[135]. Voici pourquoi les rappeurs sont les plus engagés des artistes

 [135]. Voici pourquoi les rappeurs sont les plus engagés des artistes

Il est connu les artistes sont des leaders d’opinion et certains, au delà de leur art, ont décidé de mettre leurs notoriétés au service de la communauté. En Afrique et particulièrement au Sénégal, nous avons vécu un engagement des uns et des autres à des degrés différents. Certains le sont naturellement alors que d’autres n’ont pas jugé opportun de s’engager au delà de ce que nécessite la préservation de leurs intérêts.

La musique occupe un rôle prépondérant dans la culture africaine et jadis, les griots étaient des conteurs de l’histoire. Aujourd’hui les artistes, à travers leurs talents, leurs voix, la diversité de leurs moyens d’expression ou l’intensité de leurs passions, contribuent de diverses manières. Ils participent donc à leur manière à la consolidation des Etats, des institutions et des sociétés de l’Afrique.

Ils ont désormais compris que l’engagement et le don de soi pour la cause commune pouvaient se faire sous plusieurs formes. Au travers de textes souvent crus et révolutionnaires, ils n’hésitent par conséquent pas à affronter les gouvernements en place, avec tous les dangers encourus. Certains risquent leur vie pour faire valoir leurs convictions tandis que d’autres passent des années en prison.

En 2013 par exemple, plusieurs rappeurs tunisiens avaient été arrêtés et torturés pour avoir critiqué le gouvernement et les autorités. A travers ce billet, nous vous présentons un panorama de quelques artistes africains engagés dont l’engagement n’est plus à démontrer.

Fela Kuti – Nigéria

Fela Kuti était un chanteur et saxophoniste devenu célèbre pour ses sévères critiques à l’encontre du gouvernement militaire du Nigéria. C’est pour cette raison d’ailleurs qu’en 1977, il a été arrêté chez lui par des soldats, sa maison incendiée et des membres de sa famille agressés. Il s’exila alors pendant un an au Ghana avant de revenir. Au cours de sa vie, Fela Kuti sera jeté plusieurs fois en prison.

Tiken Jah Fakoly – Côte d’Ivoire

Tiken Jah Fakoly est un chanteur de reggae. En 1996, il sort son célèbre titre « Mangercratie » dans lequel il traduit les revendications des africains en matière de nourriture. A ce titre, il dit faire de la musique pour « éveiller les consciences ». En 2003, il est contraint de quitter la Côte d’Ivoire suite à des menaces de proches du président Laurent Gbagbo. Il reviendra plus tard chanter dans son pays, après la chute du chef de l’Etat. Révolutionnaire assumé, il a appelé son dernier album « African Revolution ».

Didier Awadi – Sénégal

Très proche de Tiken Jah Fakoly, Didier Awadi est un des précurseurs du mouvement hip hop au Sénégal. Évoquant la gestion du pouvoir par nos dirigeants, il déclarait ce qui suit:

« J’accuse toute l’Afrique d’irresponsabilité chronique, nos présidents, nos dirigeants d’être égoïstes et ciniques. Ils veulent du pouvoir, encore du pouvoir, tout le pouvoir.  Une fois au pouvoir, promettre des choses, sans le pouvoir. Ils ont vendu l’Afrique, ses richesses et même ses plages »  

Intéressé par la politique, il participe notamment au mouvement Y’en a marre qui a protesté contre la candidature de Abdoulaye Wade en 2012. Son dernier album « Présidents d’Afrique » est un mélange de chansons et d’enregistrements de discours de grands leaders africains qui ont su dénoncer les injustices. Son modèle d’homme politique est Thomas Sankara, le révolutionnaire burkinabé.

Xuman et Keyti – Sénégal

« Bienvenue, installez-vous, on a des nouvelles pour vous.

Il y en a des bonnes, il y en a des mauvaises, mais on a des nouvelles pour vous.

Dakar est au ralenti, parce qu’il n’y a pas d’eau. On mange peu, on ne boit pas beaucoup, parce qu’il n’y a pas d’eau.

Beaucoup de riz, pas de sauce, parce qu’il n’y a pas d’eau…«   

Xuman et Keyti sont deux rappeurs sénégalais qui se sont surtout fait connaître grâce au Journal Rappé (JTR), un journal télévisé ironique et critique de l’actualité sénégalaise. Le projet est né du constat qu’au Sénégal, par peur ou par conviction, une grande partie de la presse se réserve le droit de ne pas dire toute la vérité. Et la population prend pour argent comptant ce que les médias veulent bien leur servir, même si c’est truffé de contrevérités.

C’est à partir du constat d’un désintérêt des jeunes de l’actualité et du fait qu’ils considèrent les rappeurs comme prophètes que l’idée de compiler rap et actus est venu. Keyti et Xuman ont considéré qu’ils pouvaient sensibiliser ce public-là aux affaires qui minent leur société. Ils pouvaient dès lors leur faire prendre conscience qu’ils peuvent faire bouger les choses.

Les jeunes étant majoritaires au Sénégal, c’est donc une cible très importante et c’est pour cela que Xuman et Keyti a travers leur engagement essaient d’avoir un rôle de messagers et de faire évoluer les mentalités car au finish, comme tous ces milliers de jeunes, les artistes engagés s’unissent tous pour une seule et même cause : l’Afrique.

Quid des chanteurs du Mbalax?

Ils ne sont pas engagés sous nos cieux. Un engagement, ce sont des portes qui ne s’ouvrent plus à toi ou même qui se ferment. Les mbalaxmen tiennent à leurs semblants de confort.

Maimouna Dembélé

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