[55]. Exploitation minière et pauvreté à Kédougou

 [55]. Exploitation minière et pauvreté à Kédougou

Lorsqu’on parle d’exploitation minière et pauvreté, on ne peut s’empêcher de penser à la région de Kédougou. J’ai séjourné dans la région dans le cadre d’activités en lien avec l’exploitation des ressources naturelles. Pour le public, Kédougou et Sabodala, c’est la richesse, l’or ou divers matériaux avec les estimations du gisement au premier rang africain. Or, Les données statistiques du gouvernement placent la région à l’avant-dernier des collectivités du Sénégal.

Arrivés dans la région, vous êtes interpellés par l’extrême précarité du cadre de vie des ménages et des personnes. Des centaines de milliards de revenus ressortent cependant de l’exploitation mais ne profitent pas aux populations. Ce n’est qu’un jeu de chiffres pour beaucoup de kédovins. Une richesse enivrante côtoie une pauvreté déconcertante et ceux qui le vivent ne comprennent pas.

« Nos animaux n’ont plus de superficies pour paître, nos enfants ne vont plus à l’école à cause de la quête d’argent, nos femmes ne sont plus contrôlables et dans tout cela, qu’est ce qu’on gagne ? Rien. On nous parle d’emplois mais quand vous durez dans votre poste, c’est que vous y avez passé trois mois.

Aujourd’hui, seuls deux jeunes sont employés dans la mine comme poste de « cadre », deux jeunes pour tout le département de Kédougou. Notez bien ce que je vous ai dit et sortez dans la rue, choisissez un autre au hasard et vous verrez qu’il vous dira exactement la même chose. On vit mal ici  » m’a confié mon interlocuteur.

Pouvoirs

L’atelier énoncé plus haut visait à renforcer les capacités des élus locaux de la région pour une meilleure prise en charge des préoccupations des populations. Il est opportun de rappeler le caractère représentatif de notre système par lequel les élus parlent et agissent au nom et pour le compte de leurs mandants.

Il paraît dès lors nécessaire en ce qui concerne la nature des relations avec les sociétés minières et l’administration, que leurs capacités soient renforcées.

Le message a été également bien énoncé, il me semble. Si, en zone rurale et urbaines, les infrastructures sociales de base se dégradent ou se raréfient sans que les gouvernants et/ou les élus locaux ne songent à y remédier, la préoccupation quotidienne d’un élu local devrait, elle, être la défense des intérêts des populations.

Oui, on nous a dit que les richesses du sous-sol ne font pas partie des compétences transférées dans le cadre de la décentralisation et tout reste encore centralisé et géré depuis Dakar. C’est de là que tout se décide : allouer, exproprier, collecter, répartir, sanctionner, intimider…

Lorsqu’on discute avec des habitants, divers sentiments vous étreignent. Vous sentez la colère sourde de populations, interdites d’activités, traditionnelles et séculaires, comme l’orpaillage ; leur hantise quotidienne d’être expulsée de leurs terres sans respect des procédures et des mesures compensatoires justes et équitables ; leur solitude parce qu’abandonnées par les dirigeants à qui leur avenir est confié.

J’ai perçu cette inquiétude. Une peur institutionnelle… Celle-là qui remplit le cœur de certains agents de l’administration au niveau local : peur d’être sanctionné pour avoir agi ou pour s’être abstenu de le faire, peur de marcher sur les « plates bandes » d’une autorité. Entre le marteau de la hiérarchie et l’enclume des communautés, ils semblent être laissés à eux-mêmes, jouant au funambule.

D’autres, tout à côté font preuve d’un zèle sans limites. Comme cette autorité administrative qui a pris un acte d’interdiction d’une caravane de sensibilisation à Kharakhéna pour des raisons de sécurité sans autre précision. Cela me rappelle cette fameuse expression : ta « Lumière commence à éblouir », lancée à Ibrahima Sory Diallo de l’Ong la lumière basée à Tambacounda.

Richesse et pauvreté, tout à la fois

Les sociétés d’exploitation, ces multinationales alourdies par les milliards qu’elles drainent et leurs capacités de nuisance et de corruption, réelles ou supposées, continuent à être regardées en monstre froid, ayant sous leurs coupes réglées gouvernants, experts ou responsables communautaires.

La situation de Saraya dépasse le cadre du simple fait divers. Une société, la SGO qui, dit-on, est en surproduction d’énergie avoisine un village, Sabodala, qui s’éclaire à la belle étoile, à la lampe tempête et à la bougie. Saraya, chef lieu de département est rationné en électricité ; l’électricité est disponible de 08.00 à 14.00 et de 17.00 à 22.00, après c’est le black-out.

C’est juste choquant.

Si le gouvernement du Sénégal n’a pas la hargne nécessaire pour demander et obtenir de la SGO la distribution de son surplus d’énergie, la société elle devrait être en mesure d’en faire bénéficier les communautés locales. C’est une question de justice sociale.

Comme me l’a fait remarquer un de mes interlocuteurs, « C’est l’implantation de cette société qui a provoqué cet important flux migratoire, à l’origine de la forte pression sur le système de santé, sur les routes, sur les établissements scolaires. Son implication dans les affaires de la cité n’est pas d’ordre philanthropique mais une exigence et une obligation de contribution ».

Quelle société civile ?

C’est à ce niveau également que la société civile doit jouer son rôle. Elle doit être courageuse ou le rester, elle doit être engagée aux côtés des communautés et continuer à alerter afin que certaines mauvaises politiques/pratiques de l’Etat n’aggravent le malaise social.

A mon avis, si l’alerte continue à être donnée, que la société civile joue son rôle de conscientisation, que l’Etat mette en avant l’intérêt des communautés, que les collectivités locales deviennent plus ambitieuses et que les sociétés prennent conscience de leur devoir de partage des ressources, ce trop plein pourrait se dégonfler et les énergies, positives et négatives, canalisées… dans l’intérêt de tous.

Kédougou semble si éloignée de la capitale que les plaintes et complaintes qui en émergent, se perdent dans l’immensité du parc naturel de Niokolo Koba. Les rares qui parviennent à s’en extirper ne résistent pas aux 700 kms de parcours vers la capitale, Dakar.

En rédigeant cet article, j’en convoie certaines, dans l’espoir qu’elles feront écho.

Alaaji Abdulaay

Blogueur citoyen

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