[108]. Changements climatiques : s’engager ou périr

 [108]. Changements climatiques : s’engager ou périr

Les différentes rencontres étatiques ont montré les limites des engagements des Etats à apporter des solutions pérennes aux changements climatiques. La menace, grande et urgente, ne semble pas avoir d’effet sur les intérêts de certains groupes. Serons-nous capables de réajuster l’équilibre?

Le 18 novembre 2016, se clôturait la vingt-deuxième conférence des parties (COP 22) sur les changements climatiques à Marrakech, au Maroc, au termes de deux semaines de négociations.

Moins médiatique et médiatisée que la COP 21, la COP 22 devait pourtant focaliser particulièrement l’attention des citoyens africains. Ce manque d’intérêt est également le reflet du manque d’intérêt de beaucoup de citoyens pour les questions écologiques, particulièrement celles liées au climat. Et pourtant cette question des changements climatiques n’est pas qu’écologique ou environnementale.

Elle est aussi sociale, économique et politique et ce n’est qu’en comprenant ces liens que le citoyen se verra dans l’urgence de s’approprier de la question. Cela est d’autant plus pressant que l’accord de Paris, considéré si important pour la survie de l’humanité, reste davantage un succès diplomatique.

L’urgence est donc de mettre en marche la mobilisation citoyenne, d’abord en décloisonnant le débat sur les changements climatiques. Il faudra ensuite la populariser et impulser un processus d’appropriation afin qu’elle ne soit plus la chasse gardée des hauts fonctionnaires, des scientifiques et des « big greens ».

Marrakech, le rendez-vous manqué de l’Afrique

Les pays africains subissent drastiquement les effets des changements climatiques malgré le fait qu’ils contribuent très peu au émissions de gaz à effet de serre. Selon la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, le Sénégal est à 0,05% et six des dix pays les plus vulnérables se retrouvent en Afrique.

Les conséquences sont déjà très lourdes et nombreuses : érosion côtière, salinisation et dégradation des terres, perturbation des cycles pluviométriques, inondations, perte de la biodiversité marine et terrestre, baisse de la nappe phréatique du littoral, sécheresse, etc. Elles risquent par ailleurs de renforcer les inégalités économiques et sociales et favoriser l’exode rural et l’immigration clandestine. Quid du financement de l’urgence climatique?

La 22ème conférence des Etats parties les 7 au 18 novembre dernier, a été annoncée comme étant celle de l’action et de l’Afrique. Au delà de la définition des normes techniques de l’accord de Paris, la COP 22 devait se pencher sur les aspects cruciaux de l’adaptation et du financement.

Pour rappel, en 2009, les pays développés se sont engagés à mobiliser 100 milliards de dollars/an d’ici 2020. Il reste que la mobilisation financière est au ralenti avec des promesses équivalentes à 10 milliards de dollars. Le fonds vert quant à lui ne devrait atteindre que 67 milliards environ en 2020 selon les estimations de l’OCDE. S’y ajoute le peu d’éléments fournis sur les mécanismes de mise en oeuvre, surtout avec le risque que le financement soit combiné à l’aide publique au développement.

La déclaration de Marrakech s’est réjoui de l’entrée en vigueur de l’accord de Paris le 4 novembre dernier et a lancé un appel. Un appel à un engagement politique plus ferme des Etats. Hormis cela, il n’y a pas eu de mesures concrètes. La COP de “l’action” est bien loin.

De l’urgence de populariser la question climatique

La question climatique dont dépend la survie de l’humanité ne fait pas échos à tout le monde. Elle ne semble pas attirer l’attention au delà du cercle des convaincus et des impactés. Pour beaucoup de citoyens, elle reste souvent soit trop abstraite, soit trop technique. Néanmoins, elle demeure sans équivoque un problème systémique qui risque d’affecter plus que notre environnement.

Décloisonner le débat est utile pour pointer les vrais enjeux de justice sociale que pose la question climatique. Le réchauffement climatique va au delà de l’augmentation des températures ou de l’avancée de la mer. Il contribue, avec les fausses solutions des instances onusiennes et du marché, à redéfinir un nouvel ordre politique mondial. Et dans ce nouvel ordre politique, les pays africains seront des « outsiders ».

Les transferts de technologies plébiscités contribueront à un asservissement et une dépendance des pays du Sud. Il ne feront qu’accroître la résilience aux changements climatiques et réduire les émissions de gaz à effet de serre avec la géo-ingénierie. Ce sera le cas avec le développement des biotechnologies dans le domaine agricole avec les OGM et celui des biocarburants. Ils aboutiront sur le contrôle des semences et de la sécurité alimentaire sans oublier le renforcement des inégalités socio-économiques.

Donc c’est bien le contrôle de notre souveraineté, de nos Etats et de nos vies qui sont en jeu. Ce sont des questions éminemment politiques avec des choix de modèle de société qui se posent clairement. Et c’est justement pour ces raisons qu’il est important de se mobiliser pour la sauvegarde de ce bien commun qu’est le climat.

Et si on reprenait en mains les choses?

De COP en COP, le manque de volonté politique des États ne cesse de s’affirmer. Les projets d’extraction fossiles se multiplient notamment le Sénégal qui se dote de centrales à charbon.

En 2015, les aides accordées à la production d’énergies fossiles au niveau mondial étaient de 500 milliards de dollars selon l’OCDE. Elles l’étaient sous forme de subventions ou d’allègements fiscaux, soit 5 fois le montant des aides allouées aux énergies renouvelables. A ce rythme, la transition énergétique et écologique ne sera pas pour demain.

La bonne nouvelle cependant reste la capacité des citoyens à changer la donne face au manque de volonté des Etats. Faisons-en bon usage pour sauver le climat de certains intérêts économiques et géopolitiques.

Nous pouvons y arriver en nous appropriant de la pléthore de solutions concrètes qui existe : agriculture saine et durable, consommation locale et responsable, reboisement des littoraux, pêche durable, énergies renouvelables, recyclage des déchets sont autant d’alternatives que l’on peut valoriser. Nous devons nous y investir. Elles constituent des réponses concrètes face aux fausses solutions.

Nous devons résister pour créer un rapport de force positif afin de contraindre les Etats à respecter leurs engagements. Il est de notre devoir de nous opposer à tout projet qui contribue à détruire notre climat et donc mettre en jeu notre avenir. Et donc dès maintenant, débattons de l’accaparement des terres par l’agro-business ou des accords de libre échange.

La balle est dans notre camp et le ton est donnée. Emparons nous des alternatives et résistons à l’engrenage du système pour ensemble construire une société plus durable, plus juste et plus solidaire.

Mariama Diallo

2 COMMENTAIRES

  • Bonjour,
    Merci pour ce bel article. J’ai rarement lu un papier aussi sérieux au Sénégal traitant du changement climatique.
    L’argumentaire est clair et simple. Et il donne envie de lire les autres.

    • Merci pour ce commentaire Mbayang

      L’appropriation de la thématique par les populations est cruciale, surtout qu’elles sont les principales victimes. Des solutions communautaires existent et doivent pouvoir être présentées au monde

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