[10]. Tonton Massamba, l’oncle à la parenté douteuse

 [10]. Tonton Massamba, l’oncle à la parenté douteuse

Tonton Massamba a assuré d’une façon particulière une partie de mon éducation. Il a été ce qu’il a toujours voulu être : un oncle pour son diarbatt. Je reviens ici sur certains épisodes de notre vie en commun.

Pour répondre à vos interpellations sur Tonton Massamba, j’ai prévu de vous parler de ce qui me lie à ce grand’homme. Sa photographie attendra parce que je ne suis pas encore prêt à endurer ce que cela me coûtera. Kham sa bopp mo gueune koula wo waxlako

Bon, on sait tous comment on devient tonton et il me parait superflue d’y revenir. Ce qui est par contre intéressant à noter, c’est qu’il n’a jamais accepté de m’appeler « mon neveu » pour une raison simple. Il m’aimait alors que Neveu, m’a t-il dit, c’est du négatif, c’est du « nul de veux ».

Quand je lui ai fait remarquer qu’il n’avait pas de liens entre ces choses, il a sourit et rétorqué

« Au commencement était la parole et l’écoute ensuite. L’écrit est venu plus tard pour consacrer ce qui a été dit et entendu mais parfois, la transcription est mauvaise ».

Je vais t’appeler mon Diarbatt » avait-il décrété. Hum!

Un air d’intrus familial

Dans toutes les familles, il y’ en a toujours un qui sort de l’ordinaire et chez nous, Tonton Massamba incarnait cet autre. Il m’arrivait souvent de douter de ses liens de parenté avec les autres de la fratrie. Il m’avait cependant pris sous son aile et je n’en demandais pas plus. Je me rappelle de nos longues et (in)fructueuses discussions.

Ce n’était ni la justesse de mes questions ni la véracité de ses réponses qui nous importaient. Il considérait juste que j’étais à un âge de questionnement et lui un âge de partage d’expériences. Je l’interrogeais sur tout et bizarrement il avait réponse à tout. Et comme je n’avais aucun moyen de vérifier ce qu’il me disait…

Tonton Massamba fumait de la cigarette et sa marque préférée était le Camelia. Hé hé j’en vois certains qui sourient et d’autres qui diront boy bi mo yague! Le Camelia avait un prix spécial : béne 10 francs, niar yi 15 francs, paquette bi 100 francs! J’étais son coursier attitré et il s’arrangeait toujours pour que wéthiét bi dess 20 francs. Pouboire!

Comme il se disait très responsable et soucieux de mon éducation, il me demandait d’aller lui griller le bout de son Camelia au feu. Il prenait cependant le soin de l’accompagner avec cette forte recommandation:

« Diarbatt, je te le conseille pas mais si le bout de la cigarette tarde à s’allumer, tu peux juste tirer un petit coup, boy un petit la wakh nak ». Décidée – Appliquée.

Tonton Massamba a fait son service militaire comme un « appelé du contingent » avant d’être libéré. Il n’avait d’ailleurs pas souhaité être réengagé parce que ce qui l’importait, c’était juste de pouvoir se mettre à la place d’un militaire.

Sa vie de tous les goûts

Il a aussi fréquenté l’université après un »bac ak mention » et avait l’embarras du choix entre le Droit et la Sociologie. Il a opté pour la dernière et plus tard me demandera de choisir les études juridiques puisque j’étais son prolongement.

C’est au campus qu’il a connu celui qui deviendra son meilleur ami. Ce fut le seul compagnon que je lui connaissais et personne d’autre n’a revendiqué ce titre.

Et puis, c’est tonton Massamba qui m’a initié à la lecture. Il affectionnait ces petits livres qui retraçaient les aventures de Tex Willer ou de Zembla. C’est d’ailleurs avec ce genre littéraire que j’ai commencé à m’humaniser et les deux premiers mots que j’en appris furent « flic », « colt ». Plus tard, je me rendis compte que d’autres mots n’étaient pas à répéter à l’occasion d’une fessée que je reçue.

Il m’a longuement initié à ce qu’il croyait savoir de la culture indienne. Je m’imprégnais déjà de certaines expressions comme squaw, tipi, tomahawks, scalpel, mustangs. Je reste encore fasciné par les noms imagés des indiens et mon personnage préféré s’appelait « Qanah N’a Qu’un Œil ». Hugh !!!!!

Il me demandait souvent d’être son scribe. Lui n’avait ni le temps, ni l’ambition, ni la courtoisie, ni même la motivation de consacrer du temps à l’écriture de ses mémoires, cette mémoire que la fumée de la cigarette avait fini d’embrouiller.

Plus tard dans sa vie, il est devenu ce qu’il a toujours voulu: un oncle pour un neveu à tout faire. Je ne suis pas sûr que mes parents étaient enthousiastes à l’idée de me laisser sous son influence. Je lui vouais pourtant un respect sans commune mesure puisqu’il m’a appris l’essentiel de ce qu’il appelait « ces mauvaises bonne choses ». Allez savoir

Alaaji Abdulaay

Blogueur citoyen

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