[77]. BARGNY, localité à la disparition lente et programmée

 [77]. BARGNY, localité à la disparition lente et programmée

Wa Mbedmi, oser la citoyenneté

Pour le kaw kaw que je suis, je garde un souvenir affectueux de ce village lébou. Traverser Bargny ressemblait à une traversée de pont entre deux réalités, deux atmosphères tout à fait différentes. De moins en moins parcourue, de plus en plus menacée, la ville est aujourd’hui la proie de tout. Elle ne sera plus qu’un souvenir si mais si et seulement si…

Tay nak, c’est le cœur rempli d’une profonde inquiétude que j’évoque la situation de Bargny. J’en parle aujourd’hui au regard des menaces réelles qui pèsent sur l’existence de cette contrée. Ce village n’est jusque là défendue que par ses habitants, eux se battent pour leur survie.

J’ai une sympathie pour ce village lébou pour plusieurs petites raisons. Bargny est une ville généreuse qui offrent un jeu de lumières diurne, sucré d’une danse folle de reflets solaires sur l’océan. Cette belle romance qui s’offre aux spectateurs se perd, tel un éclairci, sous les émanations chimiques.

Cet odeur de kéthiakh que Bargny se dispute à sa voisine Rufisque vous traverse la gorge pour se loger au fond du ventre. Vous éprouvez par conséquent une subite envie de hâter le pas ou d’appuyer sur l’accélérateur. Mais avec l’autoroute à péage, tout devient différent.

Signe prémonitoire. Bargny est aujourd’hui menacée par tout ce qui faisait son charme. On dirait un nain entouré d’ogres géants qui avancent tout crocs dehors sans autre souci que de s’emparer du maximum.

Bargny est envahie et encerclée

Au Sud de la ville, la mer avance inexorablement. Ici les vagues n’échouent pas sur la plage puisque chaque assaut réduit davantage l’emprise sur notre espace vital. Comme chez les humains, Bargny a sa nurserie, un endroit calme où des bandes de poissons viennent se reproduire. C’est à partir de cette zone que différentes espèces s’en vont voguer à travers les côtes du Sénégal et d’ailleurs.

C’est à cet endroit précis qu’aura lieu le déversement des eaux chaudes et usées, des résidus et rejets de la prochaine centrale à charbon. Juste à côté, le port minéralier et vraquier bourdonnera avec les va et vient de ces grosses machines mécaniques. On ne peut imaginer mieux pour bouleverser un écosystème. On sait, oui on est au courant de tout cela mais grawoul quoi.

La centrale à charbon prendra Bargny au collet par l’Est de la ville. Il n’y a, à ce jour, d’installations plus polluantes qu’une centrale à charbon et le niveau quelque peu avancé de la technologie n’y fera rien. L’impact sur l’environnement sera d’autant plus catastrophique que dans ce pays, on ne se soucie de ces questions. Le charbon n’est pas propre, une centrale à charbon ne peut être propre.

Les victimes tout comme les activistes n’auront pas d’expertises pour prouver la relation de cause à effet entre cette pollution (air et eau) et l’apparition de nouvelles malades. On se contentera de boucher le nez en admirant les fumeuses embrassades des émanations de la centrale d’avec les effluves de la cimenterie. Cette dernière à son tour, envahit Bargny par l’Ouest et le Nord.

L’entreprise créée en 1947 portait le nom de SOciété COloniale des CIMents. Elle fera sa mue avec le nom qu’on lui connait aujourd’hui, après l’indépendance mais est toujours resté dans le périmètre cadastral de Bargny.

Se « développer » à tout prix et au mépris de tout

La centrale à charbon sera à moins de 300 m des lieux actuelles d’habitation et est érigée sur un périmètre communal. Cet espace destiné, depuis 1986, au recasement des victimes de l’érosion côtière a été alloué à la construction de l’usine. C’est une illégalité au vu du code de l’environnement interdit la substitution d’une zone d’habitation au profit d’une installation industrielle

Sococim quant à elle est située à moins de 200 m des maisons lieux actuelles d’habitations. A Bargny, plus rien ne freine les ardeurs, ni la violation de la loi, pas même l’opposition des représentants élus par les populations. Qu’importe les récriminations des populations, « Sénégal mo sokhla té nonou lay amé ». Voilà ce qu’on leur a rétorqué.

Aujourd’hui encore et depuis 2009, les populations luttent pour leurs survies. On pouvait, en traversant Bargny et Rufisque constater les impacts sur l’environnement. Aujourd’hui, ce n’est plus évident avec l’autoroute à péage qui éloigne les yeux, le nez et la bouche des décideurs. Ceux et celles de qui relèvent les décisions n’entendront plus les récriminations, leurs nez, yeux et bouches seront à l’abri des senteurs.

Tranquillement et en toute conscience reposée, ils se diront que finalement le plus important c’est qu’ils aient un endroit pour vivre. Les habitants de Bargny n’ont qu’à aller vivre ailleurs et tout le monde sera tranquille.

Alaaji Abdulaay

Blogueur citoyen

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