[89]. Majeurs, mariés et dépendants

 [89]. Majeurs, mariés et dépendants

Dans cet article, moi-même et Aboubakry, vous décrirons nos histoires culinaires en l’absence des dames. La première s’est déroulée au Sénégal, la seconde est en train de se vivre en France et nous sommes tous deux sénégalais, mariés à des sénégalaises et élevés sous la norme sénégalaise. La question était simple: comment faites-vous pour vous alimenter, en l’absence de vos dames ?

Dans ce blog, on a l’impression au fil des mardi, de passer du coq à l’âne avec une réelle énergie. Aujourd’hui, on vous replonge dans une thématique qui nous a tous, tous les deux en tout cas, interpellé. Nous vous revenons avec ces histoires qui nous ont semblé amusantes, frustrantes et tragiques.

Toute ressemblance n’est que pure coïncidence.

Dans notre vie de garçon, on ne nous apprend pas à cuisiner pour manger. Tout est laissé à Madame et nous devenons ainsi vulnérables une fois que nous sommes laissés à nous-mêmes.

Mba diameu ngéne fanano ? Les adeptes du rap me répondront par « Indila…, Mbarikala… » et ceux du mbalakh me serviront du « Tarkala… ». Ces expressions en vogue dans certains milieux de Dakar restent les expressions perverties les plus élaborées de « Alhamdoulillah » et « Tabarfa k’Allah? Allons seulement.

Haha #PouletFlambeDigital, il fallait y penser. Les jeunes d’aujourd’hui se croient tout permis. Bonne digestion

— El hadj Abdoulaye (@bdulaye) 2 juillet 2016

« Tant que la femme de ménage était là… »

« J’ai vécu cette histoire pendant ce dernier mois de ramadan. D’ordinaire, en cette période, les dames se plaisent dans le rituel du Tadj Ndogou parce qu’on en dit beaucoup de bonnes choses. Ma dame, pour des raisons familiales, a du s’absenter pendant une semaine et cela m’a semblé être une éternité.

Les deux premiers jours en solitaire, se sont déroulés sans souci parce que … la bonne était là. Le troisième jour tombait par contre un dimanche et j’ai passé toute la journée à me demander comment j’allais me restaurer. Diakhlé nak si sasi

Un ange passa et me surpris en train de rêver: « Et si elle sonnait à la porte avant l’heure du ndogou… », langamou si li Youssou Ndour nane « auto bou garé mané mom leu« .

A 19 heures déjà, j’ignorais toujours par quoi commencer. Où est-ce qu’elles avaient rangé le café, le lait ? Ah voilà le tandarma dans le frigo. Oh zut, j’avais épuisé la veille le thon et le mayo! Pffff. Après avoir fouiné un peu partout, je m’en allais, déterminé, à la boutique. J’en revins avec du pain sec et les oreilles bruissant de commérages des Diank.

J’ai été un moment tenté d’aller demander de l’aide à la voisine mais ma dignité de majeur incapable m’en a dissuadé. J’ai eu l’idée de tremper le pain dans de la sauce gombo et m’en délecter. Souvenir d’enfance. Je finis par siroter mon thé, la meilleure chose que je savais faire ».

J’ai commencé à me projeter sur le dîner. Je réussis à allumer le four après plusieurs tentatives sauf que le niankatang que je m’étais proposé de faire a fini en sombi parce qu’il y’avait beaucoup trop d’eau. A la seconde tentative, parce que j’ai recommencé, C’était pas bien cuit, trop peu d’eau.

« Ma petite virée vers le congélateur… »,

 « Je vis en France depuis quelques années et vous savez qu’en Occident, toumouranké daffa gaaw. Je l’ai vécu hélas le lendemain du départ en vacances de Madame. Me retrouver seul dans cette maison à me demander ce que j’allais manger le soir, n’a pas été simple.

Mon premier réflexe a été de me diriger vers le frigo. Le congélateur reste l’éternel garde manger mais aujourd’hui, tout était vide. Il me reste alors deux choix, acheter à manger ou cuisiner par moi-même.

Pas forcément deux options valables parce que le budget ne suivra pas ces dépenses. J’en ai pour deux mois de vacances et celles-ci ont coûté assez chères. Cuisiner était à la portée de ma bourse mais pas de mes mains. Ne pas supporter l’odeur de l’oignon dans mes mains était une chose mais le plus éprouvant était de bien cuire un œuf.

je tiens à signaler que le Niankatague est issu d’un cuiseur de riz et le reste sort du congélateur #Maribataire https://t.co/8VFb6hIpVz

— Wade Aboubakry (@wadeabou) 14 juillet 2016

J’ai finalement décidé de me mettre en mode survie : manger pour me remplir le ventre, manger sans me soucier du plaisir du palais, manger pour ne pas crever de faim. Pour réussir ces choses simples et compliquées à la fois, j’ai pris le partie de me reconnecter aux émissions et bouquins de cuisine pour en sortir une recette miracle ».

Quelques années plus tôt

La plupart de ceux qui liront ces lignes vont se reconnaître dans ces histoires parce que éduqués de la même manière. Notre statut d’hommes mariés n’y fait rien s’il n’en est un facteur aggravant. Peu d’entre nous sont capables de se prendre en charge en l’absence de dames.

Nos épouses sénégalaises, en nous assurant jusqu’au lavement des mains, nous se rendent pas services. Si nous creusons un peu, on se rend compte que la cause « de ces attitudes » est à rechercher dans l’éducation que nous avons eu dès le bas âge. En ce domaine, nous avons une répartition des tâches toute trouvée.

Pour le sexe féminin, c’est faire la lessive, faire la cuisine, faire la toilette des enfants, faire le ménage, faire la couche des bambins… Pendant ce temps, le jeune-homme est appelé à salir les habits, salir la chambre, salir les verres et les assiettes. On grandit avec cette normalité dans une prise en charge continue : maman, la grande sœur, l’épouse, la femme de ménage et la fille.

Et donc, chères dames, nous réaffirmons notre ferme volonté de vous servir à manger après quelques bonnes heures passées à faire la cuisine… quand nous en saurons un peu plus sur la manière dont nous allons nous y prendre.

En attendant que vous dames, veuillez bien nous initier, on peut passer aux choses sérieuses : LOUGN TOGG TAY ?

Alaaji Abdulaay

Blogueur citoyen

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