[233]. La nouvelle norme pour l’usage de la peinture à plomb
La peinture à plomb attaque le système nerveux, les reins et provoque l’infertilité !
Ces résultats alarmants à plus d’un titre ont été partagé par le Pr Mamadou Fall, ditecteur du Centre anti poison. En effet, une étude réalisée en 2009 sur les peintures utilisées au Sénégal ont montré que 76% des échantillons avaient des taux très élevés de plomb. Nous avons donc voulu en savoir plus en invitant sur le forum public du Divan Citoyen, Monsieur Ibrahima FAYE. Ingénieur en chimie des polymères, il a en charge depuis cinq (5) ans du département de la recherche et développement d’une entreprise spécialisée dans la fabrication des polymères pour des peintures écologiques à impact environnement réduit.
Pendant deux tours d’horloge ce dimanche 3 juillet 2022, nous avons pu passer en revue divers éléments relatifs aux composantes de la peinture ainsi qu’à l’impact du plomb sur la santé. La conversation a également porté sur les mesures que différents Etats ont pu prendre ou non pour faire face à ces aléas.
Une peinture à plomb qui a fini de coloniser notre espace
L’intoxication au plomb entraine des pathologies qui affectent la santé, particulièrement celle des enfants, des femmes enceintes et des personnes âgées. La contamination passe principalement par le nez et la bouche et le plus grave est que chaque centimètre de notre environnement peut être la source de cette intoxication.
A la maison, la peinture est présente sur nos murs, dans nos assiettes et sur les jouets des enfants. Cet exposition est renforcée par l’habitude qu’à l’enfant de mettre régulièrement les jouets à la bouche ou la main, main qui manipule régulièrement le jouet. Il s’y ajoute également le fait que le plus clair de notre temps, nous sommes entre quatre murs, des murs enduits de peintures contenant, probablement du plomb.
Plusieurs recherches ont aujourd’hui fini de confirmer cet impact du plomb sur la santé des populations. Les données fournies par l’Organisation mondiale pour la Santé (OMS) donne une idée de l’ampleur du phénomène. Selon l’OMS, le taux mondial de mortalité imputable aux empoisonnements au plomb est estimé à 1,8 pour 100 000 habitants, chez les enfants et les jeunes de moins de 30 ans.
Du fait des conséquences sur la santé de la présence d’un plomb nocif dans la peinture, certains gouvernements ont essayé de prendre des mesures hardies notamment en interdisant son usage.
Une production exclusivement destinée à l’exportation
En fin 2020, 79 pays avaient des contrôles juridiquement contraignants pour limiter la production, l’importation et la vente de peintures au plomb. Cette réglementation, selon Dr Siga Diop de la Direction de la santé. entre dans le cadre d’une Alliance mondiale pour l’élimination des peintures au plomb. Les premières règlementations ont vu le jour en Allemage, au Canadan, en France, entre 1886 et 1976.
En France, on comptait en 1985, environ 85 000 enfants infectés au plomb. Ce chiffre a cependant connu une baisse pour se situer à moins de 1000 cas, du fait de la mise en place d’une règlementation beaucoup plus contraignante. C’est donc dire que la prise de mesures législatives a joué un rôle prépondérant dans la lutte contre ce fléau.
En France et ailleurs, l’essentiel de la règlementation de ces pays proscrit l’usage de la peinture à plomb. C’est ainsi que depuis 2007, les jouets fabriqués en Chine à destination du marché américain et européen n’ont plus de plomb dans la composition de la peinture utilisée. Même dans un pays comme le Canada où est implanté le plus grand fabricant de pigment à base de plomb, toute la production est destinée à l’exportation, l’usage étant interdite dans le pays. Qui sont les clients alors ? Ils sont principalement localisés en Asie et en Afrique. Et cela s’explique aisément.
Sur le continent africain et jusqu’au mois de juillet 2022, il y’a eu moins d’une dizaine de pays qui ont adopté une législation règlementant l’usage du peinture. Les Etats considérés plus entreprenants ont opté pour une limitation de la quantité de plomb dans la peinture. C’est le cas notamment de l’Algérie qui a fixé la limite à 5 000 ppm, l’Afrique du Sud à 600 ppm tandis que le Cameroun, l’Ethiopie, le Kenya et la Tanzanie se limitent à 90ppm.
Tout au plus, une norme de référence qualité au Sénégal
Au Sénégal, on semble ne pas trop se soucier des effets néfastes de la peinture à plomb. Au moment où cette discussion a lieu, aucune règlementation n’existait. Si d’après certaines sources, un processus de règlementation avait été enclenché après les drames de Ngagne Diaw, il n’en est plus rien depuis. Peut-être qu’un jour, on saura pourquoi ce processus n’a pas abouti parce que l’argument autour du manque de données n’est plus opérant.
Aujourd’hui, l’effet nocif de la peinture à plomb sur la santé est partout démontré et l’inertie des autorités sénégalaises sur le sujet résulte davantage d’une manque de volonté politique. Et cet inaction est très problématique d’ailleurs parce que les effets du plomb dans l’organisme sont notés dans le long terme. Sur l’affaire de contamination au plomb à Ngagne Diaw, le directeur du centre anti poison, dans une interview, estimait les effets à 10 et 20 ans dans l’organisme.
[…] les taux de plomb qu’on avait sur ces enfants-là, en 2008, c’est sûr qu’actuellement, il en reste encore dans leurs organismes parce que l’élimination est très lente. Si on a du plomb dans l’os, la moitié ne va disparaitre que 10 à 20 ans après. C’est dire qu’un enfant qui avait des taux de plomb très élevé, sans traitement, sera toujours au même niveau d’infection
Professeur Mamadou Fall, chef du Centre Anti poison – Sénégal
En 2022, la Direction de l’Environement et des Etablissements et le Centre Antipoison avaient entamé des démarches et une des mesures prises était la saisine de l’Association sénégalaise de normalisation en vue d’une règlementation sur le sujet. Même si une norme de qualité porte moins d’exigences qu’une loi, ce serait une avancée notable sur le sujet.
Que pouvons-nous faire en tant que citoyens?
Les informations aujourd’hui disponibles sont tout aussi alarmantes les unes que les autres. Il est donc urgent que des mesures immédiates soient prises. En attendant qu’une règlementation voit le jour, les citoyens, principaux usagers doivent agir. Notons tout d’abord que l’usage du plomb n’est pas obligatoire dans la peinture et aujourd’hui beaucoup d’alternatives existent.
Le marketing de l’époque fondait la notoriété de la peinture à plomb sur la « propriété optique excellente », la « bonne clarté », la « facilité d’usage » et l’accessibilité du coût. C’est ce qui explique aujourd’hui son usage par les classes moyennes dans les pays en développement. Aujourd’hui, les effets néfastes sur la santé font l’unanimité au sein des instituts de recherche, ce qui explique que dans les pays développés, l’usage de la peinture durable est mise en avant, nécessitant une maintenance de 10 à 15 ans en moyenne.
L’autorégulation individuelle est une donnée fondamentale dans la protection du consommateur. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs, les associations de consommateurs sont à l’avant-garde du combat pour l’adoption de normes de protection. Leur contribution s’avère d’autant plus importante qu’elle vient en appui aux initiatives gouvernementales.
En tout état de cause, l’acte d’achat d’une peinture contenant du plomb est d’abord et avant tout une décision individuelle. Si l’on ne savait pas maintenant on sait. Reste à savoir maintenant ce que vous ferez une fois que vous aurez fini de lire ces lignes.
