[296]. 48h après l’accident à l’aéroport AIBD, voilà ce que nous en savons

 [296]. 48h après l’accident à l’aéroport AIBD, voilà ce que nous en savons

Le vol HC301 d’Air Sénégal opéré par Transair a fait une sortie de piste au décollage de l’aéroport AIBD suite à une accélération arrêt, le jeudi 09 mai 2024 à 01h14« , peut-on lire dans le communiqué mis en ligne le 09 mai 2024 à 09h26 sur le compte X du Ministère des Infrastructures et des Transports Terrestres et Aériens (MITTA).

Un accident s’était donc produit à AIBD, la principale aéroport du Sénégal. Plus de peur que de mal. Aucune perte en vie humaine n’a été dénombré et l’avion « n’est pas trop endommagé » a déclaré Askim Demir, Directeur Général de LAS (Lima – AIBD – Summa). Il a également confirmé dans les médias, la « sortie de piste » évoquée dans le communiqué du MITTA

Vers la fin de la piste, l’avion n’a pu décoller, le pilote a choisi de faire quitter l’appareil la piste. Je pense personnellement qu’il a bien géré la situation. L’avion n’est pas trop endommagé, il y’a eu un petit incendie qui a été maitrisé rapidement. Les équipes de Sapeurs pompiers ont été déployées dans les délais.

Askim Demir, DG LAS

Le vol HC301 est un aéronef de type Boeing 737-38J (6V-AJE) de la compagnie privée Transair. Il a été affrété par la compagnie nationale sénégalaise Air Sénégal pour transporter ses passagers à destination de Bamako, la capitale malienne. L’avion avait à son bord 79 passagers, 2 pilotes et 4 membres du personnel navigant cabine. Pourquoi Air Sénégal a mis ses passagers dans un avion de Transair ?

Transair, nom inscrit sur la coque de l’avion qui a subi l’accident, est une compagnie low cost créée en 2009. Interrrogé en 2018 par Jeune Afrique, Alioune Fall, patron de la compagnie évoquait déjà le partenariat possible et vivement souhaité avec Air Sénégal :

Aujourd’hui, il faut nouer des partenariats, faire du code sharing, agir sur la base de complémentarité. L’essentiel est de permettre aux usagers de se déplacer facilement, de façon confortable et à des coûts abordables. Nous avons déjà rencontré le top management d’Air Sénégal et nous pensons qu’une cohabitation est possible. D’autant plus que nous desservions déjà l’intérieur du pays du temps de la défunte Sénégal Airlines. Il faut savoir qu’au Nigéria, au Maroc et en Afrique du Sud, plusieurs compagnies desservent le pays

Alioune Fall, Jeune Afrique 29 juin 2018

De l’avis de plusieurs interlocuteurs, il s’agit d’une pratique courante au niveau de l’aviation. Plusieurs raisons peuvent justifier le recours à l’affrétement. Le dictionnaire juridique définit l’affrètement comme la convention du droit des transports par laquelle une entreprise met à la disposition d’une autre, un avion en vue de son exploitation. Nous reviendrons plus tard sur les préalables qu’une compagnie doit observer avant cet accord.

Selon le quotidien L’Observateur (édition du 10 mai 2024), qui reprend le témoignage « d’une source avisée », l’affrétement de Transair par Air Sénégal s’explique par le fait que les passagers avaient déjà passé 48 heures à attendre leur vol. Malheureusement, celui-ci tardait toujours à quitter et devant la colère débordante des passageurs qui avaient finalement décidé de manifester leur mécontentement, Air Sénégal s’était attaché les services de Transair pour convoyer des passagers vers Bamako.

Le quotidien Walfafjri, dans son édition du 10 mai 2024, a donné la parole à Xavier DIATTA, ancien mécanicien, ancien pilote de l’armée de l’air et ancien enquêteur Accidents Aviation. De son point de vue, la compagnie Transair qui existe depuis bientôt 20 ans, n’avait enregistré aucun écart de conformité en matière de maintenance curative ou préventive. Il suggère donc d’attendre les conclusions de l’enquête car « tout ce qui transparait sur les réseaux sociaux, la presse écrite et télévisuelle est tout de suite pris en considération dans l’enquête. »

A la fin de ses investigations, le Bea rendra disponible un rapport réliminaire pour décrire les premières constatations. Ce premier rapport intervient en général dans un délai de trois mois, avant que ne suive le rapport final de l’accident. Ledit rapport fera l’objet d’une communication via une conférence de presse si le format est le plus adapté pour l’information du public, des victimes et des autres acteurs. Il est ensuite mis en ligne sur le site web du BEA.

Des témoignages que nous avons pu consulter sur les réseaux sociaux font état d’une première tentative de décollage sans succès parce que l’arrière de l’appareil n’a pu décoller. C’est lors de la « seconde tentative » que la sortie de piste évoquée par le communiqué du MITTA s’est produit. Il existe également d’autres vidéos, mises en ligne notamment par le site d’informations Dakaractu, où des passagers indiquent qu’en réalité, ce n’est pas qu’une sortie de piste. L’avion a pu décoller de quelques mètres avant de chuter. Toutes ces scénarii seront élucidées par l’enquête confiée au Bureau Enquête et Analyse (BEA).

Le communiqué du MITTA évoqué plus haut faisait d’ailleurs état d’instructions données par le Ministre pour l’ouverture d’une enquête qui déterminera les causes de l’accident. Relevons simplement le fait que les textes qui régissent ce bureau, ne lui permettent pas de recevoir d’instruction d’aucune autorité quant au déroulement de l’enquête.

Le BEA a compétence pour mener son enquête, notamment en procédant aux constats et interrogatoires de toute personne impliquée directement ou indirectement, conformément à l’Annexe 13 de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI). Le document est disponible en consultation libre sur Internet. N’hésitez pas à y jeter un coup d’oeil.

En attendant que le rapport de l’enquête ne lève les zones d’ombre, diverses interrogations subsistent comme c’est le cas lorsque des incidents de cette nature interviennent. Certaines de ces interrogations ont été évoquée dans l’édition du 10 mai du quotidien L’Observateur :

  • Air Sénégal s’est-elle assurée que Transair respecte les standards en vigueur, notamment en référence à la certification Iosa, programme d’audit développé par l’association de transport aérien international (Iata) ?
  • Air Sénégal s’est-elle assurée que l’affretement de l’avion de Transair est couvert par l’assurance, comme l’exigent les règles de l’aviation civile ?
  • Air Sénégal s’est-elle assurée que le permis d’exploitation de Transair délivré par l’Agence nationale de l’aviation civile (Anacim) était toujours valide, au regard des normes en vigueur ?

L’une des premières mesures d’envergure prise par les autorités a été la fermeture de l’aéroport AIBD dès que l’incident est intervenu. Il s’agit d’une mesure de sureté standard qui vise à assurer la sécurité des personnes et des aéronefs, déjà présents sur le tarmac ou qui avaient entrepris d’atterir. C’est ainsi que l’aéroport a été fermé le mercredi 9 mai 2024, dès 01h14 jusqu’à sa réouverture à 09h30. Huit (8) heures de fermeture pour un aéroport comme AIBD, c’est beaucoup et d’ailleurs, les atterissages prévues ont été déroutés à Banjul (Gambie) et à Bissau (Guinée bissau).

  • Pourquoi une déroute n’a pas été possible à l’aéroport Léopold Sédar Senghor où continuent d’attérir des vols présidentiels ?
  • Quid de l’aéroport Ousmane Masseck Ndiaye de Saint-Louis que le Président Macky Sall avait inauguré ?

Plus de peur que de mal mais de fortes angoisses pour les passagers et certainement leurs familles. Dans son communiqué du 10 mai 2024, le MITTA informe que les blessés qui ont été acheminés dans les structures hospitalières se portaient mieux. Les passagers qui étaient à l’aérogare pélerins ont été hébergés dans des hôtels pour leur confort et sécurité et une équipe de psychologues a été mobilisée pour les accompagner et les soutenir dans cette épreuve difficile.

Dans un communiqué publié le 11 mai 2024 sur son compte Instagram, la compagnie Air Sénégal précise, notamment pour la prise en charge, que le MITTA les a instruit de donner 150 000 francs CFA à chaque passager. De ce montant, 40 000 francs CFA a été remis instantanément « pour leur confort et pour leur permettre de satisfaire leurs besoins de première nécessité ».

Le reliquat (110 000 francs CFA) a été mis à la disposition des passagers ainsi qu’il suit :

  • les passagers ayant été pris en charge sur le vol Dakar-Bamako du 10 mai l’ont reçu à Bamako, des mains de leur représentant sur place ce samedi 11 mai 2024
  • les passagers ayant demandé un report de leur vol ou le remboursement de leur billet recevront le reliquat à leur convenance.

Air Sénégal conclut en présentant « ses excuses aux passagers impactés et remercie ses fidèles clients pour la vague d’encouragements et de solidarité ».

La rédaction

redaction@divancitoyen.com

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