[313]. Etre boutiquier détaillant exige une grande expérience
Alioune BA est un « Boy Pikine », originaire du village de Thikité dans le Fouta Toro (région de Saint‑Louis, département de Podor). En plus d’être boutiquier détaillant, il s’engage pour que les boutiquiers du Sénégal soient mieux organisés, écoutés et respectés. Il participe à diverses actions qui améliorent leurs conditions de travail et les aident à avancer à l’ère du temps, surtout grâce à la digitalisation.
Nous sommes partis à sa rencontre.
Quel est votre métier Alioune ?
Je suis commerçant détaillant . Je tiens une boutique de quartier comme on en voit dans tous les coins du Sénégal. J’y vends du riz, de l’huile, du savon, des recharges téléphoniques, etc. Mon objectif est simple : satisfaire les besoins quotidiens des clients. Ce métier demande beaucoup de patience et un vrai sens du contact humain.
Comment faire comprendre l’essentiel du métier de boutiquier à un enfant ?
Je suis la personne chez qui papa ou maman vient chercher un paquet de lait, du pain ou du crédit téléphonique, sans avoir besoin d’aller loin. J’aide les familles à trouver ce dont elles ont besoin chaque jour.
Quel parcours académique et/ou professionnel faut-il suivre pour pouvoir exercer ce métier ?
Aucun grand diplôme n’est obligatoire, mais il faut être sérieux, savoir compter, gérer un stock et bien parler aux clients. J’ai appris sur le terrain, pas à pas en étant d’abord boy boutique. C’est en pratiquant ce métier que l’on apprend à gagner de l’expérience en sachant par exemple comment acheter de la marchandise, comment peser, comment dialoguer avec le client, comment ranger la boutique pour attirer les cliens, savoir la période pour écouler certains produits le plus rapidement, etc.
Aujourd’hui, je conseille aux jeunes de suivre des bases de gestion, informatique et marketing, car le métier évolue vite. J’aime bien les propos de Alioune Badara Diagne père Golbert qui dit : « la culture est une chose, l’instruction est une autre chose, l’expérience est une base et la compétence est une finalité »
Qu’est-ce qui vous plait le plus dans l’exercice de ce métier de boutiquier ?
Le contact avec les clients. On finit par devenir un membre de la famille. AInsi, on apprend à gérer leurs sensibilités, leurs humeurs et, au passage, on découvre beaucoup de choses sur les gens.
Pour mes frères sénégalais qui sous-estiment ce métier, je les invite à nous rejoindre dans cette dynamique pour changer le paradigme. Modernisons ensemble le commerce de proximité ! Tout le monde ne peut pas être dans les bureaux, mais chacun peut jouer un rôle important là où il est. Le commerce de quartier mérite respect, reconnaissance et innovation.
Partagez-nous une anecdote qui illustre assez bien la réalité de votre métier ?
Je disais souvent aux clients : « Je ne me lève pas pour vendre de petites choses quand je suis en train de manger. ». Un jour, un client qui me connaissait bien a débarqué et me dit : « Alioune, vends‑moi un sac de riz ». Je me suis levé en sursaut et il a ajouté : « Donne‑moi aussi deux paquets de cigarettes. Après lui avoir donné les cigarettes, il me dit « retourne manger ton riz, c’est mieux pour toi ! » Donc le sac de riz, c’était juste pour que je me lève.
Est-ce le métier dont vous rêviez étant enfant ou est-ce bien plus tard que vous l’avez embrassé ?
Pas du tout ! Plus jeune d’ailleurs, je me demandais comment on pouvait rester au même endroit 24 h/24. Etant un Boy Pikine, être boutiquier n’était pas vraiment un rêve, et c’était vu comme un métier « d’étranger ». Avec le temps, j’ai compris que c’est un métier digne, qui fait vivre ma famille et qui regroupe des compétences que d’autres apprennent à l’université : marketing, gestion, relation client, etc. Aujourd’hui, j’en suis fier.
Quel est le métier que vous souhaitez que l’on vous présente ?
Le métier de gestionnaire d’entreprise ou de comptable.
Un métier de gestionnaire adapté aux réalités des petites boutiques pour apprendre à mieux gérer le stock, les ventes et dégager plus de bénéfices sans pertes.
