[320]. Savoir distinguer le fait, l’opinion et la satire!
Savoir faire la différence entre le fait, l’opinion et la satire est fondamental dans la lutte contre la désinformation et l’éducation aux médias. Confondre ces trois notions peut-être une source majeure de propagation de l’intox.
Pour établir la différence entre le fait, une opinion et la satire, prenons l’exemple la loi sur les lanceurs d’alerte adoptée par le Sénégal et attendue depuis longtemps par les acteurs.
1. Le fait est ce qui peut être prouvé !
Un fait est une affirmation objective et vérifiable, dont l’existence ou la réalité peut-être prouvée par des preuves tangibles, des données, des documents officiels ou des témoignages concordants.
Un fait est universel, immuable et n’est pas sujet à débat. Un fait est soit vrai, soit faux.
Exemple de fait : Le Président de la République Bassirou Diomaye Diakhar FAYE a promulgué le 4 septembre 2025, la loi portant statut et protection des lanceurs d’alerte adoptée par l’Assemblée nationale le 26 août 2025. Le fait est prouvé par la publication au niveau du Journal Officiel de la République du Sénégal (JORS). La preuve est donc l’existence du texte.
2. L’opinion est ce qui est pensé !
Quant à l’opinion, il fait référence à un jugement, une croyance, un point de vue ou une évaluation personnelle sur un sujet, souvent basé sur l’expérience, les valeurs ou l’interprétation d’un fait.
L’opinion est subjective et contestable, ne peut être prouvée ou infirmée par des données car elle repose sur un ressenti ou une préférence.
Exemple d’opinion : La loi sur les lanceurs d’alerte est l’outil le plus puissant jamais adopté au Sénégal pour mettre fin à la corruption. Cette déclaration est un jugement de valeur qui ne peut être prouvée qu’avec le temps et les résultats
3. La satire est ce qui est fictif ou parodique !
La satire est un outil de critique par l’humour. Il s’agit généralement d’un texte, d’une vidéo ou d’une image qui utilise l’ironie, l’exagération, la parodie ou l’absurde pour critiquer la société, la politique ou des personnalités publiques.
La satire est fictive par nature, trompeuse dans sa forme mais pas dans son intention puisqu’elle vise à faire rire ou à faire réfléchir
Exemple de satire : Le gouvernement protège les lanceurs d’alerte mais si votre alerte concerne le fait que votre patron vous demande trop de travail, qu’il est de mauvaise humeur le lundi matin, ou que vous n’aimez pas la décoration de son bureau, vous êtes passible d’une amende pour alerte futile.
4. Ce qu’en pense le professionnel de l’information !
Pour comprendre l’exercice auquel se prête quotidiennement les professionnels de l’information et de la communication, nous avons posé trois questions à Faydy DRAME, rédacteur en chef de Ouestaf News, un média sous régional qui couvre l’Afrique de l’Ouest.
- Dans votre travail quotidien, comment faites-vous concrètement pour vous assurer que les informations que vous publiez sont des faits vérifiés et non pas des opinions ?
Pour que le journaliste s’assure de publier de l’information, c’est-à-dire des faits vérifiés et non des opinions, chaque contenu, paragraphe et phrase doit répondre aux critères suivants :
• un intérêt public que recouvre le fait relayé ou à relayer quelle que soit l’échelle (privée ou collective) à laquelle se rapporte le fait
• factuel et pas une opinion.
• et sourcée, vérifiée ou vérifiable.
- La satire joue parfois sur les codes de l’information. Selon vous, comment éviter que le public ne la confonde avec une vraie nouvelle ?
La satire qui inclut la parodie est un genre rédactionnel très difficile et complexe. Elle part d’un fait, d’une actualité pour donne une opinion dans l’humour, par le texte ou l’image (caricatures). Cela fait que la satire n’est pas une œuvre qui se lit au premier degré. Comprendre la satire ou la parodie nécessite d’être d’abord au fait de l’actualité, de la vraie information. Sinon, soit, on ne comprend rien ou on tombe facilement dans le panneau.
- Quels sont les deux réflexes les plus importants qu’un citoyen doit avoir pour distinguer rapidement un fait digne de confiance d’une simple opinion ou d’une blague, en particulier lorsqu’il navigue sur les réseaux sociaux ?
Une fausse information publiée de manière intentionnelle est souvent créée avec précaution pour qu’elle épouse les contours d’une information vraie. De ce fait, il est très facile pour n’importe qui de tomber dans le piège. Le seul réflexe basique mais pertinent que je vois pour distinguer le vrai du faux sur les réseaux c’est de d’avoir l’esprit critique en bandoulière, se dire toujours que cette information peut être fausse. Cela permet au citoyen de s’interroger, de demander, afin de ne pas partager systématiquement tout ce qui tombe entre les mains.
5. Le bon réflexe finalement…
Le « bon réflexe » viendra avec la pratique au quotidien. Et donc, face à un contenu sur l’actualité que vous voyez sur les réseaux sociaux, posez-vous une première question simple :
Est-ce que je suis en mesure d’en obtenir les preuves ?
Si la réponse est « Non, c’est juste une personne qui donne son avis » ou « Non, c’est trop drôle pour être vrai », vous avez certainement affaire à une opinion ou à de la satire. Il ne s’agit pas d’un fait. Dans ce cas, ne la partagez pas comme une vérité au risque d’induire d’autres en erreur.

3 COMMENTAIRES
Le point sur lequel les autorités devraient travailler davantage, c’est la priorité à accorder à l’éducation aux médias et à l’information
L’idée du “réflexe critique en bandoulière” est très parlante ! Si chacun adoptait cette habitude avant de partager une info, on limiterait la propagation des fake news.
Ce passage sur la satire m’a ouvert les yeux. Je ne réalisais pas à quel point il faut déjà connaître l’actualité pour comprendre une caricature. Beaucoup confondent humour et information, c’est vrai.