[121]. La vente d’un riz plastique démontre la vulnérabilité du marché sénégalais

 [121]. La vente d’un riz plastique démontre la vulnérabilité du marché sénégalais

La polémique autour du riz plastique au Sénégal a montré notre état de vulnérabilité par rapport aux biens de consommation courante. Qu’elle soit à base de plastique ou non, ce riz me semble impropre à la consommation. Cela ne justifie cependant pas les pratiques que nous avons noté jusqu’au niveau de certains médias. Et comme la récupération artistiques n’est jamais loin, on pourra voir quelques bons esprits en profiter.

Nous vivons encore le débat populaire sur l’éventuelle mise en vente d’un riz à base de plastique. Celui-ci n’est pas cultivé dans les champs d’ici ou d’ailleurs dé, il est fabriqué en usines, en Chine. Depuis quelques jours donc, des sénégalais d’ici et d’ailleurs publient des vidéos pour illustrer leurs mésaventures. La thématique ne nous a pas épargné et j’ai soulevé le débat sur mon mur Facebook.

Dans les explications plus ou moins scientifiques servies par les uns et les autres, j’ai retenu celle de Bamba Ndour. Il faisait noter que la matière plastique est minérale (comme le fer) alors que le riz est organique (comme un humain). par conséquent, il n’est pas possible de transformer du plastique en riz comme on ne peut transformer le minérale en matière organique. Diang léne rek ngéne bagn 😉

Malgré les déclarations de gens avisés, la capacité d’amplification des réseaux sociaux a fini de perpétuer la polémique. Aujourd’hui encore, certains de nos compatriotes se font filmer en train de projeter des boules de riz contre le sol. Cette pratique jusque là confinée sur les réseaux sociaux  a fait une intrusion au niveau du petit écran par le biais de l’l’émission Jakaarlo sur la TFM..

J’ai suivi l’émission avec des membres de ma famille et je dois avouer que cela a été très gênant. Il ne s’y serait pas pris autrement pour choquer et heurter notre conscience. J’ai nous autres, la nourriture n’est ni un champ ni un instrument de jeu, on l’honore en la mangeant suivant des codes sociales connues. Dans la culture sénégalaise, on ne peut admettre que des adultes, à la télé, cette théâtralisation de mauvais goût.

A l’origine de la polémique

En remontant un peu le fil de cette histoire, je suis tombé sur un article assez bien documenté. Ce qui s’analyse comme un hoax depuis 2011 selon l’auteur de l’article, est détaillé ici. Tout comme au Sénégal aujourd’hui, l’affaire avait fait grand bruit en Europe et au Vietnam avant de retomber jusqu’en 2016. Et toujours en pareille situation, nous avons guetté la réaction de nos autorités.

Elles ont réagi par la voie du ministre et du directeur du commerce intérieur. Ce dernier a déclaré dans le quotidien L’Observateur :

 » Pour le moment, nous n’avons ni vu ce produit au Sénégal, ni reçu d’informations fiables confirmant sa présence sur le marché. Une information circule et nous avons incité nos services à veiller au grain « 

Son ministre de tutelle, Alioune Sarr, ministre du commerce, du secteur informel, de la consommation, de la promotion des produits locaux et des petites et moyennes entreprises (ouf) a fourni un peu plus d’informations. Il est notamment revenu sur les trois types de contrôle que subit tout produit fabriqué ou importé au Sénégal :

 » Il y’a en premier l’étiquetage du produit afin de voir si ce qui est étiqueté correspond à ce qui est à l’intérieur du produit. Un second contrôle ensuite sur l’identifiant ou l’identité du producteur ou de l’importateur. Si on ne connaît pas le producteur ou l’importateur, le produit n’entre pas sur le territoire. Enfin le dernier contrôle est chimique et microbiologique. C’est pour assurer que le produit qui va entrer dans le territoire national ne nuise pas à la santé des consommateurs sénégalais. « 

Une réglementation pourtant très stricte

Ces différents éléments peuvent être retrouvés dans la loi sénégalaise n° 66-48 du 27 mai 1966 relative au contrôle des produits alimentaires et à la répression des fraudes. Son décret d’application n° 68-507 du 7 mai 1968 a précisé un peu plus la réglementation, notamment les modalités d’étiquetage.

Les articles 6 et 7 de ce décret disposent que les récipients ou emballages renfermant des produits destinés à l’alimentation humaine en vue de la vente, mis en vente ou vendus doivent porter de façon permanente, soit par étiquetage ou impression directe, diverses informations. Parmi celles-ci, il doit y avoir le nom et l’adresse du fabricant, la dénomination, la marque et le poids net du produit.

Au delà de la langue française à utiliser, le décret interdit les fausses manœuvres susceptibles de créer la confusion chez l’acheteur quant à la nature, le volume, le poids, l’origine ou les qualités substantielles du produit mis en vente. Cette interdiction est valable sur tous les supports notamment les récipients ou emballages, étiquettes, tout autre appareil de fermeture ou autre mode de publicité, etc.

Cette réglementation, obligatoire encore aujourd’hui sur toute l’étendue du territoire, est-elle appliquée ? Ces règles font-elles l’objet d’un contrôle minimal, aussi bien de la part des pouvoirs publics que de nous consommateurs ? Chacun a la latitude de fournir une réponse, basée sur ses expériences personnelles. En tous les cas, les choses ne se corrigeront pas d’elles-mêmes

Derrière chaque citoyen…

J’entends souvent dire qu’en matière de sécurité, l’Etat ne peut mettre un policier derrière chaque citoyen. Certainement qu’ici également, on nous dira qu’il ne peut mettre un contrôleur derrière chaque consommateur, ce qui est vrai. Nous avons donc une pleine responsabilité dans l’achat des produits que nous consommons ou nous donnons à nous enfants.

C’est notre attitude vis-à-vis de ces denrées qui permettra de juguler les failles qu’on peut noter (ou qui le sont déjà) dans la chaîne de contrôle. On peut toujours tirer sur les pouvoirs publics ou dénoncer l’absence de réactivité des associations de consommateurs mais nioune nak, que faisons-nous? Agir en bon père de famille nous commande de ne pas acheter le produit et le signaler au vendeur et aux services compétentes.

C’est vrai que les choses ne sont pas aussi simples qu’il n’y parait et selon que l’on s’approvisionne dans une grande surface ou à la boutique du coin, notre vigilance doit être toujours de mise. La question de la normalisation et de l’assurance qualité est également un élément non négligeable dans cette problématique. Toutes ces questions restent ouvertes et n’hésitez donc pas à nous faire connaitre votre point de vue.

Alaaji Abdulaay

Blogueur citoyen

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