[271]. Donnons la parole à la jeunesse, elle est légitime.

 [271]. Donnons la parole à la jeunesse, elle est légitime.

« 70% de la population sénégalaise ont moins de 35 ans », Cette fameuse phrase, nous l’entendons partout et tout le temps. C’est donc connu de tous que le Sénégal a une population jeune. Une jeunesse qui représente son présent et son futur. Elle a ses aspirations, sa vision, ses craintes et ses tares. Elle est aussi et surtout consciente de sa force et veut pleinement jouer son rôle.

Dans cette ambiance politique et sociale sénégalaise très tendue, et ce depuis au moins deux ans, la jeunesse pleure ses morts, ses « martyrs » comme elle les appelle. Le bilan des pertes en vies humaines est d’au moins 30 morts entre les manifestations de mars 2021 à juin 2023. Ces jeunes ont rencontré la grande faucheuse alors qu’ils étaient sortis pour exprimer leur citoyenneté, pour exercer un droit constitutionnel : le droit à la manifestation.

A ce jour, aucune enquête n’a livré de coupable, laissant les familles des victimes dans un grand désarroi, au delà du sentiment d’injustice. Quelle tristesse pour un parent d’enterrer son enfant de moins de 18 ans, tué par balle, au cours d’une manifestation. Si les jeunes ne perdent pas la vie durant des manifestations, c’est en haute mer. Ils partent à la recherche d’un bien-être, dans des pirogues, autour de « Barça ou Barzac » comme slogan, d’espoir certainement. Ils partent afin de pouvoir subvenir aux besoins de leur famille et ils se pourraient qu’ils ne rentrent jamais, qu’ils n’arrivent jamais à destination. Au moins 480 jeunes sont morts dans cette aventure. Nous prions le Créateur, le Miséricordieux de leur offrir son pardon et un repos éternel.

Une jeunesse caricaturée, marginalisée et livrée à elle même

« Allez-vous inscrire massivement et votez », « Sortez manifester et engagez-vous au  Mortal Kombat », sont les missions qu’on assigne aux jeunes. Il est toujours demandé à la jeunesse de « prendre ses responsabilités pour protéger le quartier ou dénoncer les forces occultes ». Au-delà, tout jeune est livré à lui-même.

Leur éducation est la priorité de qui ? Qui agit pour leur préserver d’une santé fragile et précaire accentuée par l’insuffisance d’infrastructures et l’inaccessibilité du coût des soins ? Quid de l’insertion professionnelle précaire, de l’employabilité incertaine? Que faire lorsque l’ascension et le bien-être social restent un mirage? Je vois d’ici certaines réponses liées au programme Xeeyu Ndaw yi, aux instruments publics de financement comme la DER, ANPEJ, FONGIP, 3FPT ou encore CNJS. Si ce n’était la politisation de ces instruments ou leur caractère élitiste ou clanique, on aurait pu dialoguer sur le sujet.

Cette jeunesse, la pauvre jeunesse continue d’être caricaturée et marginalisée. Elle est traitée d’indisciplinée, de vandales, de bandits. Il semble cependant établi que cette jeunesse est le reflet des ainés. Elle voit ses aînés, ses représentants et ses élus être les premiers ambassadeurs de la violence verbale et physique. Et elle en copie.

La jeunesse copie des leçons tirées des députés du peuple qui s’adonnent à des actes de violences verbales et physiques devant tous leurs compatriotes, sur les violentes invectives entre acteurs de la classe politique. Elle copie pour espérer être reçue au Palais de la République comme l’a été l’un des « insulteurs certifiés du web et cyberespace ».

Il est facile pour certains de ne pas assumer leurs responsabilités et de « tirer » sur les jeunes. Il est plus difficile cependant de les accompagner dans leur parcours d’apprentissage, le chemin d’apprentissage qui doit les mener vers la maturité et la sagesse. Un proverbe wolof ne dit-il pas qu’on ne recite que ce que l’on a appris ?

Une jeunesse emprisonnée, censurée et muselée…

Après les récents événements tragiques de ce début juin, des experts, politiques et représentants de la société civile, ont occupé les plateaux de télévisions/radios pour parler de la jeunesse et de ce qu’elle est devenue. Elle fut terriblement critiquée, marginalisée et surtout privée de parole. On a parlé de la jeunesse, pour la jeunesse, sans la jeunesse.

Dans les médias traditionnels, aucun jeune manifestant n’a été invité à commenter les évènements qu’il a vécu. Très peu d’organisations dirigées par des jeunes ou dont la mission sert les jeunes ont eu un temps de parole conséquent pour évoquer leur situation. Dieu sait pourtant que des organisations qui oeuvrent avec et aux côtés des jeunes ne manquent pas. Il y’en a une pléthore. Les médias ont préféré donner la parole aux hommes politiques ou à des acteurs dont la maîtrise des aspirations de la jeunesse se limite à la perception qu’ils ont de la question, sans maîtrise du contexte, sans communication de données factuelles.

La jeunesse est emprisonnée. De jeunes sénégalais sont en prison pour avoir posté des émojis sur le réseau social Facebook, elle l’est pour avoir fait un commentaire sur un post Facebook relatif au conflit en Palestine, elle l’est pour des accusations de diffusion de fausses nouvelles. Aujourd’hui encore, est-il normal de mettre en prison un jeune comme sanction à un propos jugé diffamatoire ? Prenons garde et veillons à ne pas rendre familier, pour les jeunes, le séjour en prison. Cette punition ne doit intervenir qu’en dernier recours et pour des crimes graves. Il existe divers moyens tout aussi dissuasifs, comme une amende ou des travaux d’intérêt général.

La jeunesse est censurée. Les réseaux sociaux et internet mobile ont été restreints sous couvert de sécurité intérieure. Les uns qui s’adonnent à l’entrepreneuriat ont été pénalisés tandis que les autres ont été privés du seul espace d’expression de leur voix et opinion que leur offre le cyberespace.

Légitimité ! Mais de quelle légitimité parle-t-on?

En tant que jeunes acteurs de développement qui travaillons sur les questions de développement local et progrès social, la première interpellation à laquelle nous sommes confrontés est notre légitimité. Lorsque nous demandons d’être audibles sur le sujet de la jeunesse au niveau des médias traditionnels et des espaces d’expression en dehors du cyberespace, ces questions reviennent tout le temps. Qui êtes-vous ? Qu’avez-vous fait ?

Ces questions démontrent qu’au Sénégal, l’on ne s’intéresse à la jeunesse que lorsque’elle sort manifester ? Comment l’expliquer d’autres ? Comment expliquer le fait que des médias, des experts ou du gouvernement ne sachent pas qu’il y a des organisations dont la mission sert les jeunes, toute l’année durant, mettant en œuvre des projets pour les jeunes en vue de leur autonomisation et développement.

Pour parler de la jeunesse en mal, il y’aura pléthore de candidats mais pour aller sourcer et parler des activités faites par la jeunesse et pour la jeunesse, il n’y a personne. Notre légitimité est questionnée, oubliant par la même occasion que nous sommes des jeunes d’abord, sénégalais ensuite, ce qui nous confère la légitimité de parler de nos aspirations en tant que jeune citoyen sénégalais. Arrêter de parler pour nous et nous laisser parler nous-mêmes.

Yaakaar (espoir)… pour ce que ça vaudra…

Aujourd’hui, le monde est en pleine mutation, une mutation accélérée par la crise Covid-19, le conflit opposant la Russie à l’Ukraine, l’inflation, la montée du populisme et la crise démocratique au niveau mondial. Il est également important de noter que la baisse de l’influence, sur un plan empirique, de la civilisation occidentale, la montée en puissance du bloc BRICS et l’affirmation du réseau « Global South », font qu’il y ait une redistribution des cartes sur le plan géostratégique.

L’Afrique aussi fait sa mutation. La jeunesse africaine symbolise cette nouvelle dynamique. Elle est africaine, interconnectée au monde à travers le cyberespace, complètement décomplexée et affirmative de ses aspirations. C’est le cas au Sénégal où la jeunesse est et sera l’élément essentiel de notre développement, à condition de créer les éléments et les instruments pour l’accompagner dans notre quête du progrès social (Education, Formation, Inclusion, Insertion Professionnelle, Employabilité, Décentralisation des opportunités, équité territoriale, Interconnexion des Peuples et des Territoires, Santé et Bien-être).

Àu Président de la République, il est de votre responsabilité et de votre devoir d’accompagner la jeunesse, d’arrêter de la percevoir juste comme un électorat. Cet appelle s’adresse également à toute la classe politique et à la société civile. Des jeunes ne doivent plus mourir en exerçant un droit constitutionnel, de toutes les possibilités qui s’offrent à elle, la mort dans une manifestation ne devrait pas en faire partie. Elle n’est pas parfaite cette jeunesse. Qui l’est d’ailleurs ? Posons les fondations d’un dialogue et d’une transmission intergénérationnelle, écoutons ses aspirations, échangeons avec elle sur les priorités de son développement et surtout arrêtons de la caricaturer et de parler pour elle, sans elle.

« L’imaginaire des possibles et le narratif des possibilités pour une autonomie et autodétermination, en route vers l’émancipation sociale et l’affirmation de notre identité à travers l’esthétique et la transmission, oui nous sommes la jeunesse et nous avons droit au chapitre »

Par Seydina Mouhamadou Ndiaye

Co-fondateur Consortium Jeunesse Sénégal & Collectif Des Volontaires du Sénégal

S3ydinaM

Opinions & Débats

1 Commentaire

  • Bonjour Seydina,
    Merci de nous avoir ouvert ton coeur et ton esprit. Il y a beaucoup de leçons à tirer à tous les niveaux et surtout des actions concrètes à poser humblement, urgemment et savamment pour un changement positif et durable.
    Salif

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