[90]. Pétrole, gaz et Sénégal émergent

 [90]. Pétrole, gaz et Sénégal émergent

Pétrole, gaz et Sénégal émergent pourraient bien aller ensemble si nous parvenons à assurer une meilleure gestion de nos ressources naturelles. L’exploitation de celles-ci nous rendrait riche et prospère si l’on tire partie des expériences d’autres pays et surtout si la transparence reste le moteur de l’action des décideurs.

Il faudrait que nous sénégalais évitons de nous faire torcher dans cet affaire d’exploitation du pétrole et du gaz. Bousi Yallah ande, nous serons un pays de Naatangue dès 2023, lorsque les barils couleront à flot.  Beaucoup d’informations a commencé à circuler sur le sujet. Certains qui ne croient pas au Père Noël ont commencé à évoquer les risques de pantouflage ou de conflits d’intérêts. D’autres qui en ignorent évoquent la distribution de carburants et de gaz à prix symbolique.

J’évoque aujourd’hui cette question parce que la semaine dernière, des organisations de la société civile avaient publié une contribution sur le pétrole et le gaz. Je l’évoque également parce qu’ il est de mon devoir de citoyen sénégalais, de m’intéresser à ce qui touche aux affaires de mon pays.

Pour la Nation et par le peuple

La Constitution ne s’est pas limitée à attribuer la propriété des ressources naturelles au Peuple. Elle a affirmé qu’elles doivent être utilisées pour l’amélioration de nos conditions de vie. Le texte note par ailleurs que l’exploitation et la gestion doivent se faire dans la transparence. C’est cela qui pourrait générer une croissance économique et promouvoir notre bien-être.

L’honorable député Mamadou Lamine Diallo a fait une remarque intéressante. Il disait que le texte n’utilisait pas l’expression « Nation » mais « Peuple« ; concepts qui pourraient renvoyer à des réalités différentes. Qu’à cela ne tienne, on pourra transposer le contenu « Peuple » dans « Nation » et de lui donner une réalité.

Dans une autre perspective, le Plan Sénégal Émergent sera le référentiel de politique économique, environnemental et social d’ici 2035. Le document contient une stratégie d’approvisionnement en hydrocarbures qui vise un renforcement des incitations à l’exploration pétrolière. Il n’évoque cependant ni l’exploitation, ni des revenues y afférentes.

Cela veut-il dire qu’on ignorait l’existence de cette manne, à moins qu’on n’ait voulu l’évoquer officiellement. En tous les cas, un cadeau « inattendu » nous est venu des profondeurs bleues. Ceux qui l’en sortiront auront des dettes à solder et les portefeuilles des investisseurs à remplir.

Tout ceci me parait cependant superfétatoire au regard des questions fondamentales à adresser. Il peut être superflu de le ressasser mais il nous faut rappeler ici, là et maintenant que le pétrole et le gaz découverts au Sénégal n’appartiennent pas aux autorités actuelles. Par contre, la responsabilité d’en assurer une meilleure gestion et gouvernance relèvent d’elles.

Besoin d’accompagnement

Nos gouvernants ont besoin de savoir ce que nous voulons qu’elles fassent de ces revenues. Il nous faut maintenir la pression pour éviter les logiques d’accaparement. Ne les abandonnons pas.

La nature a cependant horreur du vide. On en a conscience même s’il arrive qu’on y accorde peu d’intérêts. Si, nous citoyens n’exprimons aucun intérêt à la gouvernance dans ce secteur, d’autres le feront. Le risque serait de laisser performer une perspective individuelle, personnelle et conjoncturelle. On pourra toujours s’indigner de scandales mais…

Nous devons donc revendiquer la tenue d’un débat ouvert et inclusif sur la gouvernance du secteur extractif. Nous ne devons pas accepter qu’on nous oppose la complexité ou la technicité du secteur. Les autorités en charge de ce secteur doivent nous indiquer comment ils comptent s’y prendre. Où iront les revenus et qui se chargera de nous rendre compte ?

Nous avons connaissance de pays qui ont bâti leur prospérité à partir des revenues provenant du pétrole. Nous constatons également que d’autres ont sombré dans la violence et la pauvreté à cause d’une économie de rente, d’une mauvaise gouvernance ou de la préservation d’intérêts privés.

On ne pourra donc pas invoquer l’ignorance de la menace, d’autant plus que le point 162 du PSE a attiré notre attention sur les contraintes qu’une exploitation croissante et non maîtrisée des ressources naturelles fait peser sur le développement économique et les perspectives de création d’emplois.

Les multinationales qui évoluent au niveau de l’industrie pétrolière ont accès à l’expertise et aux conseils les plus pointus en toute matière. Avons-nous déjà formé des sénégalais aux métiers du pétrole et du gaz ? Avons-nous déjà préparé et outillé nos PME/PMI à assurer la sous traitance ?

Changer de paradigme

Pour ma part, je suis préoccupé par deux choses dans ce secteur, sans être dans la position de conjecturer. PETROSEN est la société nationale chargée de la promotion, de la négociation des offres, du partenariat avec les sociétés exploratrices/exploitantes et de la commercialisation. Peut-on être performant et transparent à la fois ?

Le Ghana qui n’est pas un mauvais exemple en matière d’architecture institutionnelle en ce domaine a mis en place un système dans lequel les organismes chargés de faire la promotion du secteur sont différents de ceux qui s’activent dans la production ou dans la commercialisation. A côté, d’autres structures sont chargées d’assurer un contrôle validé a posteriori par l’Assemblée nationale.

La confidentialité des contrats est également une grande préoccupation. On peut admettre le fait que des dispositions ne puissent être divulguées mais on doit dépasser ce régime déclaratif. En Australie et au Danemark, les données sont a priori publiques et chaque société qui désire classer telle ou telle disposition « confidentielle » doit en prouver la nécessité devant un organisme indépendant.

Alaaji Abdulaay

Blogueur citoyen

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