[73]. Matériels importés : qui nous fourgue ses mbalitt ?

 [73]. Matériels importés : qui nous fourgue ses mbalitt ?

Les matériels importés ont fini de peupler notre environnement à Dakar. Des habits de différentes qualités aux mobiliers en tout genre, les « venant de… » ont su trouver leur créneau, la conjoncture économique aidant certainement. Le problème, si on est d’accord qu’il y’en a un, est également d’ordre environnemental, social et politique avec des conséquences non encore maitrisées.

Je me rappelle que dans ma jeunesse, on adorait visiter un lieu hors du commun : le mbalitou toubab. On aimait y aller parce qu’on y trouvait des jouets ou d’autres objets que les blancs n’utilisaient plus. Non pas parce qu’ils étaient endommagés mais il se disait à l’époque qu’il était habituel de changer souvent  d’appareils. « A coups de gueule de civilisation » …

J’ignore si ces endroits existent encore mais ce dont je suis sûr, c’est que la diversité des matériels importés a évolué. C’est peut être en partie notre niveau de développement qui nourrit cet attrait pour les matériels importés. Quels qu’en soient les motivations, tout est prétexte pour faire venir un container lourdement chargé.

Au départ, y’ avait les feug djay, une jolie expression pour désigner la friperie avec une clientèle spécifique. Il faut cependant noter qu’elle s’est diversifiée depuis que la garde robe féminine est envahie par les « hauts » et les « bas ». Ces habits d’un genre nouveau n’ont plus besoin d’être repassés. Je relève cependant que du neuf est également vendu sous ce lot, principalement des invendus de magasins.

En tous les cas si vous avez assisté à un déchargement de container, vous avez une idée de son contenu.

Tout est dans le container

J’ai parlé du marché des habits dans le lot des matériels importés mais l’autre catégorie tout aussi populaire est composée des « pièces détachées ». Il s’agit de pièces de rechanges automobiles qui répondent aux mêmes caractéristiques que les habits, du neuf et de l’usagé. Des pièces d’origine sont produits par l’industrie automobile pour ne pas que toutes les voitures se garent. Ce ne sont donc pas seulement les chats qui ont plusieurs vies.

Les voitures « venants » ont vu leurs cartes de séjour rallongées de 5 à 7 ans pour venir rejoindre le parc des véhicules de plus de 18 ans. Je n’intègre pas encore le fait que les véhicules « verts » ou électriques vont de plus en plus équiper les ménages occidentaux et donc finalement à quoi s’attendre ? Eh ben à d’autres vagues polluants notamment avec le matériel électroménager ou télé, frigo ou ventilo se bousculent.

On n’a aucune idée de la pollution que ces matos usagés engendre et on se fout pas mal de l’impact sur notre environnement. Nous n’avons pas été formé à la préservation de notre écosystème naturel et donc tout se discours nous est étranger. Par contre, l’usage de matériels importés, souvent usagés, alourdit la facture d’électricité et cette information là nous parle.

Dernièrement, c’est le matériel médical qui est sur la liste des matériels importés. Des chaises roulantes aux matelas, qu’ils soient tachetés et troués importe peu, la nouvelle vague de mbalitou toubab est la bienvenue. C’est vrai qu’il est plus intéressant lorsqu’on est malade, de s’étaler sur du matériel usagé qu’à même le perron froid et sale. Le choix est donc vite fait pour le moindre mal si le matériel n’est pas porteur de germes. La prière peut aider je pense.

Vivre de seconde main

Je suis intéressé à en savoir un peu plus sur les conditions de dédouanement des matériels importés. J’avais un jour entendu un émigré se plaindre des douanes sénégalaises qui n’avaient pas accepté de faire sortir son container sans frais. Il arguait du fait que le matériel était destiné aux services sanitaires de sa localité et devait de ce fait bénéficier d’exonération, de paiements partiels, etc. Si vous avez la réponse, dites-moi.

Voilà à quoi nous serons destinés dans les prochaines années si on n’y prend garde. Se réveiller dans un lit, se vêtir, se maquiller et se déplacer avec de la seconde main. Nous aurons par conséquent une part de responsabilité dans cette affaire. C’est nous qui décidons avec notre portefeuille hermès de ne pas chausser des sandales de Ngaye. Tout comme l’environnement, nous ne sommes pas éduqués à consommer les produits locaux ou n’en payons pas le prix. « Lii gnou défaré fi mou chéré ni » Wa légui nak?

La question des matériels importés dépasse le style de vie individuel, c’est aussi une question politique, sociale et économique. Nous devons nous interroger sur l’impact de ces exportations sur l’environnement et sur la santé des concitoyens, sur notre balance commerciale, sur l’emploi des jeunes et la formation professionnelle.

Ce n’est pas une affaire aussi simple qui relève d’un simple vouloir de vivre avec ceci ou comme cela ou de la volonté du consommateur, je le sais. Quand on n’a pas ce qu’on veut, on se contente de ce qu’on a. Et à juste raison, nous avons ce que nous voulons. Tout ce dont on a besoin pour se vêtir, se loger et vivre est disponible ici.

Prenons au moins la peine d’essayer. On peut bien prétendre à du way of life sénégalais.

Alaaji Abdulaay

Blogueur citoyen

5 COMMENTAIRES

  • Bravo pour ce pertinent article. On confond économie circulaire et déchèterie ! Il y a bcp d’importateurs qui vont carrément à la déchèterie pour se servir ou achètent des lots pas chers mais dans lesquels on trouve du assez bon et de la poubelle. Ils nous ramènent tout. Plus désolant c’est de constater qu’il n’y a aucun filtre à l’entrée ! Un jour nous sortirons de notre torpeur pour comprendre la circularité des choses et de leur impact sur notre économie, notre environnement, notre santé et notre bien être, sauf qu’il sera trop tard et la facture sera salée et tout ça pour du mbalit tou toubab

    • Sur la déchèterie, je suis d’accord. Dans certains étalages, on voit des produits mais tellement usagés qu’on se demande si réellement une personne pourra les acquérir. Ce n’est d’ailleurs pas toujours une question de bourse puisque des produits de bien meilleure qualité sont disponibles sur le marché local.
      Maintenant, comme dans le domaine du numérique, on parle d’environnement sans expliquer un peu de quoi il s’agit et quel impact cela peut avoir.
      Merci pour la réflexion

  • Il y' a peut être une méconnaissance de la réglementation douanière dans certains cas. Je sais que certains articles notamment le matériel médical déjà usité, sont prohibés et ne peuvent pas être admis. Pour le reste, il faut payer et je ne conçois pas qu'on puisse débourser de l'argent pour des biens sans valeur.

  • Mais nak Seck yow yab nga niou. En réalité, la situation en Europe devient de plus en plus difficile et l'envoi de container est aussi une manière d'assurer de l'argent à la famille restée au Sénégal. C'est vrai que certains ramassent dans les poubelles mais d'autres achètent dans les brocantes pour les convoyer, tout ce n'est donc pas forcément du "mbalit".

    • Yabou malène walay et je trouve qu’il y’ a du sens dans vos explications. C’est pourquoi d’ailleurs, j’avais relevé que la décision à prendre dans cette affaire dépasse la sphère individuelle. On ne peut reprocher aux personnes de tenter de trouver subsistance dans ces activités wanté nak le rôle des pouvoirs publics est de nous prémunir de certains dangers, par l’éducation, la sensibilisation et une règlementation moins permissive, sinon il faudra investir dans l’hôpital

Vous exprimer sur le sujet

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Discutez avec nous
Besoin d'aide ?
Scan the code
Bonjour 👋
Dites-nous comment nous pouvons vous aider !