[295]. Le Président Diomaye, les médias et nous citoyens

 [295]. Le Président Diomaye, les médias et nous citoyens

Le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye a profité de la célébration de la fête du travail ce 1er mai 2024 pour adresser une correspondance aux médias sénégalais. Dans la missive, il met en exergue « notre devoir commun de veiller à ce que l’information demeure un bien public accessible et non entravé« , ce qui « requiert un engagement renouvelé pour une presse indépendante et robuste, ainsi qu’une action résolue pour […] développer l’éducation aux médias et l’information pour tous les citoyens. »

De l’avis de plusieurs journalistes sénégalais, c’est la première fois qu’un Président de la République s’adresse aux médias sénégalais par voie épistolaire. Ce qui dénote de l’intérêt certain qu’ont les plus hautes autorités pour ce corps incontournable à l’instauration d’une société démocratique. Cette lettre aux journalistes repositionne également le jeu des acteurs autour de l’accès à l’information pour tous les citoyens.

Nous avons également espoir que cette correspondance du Président de la République Bassirou Diomaye Faye rendra aux médias sénégalais la place qu’ils n’auraient jamais du perdre. Ces dernières années en effet, la presse nationale a régulièrement pointé du doigt l’exclusivité des informations que les Présidents qui se sont succédés, accordaient aux médias étrangers. L’on ne nie pas le besoin des pouvoirs publics d’élargir leurs audiences et de parler à leurs partenaires. Ceci ne justifiait pas toujours cela.

Une tradition a aussi disparue. Il s’agit du point de presse que le Président de la République accordait à la RTS et à d’autres médias, à son retour de voyage. De souvenance, cette séance avait lieu au niveau du salon d’honneur de l’aéroport Léopold Sédar Senghor. L’on ne sait pas trop ce qui a justifié l’abandon de cet exercice mais cette approche était intéressante du fait qu’elle concourait à donner effet à l’effort de redevabilité envers les citoyens. En rendant ainsi compte de l’usage fait de l’argent public, il donnait un signal fort utile.

Désormais, une phrase dans le communiqué du Conseil des ministres rend compte de l’agenda diplomatique du Président de la République. L’on s’en contentera en attendant d’avoir plus et mieux. Pour rester sur ce communiqué lu sur la Radiodiffusion Télévision du Sénégal (RTS) chaque mercredi à l’édition du « 20 heures », l’on peut raisonnablement prétendre à mieux. D’ordinaire, je le lis le lendemain, jeudi matin, en intégralité dans le quotidien national Le Soleil. Il m’était relativement difficile d’avoir l’intégralité du texte puisque la presse en ligne mettait plutôt l’accent sur les mesures individuelles (nominations).

Je disais qu’on pouvait prétendre à mieux et les services de communication de la Présidence de la République devraient s’y atteler. Le Conseil des ministres est l’instance suprême de discussion et de prise de décisions au niveau de l’exécutif. Le document qui rend compte de ces échanges doit donc faire l’objet d’une large vulgarisation auprès des citoyens. Je ne suis pas assuré que le format actuel soit attaché à cet objectif. On devrait pouvoir faire mieux.

Nous avions suggéré, toujours dans le cadre de la rupture annoncée, de formaliser un processus d’accréditation de journalistes à la Présidence de la République et d’y tenir régulièrement un point de presse. Le lendemain de la tenue du Conseil des ministres pourrait être une bonne option puisqu’à cette session, les décisions qui en seraient issues pourraient être expliquées, davantage comprises et les points de débat soulevés par les journalistes. Cet option a le mérite de rendre plus inclusive la communication du Gouvernement et de contribuer dans l’exercice de redevabilité.

Dans notre perspective, ce n’est pas au Président de la République Diomaye Faye d’animer ces sessions. L’Exécutif dispose aujourd’hui de deux porte parole, au Gouvernement et à la Présidence de la République. Ils devraient être assez outillés pour jouer ce rôle. Les positionner en duo nous affranchirait de la concurrence qui pourrait exister entre les deux entités et maintiendrait une cohérence d’ensemble dans la communication gouvernementale.

Deux précisions nous semblent nécessaires.

Si une communication institutionnelle n’a pas lieu ou reste peu organisée, les rumeurs deviendront des informations et le champ d’influence se déplacera vers les réseaux sociaux. Dans un pays où l’éducation aux médias n’est pas en top priorité, l’on n’hésitera pas à considérer comme information une opinion exprimée par un acteur qui apparait à la télé ou qui est entendu à travers les ondes. Le « Jaxase mélanger » des réseaux sociaux va assurer le service après vente. L’on accusera ensuite et encore ces plateformes dans l’optique de restreindre les libertés.

Par ailleurs, il ne sera pas utile de prendre des initiatives qui ne sauraient perdurer. Une initiative récente, le « Gouvernement face à la presse » a fait long feu. Initiée en novembre 2020, cette conférence de presse devait avoir lieu tous les quatorze jours afin d’entretenir les citoyens des questions de l’heure.

L’un des soucis majeurs dans notre gouvernance institutionnelle réside dans le fait que les citoyens n’ont généralement droit qu’à ce que les pouvoirs publics veulent bien leur donner, dans leur magnanimité et surtout lorsque c’est demandé dans le « Njeek ak Teranga ». C’est pourquoi d’ailleurs, l’on ne se gêne généralement pas à abandonner telle ou telle initiative lors qu’elle s’avère contraignante ou un peu plus compliquée. Sans s’expliquer. Sans rendre compte. L’on voulait. L’on ne veut plus.

En vrai, le Président Bassirou Diomaye Faye peut aider à réconcilier le centre de décisions qu’est le Palais de la République avec les populations. Il le positionnerait ainsi en un lieu où, de nuit comme de jour, les agents qui y séjournent, sont au service des Sénégalais. Je doute que ce soit l’image que le Palais renvoie aux citoyens. Il est plutôt le lieu des intrigues politiques, un lieu de jouissance et d’utilisation immodérée des ressources publiques.

Les nouvelles autorités se sont engagées à rompre avec les pratiques du passé, des pratiques qui n’étaient pas toujours en conformité avec notre idéal démocratique. Dans la perspective du Divan Citoyen, cet idéal place le citoyen au coeur de l’action publique. Nous ne sommes pas seulement considérés comme des usagers en attente de prestations généreuses. Nous citoyen.nes sommes considérés dans ce que nous sommes : des acteurs clé du dispositif dont il faut prendre en compte les opinions et à qui il faut rendre compte. C’est cela le contenu du contrat social qui nous lie à vous, pouvoirs publics.

La volonté de changement est certes importante mais elle ne suffira pas à changer les choses. Il faudra poser des actes concrets et c’est maintenant. Demain, quand les forces d’inertie seront en mouvement, tous remettront à plus tard, ce qui aurait dû être entrepris la veille.

Alaaji Abdulaay

Blogueur citoyen

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