[17]. La gare routière « Pompiers », entre marchandages et marchandises

 [17]. La gare routière « Pompiers », entre marchandages et marchandises

J’avais longtemps observé cette « théâtralisation » du voyage, déjà au niveau de la gare routière, sans personnellement m’impliquer dans les xarfa fuufa. Cette fois-ci cependant, je décidais de changer de rôle et me prêtais au jeu de mes compagnons de route.

Vouloir tout dire ici serait trop long pour un billet, je vais donc vous livrer les détails en deux ou trois jets. Je me suis rendu compte de la richesse qui se dissimulait sous ces quelques kilomètres de route lorsqu’on est en compagnie de gens connus ni d’Adam, ni d’Eve.

Une fois la valise en main, Madame m’a suggéré de faire mon lémou, une petite prière avant de sortir. Il est de coutume de la faire afin de se prémunir de mauvaises surprises qui pourraient survenir en cours de route. Et donc pour nous souhaiter une bonne route, de l’eau fut versé sur le pas de la porte.

Si vous entreprenez un voyage interurbain sans trop savoir comment trouver un véhicule, demandez à aller à la gare routière Pompiers. Vous n’aurez aucune chance cependant d’atterrir à la caserne de sapeurs pompiers comme le suggère le nom. Sans en être sûr en effet, je suppose donc que c’est du langage commun que vient le nom puisque la gare est voisine d’une caserne.

La réalité d’une gare routière est cependant la même partout parce que tout y est payé et acheté.

Tarifs simples ou personnalisés ?

Vos premiers interlocuteurs à la gare routière Pompiers seront les rabatteurs et les « auxiliaires apprentis »:
– Ca wa grand, foy dem? Saint-Louis?
No, dewma Saint louis, bane auto moy dem mbirkilane si 7 places yi? 
Mbirki lane? ladjal Pa coxeur beulé

Ah oui, le coxeur est une pièce centrale dans une gare routière. Il parait qu’à l’origine, c’était une tâche dévolue aux anciens chauffeurs qui avec l’âge n’avaient plus les capacités de conduire. Par solidarité donc, ils continuaient à fréquenter la plateforme comme rabatteurs de clients. Ils sont par conséquent payés sur la base des opérations quotidiennes avec les clients.

La concurrence est aujourd’hui imposée par une jeunesse sans emploi, sans formation ni ambition. Même si le Aliwo reste tenue par la vieille garde, l’effort de se précipiter sur un véhicule n’est plus à leur portée. Les jeunes sont plus aptes à se lancer à la conquête d’une place assise qu’on aura vite fait de céder à un client contre quelques espèces sonnantes.

Le siège passager-avant est généralement réservé à une personne qu’on voit toujours surgir d’on ne sait où pour tranquillement venir s’y installer. C’est plus tard, au moment d’encaisser les billets qu’on comprendra le manège. Le client particulier une fois le billet payé rajoute généralement cinq cent à mille francs au tarif habituel. L’argent sera encaissé par celui qu’o voyait courir. Astucieux non?

En période d’affluence, les courses folles des rabatteurs se mêlent aux empoignades sous le regard quasi méprisant des clients. Les sièges du milieu restent prisés alors que les places à l’arrière n’intéressent que les passagers dans mon genre. Je n’ai quand même pas les jambes courtes et imaginer les plier pendant deux à trois tours d’horloger peut décourager.

Payer pour soi et pour sa marchandise

Le plus intriguant dans une gare routière reste le tarif – bagages. Hormis votre sac à main que vous gardez par devers vous, toute valise ou marchandise passe à la caisse. Les prix sont situés autour de la fourchette de prix variant de 300 à 1 500 F CFA suivant la taille ou le poids de votre bagage. Je n’ai pas encore compris comment on peut faire payer à un passager sa valise.

J’ai d’ailleurs envie de crier à l’arnaque dans la mesure où ce montant est partagé entre le chauffeur et le coxeur. Les bénéficiaires de cette pratique ne doivent pas être étrangers à la levée de boucliers qui a suivi la décision du gouvernement de transférer « Pompiers » à la gare des baux maraîchers.

J’ignore la suite donnée à l’exécution de ce projet de délocalisation qui avait le mérite d’éliminer du circuit tous ces intermédiaires. La gestion confiée à Senecartours allait instaurer un système de gestion des départs-arrivées avec la mise en place d’un guichet pour ticket.

Après que tous les passagers aient embarqué, qu’on ait rendu sa monnaie à chacun, la voiture s’ébranle lentement, donnant une idée de sa vétusté. A l’intérieur, huit bons citoyens prêts à débattre de tout. Encore de nouveaux lémou, ak ay niane you ameen daanel.

La voiture pris chemin…

Alaaji Abdulaay

Blogueur citoyen

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