[179]. La Première Dame du Sénégal ou le pouvoir au cœur

Madame Marième Faye Sall est l’épouse du Président de la République Macky Sall, ce qui fait d’elle la première Dame du Sénégal. Sans mandat officiel, leur proximité avec le pouvoir les ont toujours placées dans une « position d’influence ». La nôtre n’échappe pas à ce jeu et reste la parfaite incarnation du pouvoir diffus.

Il est toujours très intéressant, dans une perspective de profit, d’être dans les grâces de la première Dame.  J’essaie toujours de me mettre à sa place pour imaginer la manière dont elle apprécie toutes ces nouvelles amitiés. Et puis faudra bien un jour qu’on soit fixée sur l’origine des ressources généreusement distribuées. Je reviens sur quelques éléments de contexte dans les lignes qui suivent.

J’ai une grande affection pour la première Dame Marième Faye Sall, non pas pour sa stature mais son humanité. Elle est vivante et exprime beaucoup d’humanité notamment lors de ses sorties publiques. J’ai encore en tête une de ses visites dans une famille démunie, lors de laquelle elle leur a fait don. Je crois qu’au-delà de l’effet de surprise, enlacer celle-ci a été l’expérience la plus enrichissante.

Lors de la cérémonie de prestation de serment, Papa Omar Sakho président du Conseil constitutionnel a évoqué la posture de la première Dame en ces termes :

J’associe à ces vœux Madame Marième Faye Sall, votre épouse, sans la sollicitude et l’action de laquelle votre mission n’aurait gagné qu’en complexité

Cette mention dans son discours a largement été relayée dans les réseaux sociaux. Je n’avais pas suivi la cérémonie et j’avoue que c’est cela qui m’a poussé à en prendre connaissance. Personnellement, ce n’est pas ce qui m’a choqué le plus dans cette adresse mais on aura le temps d’y revenir. En le lisant, je me suis juste rappelé la catégorisation des différentes générations par rapport à Internet.

En réponse, certainement à ces mots, Koor Marième comme on l’appelle n’a pas boudé son plaisir. Il a dit toute sa reconnaissance et gratitude pour le soutien et sa patience de sa famille qui lui donne la force et la quiétude de se consacrer entièrement aux servitudes de l’Etat. Pour moi, rien d’étonnant dans un environnement social comme le nôtre. Je dis bien social parce que lorsque cela déborde de ce cadre, cela devient un peu plus compliqué.

On est pourtant allé assez loin, très loin même en juillet 2014 lors de la passation de service au ministère des sports. En passant le relais à Matar BA, le désormais ex-ministre Mbagnick Ndiaye déclarait :

Nous devons tous remercier Marième Fall Sall. Sans elle, ni Matar mon successeur, ni moi ne serions ministre de la République

Même si j’ignore le rôle joué par la première Dame dans ces nominations, cette sortie l’a repositionné au cœur du système. Depuis lors, la première Dame on lui a prêté beaucoup de choses. Ce n’était cependant qu’un palier supplémentaire, la suite d’une longue série d’histoires, de fantasmes et de sensations fortes.

Marième, comme on en a attendu pendant longtemps

Dès que le président Macky Sall a été élu, les plus entreprenants se sont extasiés des effluves de Thiouraye qui sortiraient du Palais. Pas tant qu’elle était la première, de nationalité sénégalaise à y résider, plutôt qu’elle semblait mieux incarner « ces manières ». Depuis sept ans, nous avons pu constater sa posture ordinaire de dame sénégalaise. Elle a eu, en public, nos expressions langagières, a ri aux éclats et dansé aux sons du Mbalakh. Loin des protocoles et de ces corsets républicains.

Mme Marième Faye Sall a cependant fait comme ses prédécesseurs. Elle a eu sa fondation dénommée « Servir le Sénégal » et reconnue d’utilité publique. Lorsqu’une organisation a ce statut, elle peut bénéficier directement ou indirectement de fonds publics. Même si les comptes de sa fondation ne sont pas encore publiés, ils peuvent faire l’objet de contrôle des organes de l’Etat dédiés à cette fonction.

En tous les cas, cela m’étonnerait que Mme Marième Faye Sall pompe sur les ressources publiques pour financer ses activités. Pas besoin de se « mouiller » dans ces histoires de sous, un simple appel de fonds suffit. Je vous assure qu’une première Dame n’a pas son égale pour lever des fonds dans un pays comme le Sénégal. Combien ne donnerait-on pas pour figurer sur la liste des « généreux » donateurs qu’elle aura à remercier ?

Depuis quelques jours, je cherche une loi ou un décret qui réglemente les cadeaux faits au Président de la République ou à ses collaborateurs. Dans d’autres pays, cela existe et tout cadeau donné notamment à l’étranger doit être déclaré. Ici et dans le passé, il y’a eu cette polémique sur des milliards offerts. On ne savait pas, entre l’institution ou la personne, à qui était destiné ces fonds. Il nous faudrait certainement continuer à réfléchir davantage sur ce point.

La plus proche des collaborateurs de la République

Je disais plus haut que Mme Marième Faye Sall n’avait pas de poste électif ni nominatif mais elle a du pouvoir. Du moins, on lui en confère et c’est crucial. Le pouvoir, ce n’est pas ce que simplement ce que « vous pouvez » mais il inclut également d’autres facultés qu’on vous prête. Aujourd’hui donc, « elle peut » faire ou défaire des carrières, introduire auprès de… ou éloigner de…, tout un programme.

Mme Marième Faye Sall nous renvoie cette image d’une femme forte comme elles le sont toutes dans leurs foyers. C’est l’une des rares à connaitre et à endosser les humeurs du Président de la République Macky Sall, si on admet qu’il en a :). Les états d’âme de la première Dame rejaillissent également sur notre président bien aimé, si on consent qu’il y soit sensible. Et puis c’est quand même sa femme :). Bref.

Pendant que j’écris ces lignes, nous sommes en attente de la nomination des membres du gouvernement. On sait d’ores et déjà que la Primature sera supprimée, ce qui recentre l’épicentre du pouvoir sur le Palais. Ce changement institutionnel va davantage accentuer la pression ou « amplifier » la capacité de suggestion de la première Dame.

Ne dit-on pas que derrière chaque grand homme, il y’ a une grande dame ? Cette assertion n’est pas étrangère à notre contexte socio politique. Sa meilleure traduction se retrouve dans le fameux « waxtane ak sa njégéenaay« . Elles sont bonnes conseillères, pour qui sait les écouter.

Alaaji Abdulaay

Blogueur citoyen

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