[196]. Covid-19 au Sénégal, nous y sommes !

 [196]. Covid-19 au Sénégal, nous y sommes !

Le covid-19 au Sénégal ! L’information est rendue publique ce vendredi 6 mars 2020 en début d’après-midi, soit quatre jours après l’annonce-découverte du premier cas de contamination au coronavirus. Le patient hospitalisé au service des maladies infectieuses de Fann est guéri

« Le premier cas, déclaré positif le lundi 02/03/2020, a été testé négatif à deux reprises. Par conséquent, il est considéré comme guéri et sa sortie d’hôpital est en cours »

Communiqué n°5 du 6 mars 2020 du ministère de la santé – Sénégal

La bonne nouvelle fait rapidement le tour de la twittosphère sénégalaise. On est loin du schéma catastrophe envisagé à la suite du communiqué du ministère de la santé diffusé le 02 mars 2020.. Une phrase a suffit à lever toute équivoque sur un doute

Les résultats des tests effectués par l’Institut Pasteur de Dakar se sont avérés positifs.

Communiqué n°1 du 02 mars 2020 du ministère de la santé – Sénégal

En notifiant ce premier cas à l’Organisation mondiale de la santé, le Sénégal rejoignait la communauté des Etats touchés par la pandémie

Trois mois d’attente

Le 31 décembre 2019, l’Organisation Mondiale de la Santé alerte sur plusieurs cas de pneumonies dans la ville de Wuhan en Chine. Un virus nouveau pour le monde médical était confirmé par les autorités chinoises une semaine après, le 7 janvier 2020.

Le virus fut baptisé dans un premier temps 2019-nCoV avant qu’une dénomination plus simple ne soit confirmée. Le monde était désormais « à la merci » du COVID-19. Les mesures s’enchaînaient afin de faire face à la fièvre contagieuse du corona

En réaction, la Chine construit à Wuhan, en 10 jours, un hôpital spécialisé de 1000 places et mobilise 3000 médecins civils et militaires. Dans le même temps, toute la province est mise en quarantaine (environ 59 millions de personnes) alors que des pays, en riposte, ferment leurs frontières et rapatrient leurs ressortissants.

N’empêche, le virus sort de la Chine et se hisse au rang de crise mondiale surtout lorsque Philippines enregistre le premier décès hors de la Chine le 2 février 2020 et que la France enregistre son premier patient confirmé le 30 janvier 2020.

Le monde se sent menacé et charge la Chine qui aurait par négligence contribué à la propagation du virus. Le ton monte d’un cran lorsque le 7 février 2020, Li Wenliang le médecin chinois qui a lancé l’alerte sur l’apparition du virus, décède. La Chine nie et mobilise sa diplomatie pour chercher le soutien d’autres pays. Au Sénégal, l’ambassadeur chinois occupe les médias et rassure autant qu’il peut. Les choses semblent se calmer.

Un premier cas confirmé

Le 3 février 2020, le coronavirus gagne sa première place dans l’actualité nationale. Le Président de la république Macky Sall déclarait, à l’occasion de la cérémonie de levée des couleurs, que la logistique pour opérer le rapatriement des 13 sénégalais de Wuhan est hors de portée du Sénégal.

En réaction, les parents des étudiants organisent une conférence de presse le 5 février 2020 pour demander au Président Macky Sall de revoir sa décision. Les positions restent tranchées au sein de la classe politique comme de la société civile et une collecte est annoncée pour supporter les frais afférant au rapatriement des étudiants sénégalais.

Divers spécialistes interpellés sur cette question déclarent que le Sénégal a les moyens techniques et les ressources humaines pour faire face. On garde cependant le statu quo jusqu’à ce 02 mars 2020, avec la tenue d’un conseil présidentiel sur le coronavirus. Le virus était sur le territoire, la toile s’affolent, les pharmacies sont prises d’assaut, les prix flambent. Diameu diexna

Interrogée sur la rupture des produits, le Dr Sokhna Gaye de la Pharmacie Nationale d’Approvisionnement confirme la disponibilité d’un stock suffisant « pour les hôpitaux identifiés pour recevoir les personnes atteintes ». Ces hôpitaux sont ceux retenus dans le plan national de riposte : Principal, le Dantec, Fann, Hogip (ex Hoggy) avec l’appui logistique du Samu et technique de l’Institut Pasteur. Une enveloppe d’environ 1,5 milliards de FCFA est dégagée et la coordination confiée au ministère de la Santé.

La nationalité du premier patient confirmé est dévoilé: un français ayant séjourné récemment dans son pays. La toile s’emballe à nouveau avec des interrogations diverses et largement relayées. Comment a t-il pu embarquer sur un vol à destination du Sénégal sans que le virus n’ait été détecté? Le dispositif à l’aéroport est-il effectif et efficace pour ne laisser passer que les passagers sains? Pourquoi n’a t-on pas fermé les frontières, notamment avec les pays qu’on a su touché par le virus?

Une batterie de mesures déployées

Quelques réponses commencent à effleurer. Les médecins évoquent une période d’incubation que l’Organisation mondiale de la Santé définit comme « le temps qui s’écoule entre l’infection et l’apparition des symptômes de la maladie. On estime actuellement que la période d’incubation de la COIVD-19 dure de 1 à 14 jours et le plus souvent autour de cinq jours« .

Cela a pu donc justifier que le patient n’ait pas été contrôlé positif. Les écrans de contrôle installés au niveau de l’Aéroport International Blaise Diagne (AIBD) donnent l’alerte lorsque la température du corps atteint un certain seuil. Le système ne fournit pas d’informations sur la période ni le niveau d’incubation.

Si par contre l’alerte est faite, le cas suspect est pris en charge par une unité sanitaire prépositionné tandis que les tests sont effectués par l’institut Pasteur. A l’initiative du laboratoire d’ailleurs, un atelier régional de formation sur le diagnostic biologique du coronavirus s’était tenu à Dakar le 25 février 2020 à Dakar à l’intention des 15 pays de la CEDEAO et du Tchad. Mieux on est préparé, plus vite on développe la capacité de réaction.

Similaires aux écrans d’informations couramment installés dans les aéroports, les écrans de contrôle sont restés discrets. C’est ce qui a fait dire à plusieurs passagers qu’aucun contrôle n’avait été effectué sur eux. Dernièrement, le dispositif a été renforcé pour devenir plus visible et plus « réconfortant ».

Dans les aéroports régionaux notamment à Tambacounda, Ziguinchor et Saint-Louis, le dispositif est déployé. Sous la coordination du gouverneur de région, un mécanisme de riposte est mis en place pour prendre en charge les cas suspects qui surviendraient hors de Dakar. C’est grâce à ce système que trois chinois en provenance de Chine en travaillant à la construction du pont de Foundiougne sont présentement sous observation.

Se couper du monde?

Répondant à une question sur la fermeture éventuelle de leur frontière d’avec le Sénégal, le Colonel Rémy Lamah, ministre guinéen de la santé déclarait que son pays ne l’envisageait pas parce que « signataire du règlement sanitaire international. » Qu’est ce que c’est ?

Le règlement sanitaire international (2005) est un instrument juridique international qui a force obligatoire pour 196 pays dans le monde, dont tous les pays membres de l’OMS. Il a pour but d’aider la communauté internationale à prévenir les risques graves pour la santé publique, susceptibles de se propager au-delà des frontières et de constituer une menace dans le monde entier et à y riposter. Le RSI 2005 a pour objet d’éviter la propagation internationale des maladies, de s’en protéger, de la maîtriser et de réagir par une action de santé publique proportionnée et limitée aux risques qu’elle présente, en évitant de créer des entraves inutiles au trafic et au commerce internationaux.

Mieux s’organiser sans fermer ses frontières. C’est ce que le Sénégal a tenté de faire avec plus ou moins de succès au vu des dernières informations disponibles. C’est ainsi que diverses mesures ont été envisagées ou déjà opérationnelles. Elles s’appliquent notamment aux personnes en provenance de pays touchés

Les personnes venant de zones touchées par l’épidémie sont systématiquement enregistrées dans une base de données alimentée au quotidien et transmise au ministère de la santé

Dr Barnabe Gningue, médecin chef du contrôle sanitaire aux frontières aériennes – AIBD

Ce système permet d’identifier et de localiser les cas contacts afin d’organiser la surveillance et la riposte afin d’éviter la propagation. Cette mesure semble avoir été mise en place à la suite de la détection du cas confirmé. Nous avons suivi l’appel lancé en direction des passagers de certains vols.

La confirmation du cas français a coïncidé avec la présence d’une délégation sénégalaise au salon de l’agriculture de Paris. Lorsque le débat a pris forme, il a été décidé de soumettre tous les membres de la délégation à un examen.

Toutes les personnes qui étaient au Salon international de l’agriculture de Paris ont été mises sous surveillance avec le dispositif mis en place à l’aéroport de Diass

Dr Aloyse Diouf, directeur de cabinet du ministre de la santé – Sénégal

La mise sous surveillance s’applique à une personne passée dans des zones à risques tandis que la quarantaine intervient lorsque la personne est rangée dans le groupe des sujets contacts, sujets suspectés mais non encore confirmés. Quant à l’isolement, elle est en vigueur lorsque la personne est diagnostiquée positive et donc susceptible de contaminer ses voisins ou son entourage immédiat. Les tests sur des sénégalais sont revenus négatifs. Ouf de soulagement de ce côté.

Plus de peur que de mal ?

Les Etats semblent retrouver leurs esprits et les bonnes nouvelles commencent à nous parvenir. Au 5 mars 2O2O, autour de 53 400 guérisons ont été confirmées à travers le monde tandis que le nombre de personnes malades est tombé sous le seuil des 40 000.

Cette situation pourrait évoluer positivement si l’on se fie au faible taux de mortalité du coronavirus tel qu’évoqué par des professionnels de la santé

Le taux de mortalité est de 2 à 3 % et 80% des cas confirmés vont spontanément vers la guérison. Ce n’est pas une maladie aussi grave qu’on le pense

Dr Mamadou Thioro Mbaye, médecin chef district centre – Dakar

Ce taux concerne en particulier les patients âgés de plus de 70 ans comme le démontre une étude récente du Centre chinois pour le contrôle et la prévention des maladies. Il nous faut donc veiller sur nos seniors, en complément des mesures individuelles et collectives à prendre

Mesures conservatoires

Pour éviter la propagation du coronavirus, divers événements inscrits dans l’agenda républicain ont noté un changement. C’est ainsi que la journée internationale des droits de la femme prévue ce 8 mars et la journée nationale de salubrité ont été annulées. Quant à la la tournée économique du Président de la république et le conseil des ministres décentralisé à Matam, il a été décidé de leur report.

L’administration pénitentiaire a décidé de la suspension des autorisations d’accès accordées aux représentations diplomatiques, associations, Ong, avocats et chercheurs tandis que le ministère de l’éducation nationale a entamé un programme de sensibilisation dans les écoles. Sous la forme de « leçons de vie », les élèves seront sensibilisés sur la maladie et initiés aux mesures de prévention. De bons relais en perspective.

Rester VIGILANT

Ces « bonnes nouvelles » ne doivent cependant pas nous pousser à baisser la garde et à manquer de vigilance. L’information sur le premier cas confirmé a été rendue publique le 02 mars 2020.

Si nous devons tenir compte de la période d’incubation qui est d’au moins 14 jours, nous devons prendre les mesures nécessaires afin de prévenir une éventuelle propagation

Des gestes simples suffisent pour la prévention :

  • Se laver les mains régulièrement les mains à l’eau et au savon ordinaire ou utiliser une solution hydroalcoolique
  • Se couvrir le nez et la bouche avec un mouchoir à jeter pour tousser ou éternuer
  • Jeter le mouchoir dans une poubelle
  • A défaut de mouchoir, tousser et éternuer dans le creux du coude
  • Au besoin, se couvrir le nez avec un masque.

La rédaction

redaction@divancitoyen.com

1 Commentaire

  • Bonjour.
    Ceci est un texte bien écrit et suffisamment documenté. La chronologie des faits y est respectée et on sent aussi l’objectivité. Je remercie et félicite l’auteur pour son apport à l’enseignement.

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