[107]. Nos peines ne les tueront point

 [107]. Nos peines ne les tueront point

wambedmi, oser la citoyenneté

La peine de mort est une supplice capitale. Elle n’ôte pas seulement la vie, elle nous oriente vers des débats lointains des causes réelles. A la place, interrogeons notre pauvreté et nos politiques.

Dans le débat pour ou contre la peine de mort, je ne me situe pas dans une perspective de tel a raison et tel a tort. Chaque citoyen a sa position qu’il est en mesure de défendre sans fard. Le bouillonnement (débat sur la peine de mort) noté n’est pas mal en soi même si je considère que les lignes ont bougé. Je ne pense donc pas que l’honorable député Boughazelli va expérimenter son rôle de bourreau de sitôt.

Nos autorités ont exprimé leur compassion à catégorie de citoyens auxquelles elles se reconnaissent. Je présente mes condoléances à ces familles qui ont perdu la vie faute de moyens de se payer un médicaments. De mon côté, j’exprime ma compassion aux familles des victimes qui sont passées de vie à trépas entre les mains de ceux-là qui avaient la mission d’assurer leurs sécurités.

Dans ce débat sur la peine de mort, nous continuons à entendre les positions argumentées ou moins fondées des uns et des autres. Ces échanges sont souhaitables lorsqu’ils sont dans une dynamique de trouver une solution à l’insécurité et à la criminalité. Il nous faut cependant les aborder dans une relative sérénité en nous abstenant de faire parler nos cœur et sentiment.

Dans tous les pays du monde, des homicides existent et continueront à exister. Ce qui change, c’est la personnalité de la victime et l’origine sociale du bourreau.

Peine de mort pour une catégorie de victime

Il y’ a des causes profondes et je voudrais en évoquer certains. Déjà évacuer le fait que les crimes, crapuleux qu’ils aient été, n’ont pas eu lieu à Fann résidence, à Sacré-Cœur ou aux Almadies. Je passe également sur le fait que les victimes et les bourreaux sont de la même catégorie sociale. On ne parle pas de clash de fils de riches. Je soupçonne qu’on veuille nous orienter vers le non essentiel.

La peine de mort, comme la criminalité et l’insécurité, touche essentiellement les plus défavorisées. Les « Borom Barké » échappent aux rigueurs de la loi et aux menaces de l’insécurité. Lorsque par inadvertance, le sort les frappent, le monde semble s’effondrer. Les médias sortent le vocabulaire qui sied à l’occasion, les procureurs en conférence de presse et le Président en Conseil des ministres.

Il arrive même que les victimes potentielles en viennent en a vouloir à ces bourreaux. Tant que c’est entre nous, c’est pas grave, juste des erreurs de parcours d’âmes en perdition. Nous sommes en page intérieure, nous sommes en faits divers. On est à la limite satisfaits si le procureur annonce à la famille qu’une enquête va être ouverte. Après, on passe à autre chose de plus sérieux.

En évoquant la peine de mort comme solution ultime, on semble orienter notre réflexion. Cette réflexion publique semble éloignée des maux qui foisonnent dans nos territoires. Chez nous, on parle de délinquance juvénile, on parle de trafic de drogues et de stupéfiants, on parle d’agressions, on parle d’alcool et de prostitution. La peine capitale se rajoutera à ce lot, sans nul doute.

La peine de mort est une peine du capital

A l’écoute des arguments des uns et des autres, notamment des stars de l’ère médiatique, on se rend compte de la réalité du simulacre dans lequel nous sommes embourbés. Passons sur le fait qu’en bon musulman pratiquant ou à 95% de la population, on doive exiger la restauration de la peine capitale au Sénégal. Les religions révélées réaffirment la sacralité de la vie. Tu ne tueras point. Peine de mort itou.

Ce qui me chiffonne, c’est un peu notre attitude d’occupants d’une table de resto pour choisir à la carte ce qui nous arrange et nous dérange. Bien sûr, les religions interdisent le mensonge mais ici c’est différent des engagements pris et vite oubliés. Elles interdisent le vol mais ici il faut le dissocier du détournement de nos deniers. Et d’ailleurs, pas besoin d’invoquer la charria, c’est un peu excessif.

On n’oriente pas le débat sur la criminalité ou l’insécurité puisque cela pourrait faire ressortir des carences. On ne doit pas non plus évoquer la pauvreté et le chômage parce qu’on pourrait s’attarder sur la redistribution des ressources. Oublions également la drogue qui nous plonge dans les vaps ou l’alcool à 100 francs la dose qui nous enivre. Restons finalement dans le tourbillon du wiiri wiiri. Dinaniou Nekh!

Au demeurant, j’avais évoqué dans un billet précédent la problématique de la destination de nos ressources publiques qui faisait suite à une agréable contribution de Aminata Thior sur la crise de la générosité. Peut être qu’en accordant un peu plus de temps à réfléchir sur ces questions, on vivra assez peu le stress du lendemain. Qui sait ?

Alaaji Abdulaay

Blogueur citoyen

1 Commentaire

  • Bonjour M. Seck,
    Je vous remercie pour ce billet qui apporte une nouvelle orientation au débat. Je suis contre la peine de mort et mes arguments ne sont en rien liés à l’Islam et d’ailleurs le fait que le Sénégal ne soit pas une république islamique clôt le débat dans ce sens.

    Maintenant, à suivre ton raisonnement, la solution ne résiderait pas dans le châtiment et tu fais même un transfert de responsabilité en mettant tout dans le dos de la pauvreté et de la misère. C’est vrai que c’est frustrant de faire face à tout ce que tu as décris mais des personnes font face à ces réalités sans faire le saut.

    Je pense également que la question de l’usage de la drogue et de l’alcool peut avoir un effet sur le comportement, et donc à évoquer.

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