de statut : le sénateur nigérian Shehu Sani, suivi par 2,3 millions d’abonnés sur X, l’a relayée sans vérification, comme d’autres figures publiques. La rumeur a rapidement traversé les frontières notamment au Ghana, Kenya, Zimbabwe, Bénin puis a atteint la Turquie, l’Ouzbékistan, la République tchèque et le Vietnam. Ce qui frappe dans cette séquence, c’est que la crédibilité ne reposait plus sur une preuve, mais sur l’origine institutionnelle du message : une dépêche d’agence publique a suffi à fabriquer une réalité.

Ce que le citoyen peut retenir de cet épisode n’est pas tant le contenu de la rumeur elle-même, mais le mécanisme : dans un espace informationnel interconnecté et chargé émotionnellement, une source officielle peut diffuser une information erronée, et des relais à forte audience peuvent l’amplifier sans vérification, avec des effets mesurables sur la perception publique dans des dizaines de pays.

Source : Yabiladi.com, « Desintox : Au Nigeria, deux fake news sur le Maroc en moins de 48 heures », 22 mars 2026.

🤝 Espace Citoyen

Jambaar26 : 14 000 volontaires, 115 pays, et une ville qui se prépare à accueillir le monde

Le programme de volontariat des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026, nommé Jambaar26, du mot wolof signifiant « courageux », a enregistré, au 26 mars, plus de 14 000 candidatures issues de 115 pays. Ce chiffre est à lui seul un signal : des jeunes de cinq continents souhaitent venir à Dakar, non pas pour concourir, mais pour servir un événement commun. Il s’agit de la première mobilisation de volontariat olympique sur le continent africain.

Ce programme s’inscrit dans un dispositif plus large appelé Jeunesse en Jeux, qui ambitionne de toucher près de 300 000 jeunes au Sénégal à travers des activités sportives, culturelles et éducatives organisées en amont et pendant les Jeux, prévus du 31 octobre au 13 novembre 2026. L’enjeu dépasse la logistique : il s’agit d’ancrer cet événement dans la vie réelle des quartiers, des écoles et des communautés, et non de le laisser exister comme une vitrine déconnectée.

La question que cet engouement pose aux citoyens est celle de l’héritage. Quel usage sera fait des infrastructures après les Jeux ? Comment les 300 000 jeunes ciblés par le programme deviendront-ils des acteurs durables de la pratique sportive ou de l’engagement civique dans leurs territoires ? Ces questions ne trouveront pas de réponse avant la tenue des Jeux, mais elles méritent d’être posées maintenant, pendant que les chantiers sont encore ouverts.

Source : APS (aps.sn), 26 mars 2026 ; APANews (apanews.net), 27 mars 2026.

✨ Coup de Projecteur

JOJ Dakar 2026 — À 219 jours, l’Afrique est prête

À 219 jours de l’ouverture des premiers Jeux olympiques de la jeunesse organisés sur le continent africain, le Comité international olympique a tenu sa 8ème réunion de coordination à Dakar les 25 et 26 mars 2026. Le verdict des inspecteurs est net : les travaux de construction et de rénovation des sites affichent un taux d’exécution estimé entre 96 et 97 %, avec une livraison des infrastructures attendue d’ici fin avril.

Le directeur exécutif des Jeux olympiques au CIO, Christophe Dubi, a exprimé une satisfaction sans réserve : les sites du complexe Iba Mar Diop à la Médina, de la piscine olympique de la Tour de l’Œuf au Point E, et des infrastructures de Diamniadio et Saly sont « pratiquement terminés ». La flamme olympique de la jeunesse sera allumée le 10 septembre 2026 à Athènes, rejoindra Dakar deux jours plus tard et parcourra les 14 régions du Sénégal avant l’ouverture officielle. Quelque 2 700 jeunes athlètes âgés de 14 à 17 ans, issus de 206 pays, dont une équipe de réfugiés africains, seront présents.

Ce qui mérite d’être signalé ici, au-delà du tableau de bord des chantiers, c’est le choix d’aménagement des sites : le CIO lui-même a salué la décision rare de préserver des lieux en plein cœur des quartiers de Dakar notamment la Médina, Point E, plutôt que de construire des complexes isolés. Ce choix pose une question d’urbanisme citoyen que les villes africaines seront amenées à trancher de plus en plus souvent : comment accueillir des événements internationaux sans déconnecter les infrastructures de la vie des habitants ?

Source : APS (aps.sn), 26-27 mars 2026 ; Agence Ecofin (agenceecofin.com), 27 mars 2026 ; AllAfrica.com, 27 mars 2026.

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