La région de Thiès a accueilli le 30 mars 2026, le coup d’envoi officiel de la Semaine nationale de la jeunesse (SNJ). Cette SNJ a été créée par l’ancien Président de la République Léopold Sédar Senghor par décret, en décembre 1971 afin de développer l’esprit civique et patriotique chez les jeunes, de promouvoir les activités artistiques et sportives, et de renforcer leur participation à la vie nationale.
L’édition 2026, placée sous le thème « La Semaine de la jeunesse au rythme de l’olympisme », a réuni 1 050 jeunes issus des 14 régions du pays, autour de disciplines allant du slam à la lutte en passant par l’innovation numérique et les arts culinaires locaux.
À l’ouverture, le président de la République Bassirou Diomaye Faye a reconnu que « trop souvent, la jeunesse est évoquée, sans être véritablement associée aux décisions. Cela doit évoluer ». Il a donc annoncé un cadre structuré de participation ainsi que le déploiement d’infrastructures sportives de proximité dans les communes, notamment avec la transformaation du CNEPS de Thiès en structure de haute performance.
À la clôture de la Semaine nationale de la jeunesse, le 3 avril au stade Caroline Faye de Mbour, le Premier ministre Ousmane Sonko a choisi de mettre en avant la mobilisation des jeunes autour des valeurs. Définissant l’olympisme comme « bien plus qu’une simple célébration sportive », il a affirmé que « l’olympisme dans sa vérité profonde n’est pas une célébration de la victoire. C’est une civilisation de l’effort », appelant les jeunes à y voir une invitation à la discipline, à la persévérance et au respect. Face aux délégations venues de toutes les régions du pays, il a lancé à leur endroit :
« Vous n’êtes pas les héritiers d’un Sénégal en déclin. Vous êtes les constructeurs d’un Sénégal en mouvement. Avec un patriotisme solide, une bonne identification des priorités, mais surtout une cohésion ferme, rien, absolument rien ne peut résister à notre envie de changer notre destin commun. » – Ousmane Sonko, 3 avril, Mbour.
Entre l’ouverture et la clôture de la Semaine nationale de la jeunesse, il y’a eu le Conseil des ministres du 1er avril 2026. Après avoir félicité le ministre de la Jeunesse et des Sports et les délégations régionales pour la mobilisation massive des jeunes et la qualité de l’organisation, le président de la République Bassirou Diomaye Faye a rappelé au Premier ministre Ousmane Sonko l’importance et l’urgence de renforcer l’éducation, l’encadrement, la formation professionnelle et technique et l’employabilité des jeunes. Il a surtout demandé au ministre de la Jeunesse et des Sports Khady Diène Gaye de préparer l’installation du Conseil consultatif des Jeunes du Sénégal, qu’il présidera lui-même au plus tard en fin juin 2026.
Avec cet annonce, l’architecture de positionnement de la jeunesse comme acteur se dessine : l’effort olympique comme valeur formatrice, la participation institutionnelle comme méthode, la construction nationale comme horizon.
Une date butoir, un test vérifiable
L’annonce la plus notable de la séquence SNJ 2026 est la fixation de l’échéance, fin juin 2026, pour l’installation du Conseil consultatif des Jeunes du Sénégal (CCJS) qu’il présidera personnellement. Le CCJS est destiné à remplacer le Conseil national de la jeunesse du Sénégal (CNJS) structure créée en 1994. Il regroupe environ 17 000 associations et 26 mouvements nationaux de jeunesse, présents dans toutes les régions du pays.
Un diagnostic conduit en 2023 a révélé plusieurs dysfonctionnements de l’instance : non-respect des dispositions statutaires, cadre juridique inadapté ou lourdeur organisationnelle. La réforme vise à faire passer cette structure d’une simple fédération d’associations à un organe consultatif plus souple, légitime et respectueux des principes d’inclusion et d’équité territoriale. Le chantier est engagé depuis début 2025 : un comité de pilotage avait été installé par la ministre Khady Diène Gaye le 10 février 2025 , et le projet de décret portant création du CCJS avait été examiné en Conseil des ministres dès le 12 novembre 2025. Si le dispositif n’était jusque là pas encore en place, il le sera dès avant les grandes vacances scolaires.
Une jeunesse majoritaire et sous-employée
Ces annonces s’inscrivent dans un contexte structurel que les données disponibles décrivent sans ambiguïté. Trois quarts de la population sénégalaise ont moins de 35 ans, et les 15-35 ans représentent plus de la moitié de la population économiquement active. Pourtant, environ 40 % de ces jeunes ne sont ni aux études, ni employés, ni en formation. Ce sont les chiffres publiés en juin 2025 par Afrobarometer, issus d’une enquête conduite en février-mars 2025 auprès de 1 200 adultes sénégalais.
Quatre jeunes sur 10 déclarent être sans emploi et en recherche active de travail avec un chômage qui touche davantage les jeunes femmes (45,4 %) que les jeunes hommes (12,2 %). Quant aux titulaires d’un diplôme secondaire ou supérieur, ils présentent paradoxalement une probabilité d’insertion professionnelle inférieure à celle de leurs pairs limités au primaire; décalage attribué à la prédominance du secteur informel et à l’inadéquation entre formation et marché du travail. La quasi-totalité des jeunes sénégalais, environ 90 %, opèrent dans l’économie informelle, caractérisée par une forte précarité des conditions de travail et de rémunération.
Ces chiffres interpellent à plus d’un titre, en premier lieu les jeunes. Eux-mêmes identifient le manque de formation adéquate (35 %), leur réticence à occuper certains emplois (24 %) et l’inadéquation entre leurs compétences académiques et les exigences professionnelles (16 %) comme les principaux obstacles à leur insertion.
Ces perceptions révèlent une fracture structurelle entre le système éducatif et le marché du travail sur laquelle les politiques publiques butent depuis des décennies. En 2021, un programme d’émergence pour l’intégration socioéconomique des jeunes, doté de 721 millions de dollars américains, visait déjà à couvrir tout le cycle allant de la formation à l’entrepreneuriat. Or les résultats de ces programmes sont à ce jour peu perceptibles, selon les évaluations disponibles.
La formule de Sonko sur « la civilisation de l’effort » est belle et juste dans son principe : sans discipline et sans cohésion, aucune politique publique ne peut produire ses effets. Mais l’effort individuel et collectif des jeunes se heurte à des obstacles qui ne relèvent pas de leur volonté. Près des trois quarts des jeunes, 74 % environ, aimeraient créer leur propre entreprise. Mais six jeunes sur dix ont au moins « un peu » envisagé l’émigration, le plus souvent pour décrocher un emploi ou fuir des difficultés économiques et seulement 33 % des jeunes se disent satisfaits des efforts gouvernementaux en matière de création d’emplois, au moment même où le régime multiplie les déclarations d’intention.
Ce que la Semaine nationale de la jeunesse 2026 aura apporté
La relance de la Semaine nationale de la jeunesse après plusieurs années d’interruption est un signal positif. L’édition 2026 a tenu à rassembler 1 050 jeunes de toutes les régions du Sénégal et à offrir un espace d’expression aux talents artistiques et sportifs des jeunes. Les engagements gouvernementaux qui ont accompagné cette célébration répondent à des besoins réels, exprimés par les jeunes et déjà connus par les pouvoirs publics.
L’on semble tenir le (bon) bout. Le Premier ministre Ousmane Sonko a déclaré à Mbour que « rien, absolument rien ne peut résister à notre envie de changer notre destin commun ». Le ton est donné mais il faut des actions concrètes et rapidement. L’on sait surtout là où il faut agir : augmenter les dépenses en faveur des programmes d’aide à la jeunesse, créer en priorité des emplois en faveur des jeunes par un investissement et un accompagnement plus important, des débouchés économiques réels, des formations adaptées et des mécanismes de financement accessibles.
La Semaine nationale de la jeunesse 2026 s’est refermée le vendredi 3 avril à Mbour. Les 1 050 participants ont regagné leurs régions d’origine avec, dans les oreilles, des appels à l’effort, à la discipline et à la cohésion. Ces appels méritent d’être suivis d’actes mesurables notamment l’installation prochaine et effective du Conseil consultatif des jeunes du Sénégal (CCJS) avant fin juin 2026 ainsi que la clarification des attributions qui lui seront conférées. Il s’agira ensuite d’avoir comme baromètre les données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) sur l’emploi des jeunes. En espérant que la relance cette année de la Semaine nationale de la jeunesse aboutisse à une véritable « Année de l’emploi ».
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