[267]. Santé rénale pour tous : dispositif préventif et curatif au Sénégal

 [267]. Santé rénale pour tous : dispositif préventif et curatif au Sénégal

La journée mondiale de la santé rénale a été célébrée le 9 mars 2023 au Sénégal et dans plusieurs pays du monde. Nous avons saisi cette opportunité de recevoir, comme chaque année à cette occasion, la société sénégalaise de néphrologie, dialyse et transplantation (SOSENDT). L’entité réunit des spécialistes de la santé rénale au Sénégal qui, au delà de la prestation médicale, se mobilisent pour sensibiliser les autorités publiques et les populations sur les mesures préventives et curatives. Un réel engagement citoyen que nous avons toujours du plaisir à relayer.

La SOSENDT a été mise en place à l’initiative des Professeurs de médecine Boucar Diouf, Abdou Niang et El hadj Barry Ka. Ils ont été les trois néphrologues que comptait le Sénégal à l’époque, en 2005 et l’un de leurs objectifs était de promouvoir cette spécialité au Sénégal. Le résultat est tangible puisqu’à ce jour, il existe plusieurs dizaines de néphrologues qui sont au chevet des patients au quotidien. L’école de Dakar, comme ils l’appellent, forme également beaucoup de spécialistes en provenance de la sous-région ouest africaine et du Maghreb. Par ailleurs, les efforts combinés de la SOSENDT et de l’Association des malades ont conduit à l’adoption par le Gouvernement du Sénégal, de la gratuité de la dialyse dans le public.

Il reste que de l’avis de beaucoup de spécialistes et d’observateurs, des efforts doivent encore être consentis afin de soulager davantage les patients. C’est ce que nous avons essayé de cerner au plus près en invitant à la session du 5 mars 2023, le Dr Maria FAYE. Elle est professeure de médecine à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Maitre de conférence, Agrégée en néphrologie.

La néphrologie, cette spécialité médicale qui s’occupe des pathologies rénales et que beaucoup de sénégalais connaissent par le biais de la dialyse. Le nom de cette spécialité est dérivé d’un organe appelé néphron qui est l’unité fonctionnelle du rein. Chaque rein en comporte 1 million à 1,5 millions et vous le savez maintenant, le corps humain dispose de deux reins. On peut vivre sa vie avec un rein fonctionnel mais l’organe a du mal à jouer le rôle qui est le sien, l’on devient malade, on est atteint d’insuffisance rénale, une maladie qui tue, qui appauvrit, qui fait mal mais qu’on peut surtout prévenir.

Augmenter ses chances de survie

Un patient peut souffrir d’insuffisance rénale aiguë ou d’insuffisance rénale chronique. Si le premier tableau peut être pris en charge avec des chances de réussite, il en est autrement du second. Et c’est à ce que niveau qu’une consultation précoce est importante, et pour plusieurs raisons d’ailleurs. Lorsqu’il est détecté sur la base d’analyses médicales, le patient qui souffre d’insuffisance rénale aiguë est pris en charge et la maladie peut être traitée. La personne doit quand même faire l’objet d’un suivi médical pour éviter qu’il ne développe à nouveau une insuffisance rénale aiguë qui peut évoluer vers la chronicité.

Le cas le plus difficile reste le malade qui est atteint d’insuffisance rénale chronique. C’est un cas mortel si la personne ne bénéficie pas de la dialyse ou de la greffe de rein. C’est pourquoi d’ailleurs, il est important d’accorder une plus grande attention aux facteurs qui favorise sa survenue. Les deux premières causes d’insuffisance rénale chronique sont par ordre d’importance, au Sénégal, le diabète et l’hypertension artérielle. Ce qui signifie que l’ensemble de la population doit accorder une attention plus accrue à ces facteurs.

Les autorités sanitaires en font une priorité de telle sorte que tout patient souffrant de l’une ou l’autre de ces pathologies est systématiquement dépisté pour l’insuffisance rénale. Si la détection du diabète ou de l’hypertension artérielle est rapide et plus accessible, il faut des analyses plus approfondies pour détecter l’insuffisance rénale. C’est pourquoi, tout intervenant en milieu hospitalier peut solliciter de diagnostic et renvoyer le patient vers un spécialiste dès qu’une anomalie est détectée. Lorsqu’un patient est atteint d’insuffisance rénale chronique, la guérison ne peut plus se faire. L’objectif médical est d’ailleurs de ralentir au mieux la progression vers l’insuffisance chronique terminale. La détection à un stade précoce permet au malade de profiter d’une prise en charge qui s’il n’avait pas lieu, aurait fait intervenir le stade de dialyse beaucoup plus tôt.

Il existe, sur la maladie, des données au niveau national, sans que celles-ci ne soient complètes. Des études sur l’insuffisance rénale chronique avaient été menées, dans le passé, au niveau des régions de Saint-Louis et de Louga (Géoul). Celles-ci situaient le taux à 3% alors que les chiffres en milieu hospitalier avoisinnaient les 7%. D’autres données viennent au quotidien alimenter les bases de données mais il faut mener une étude d’ampleur, au niveau national, qui devra cependant mobiliser davantage de moyens. Professeur FAYE a cependant précisé que cette situation ne retarde pas réellement la mise en oeuvre des stratégies de prévention et de prise en charge des maladies puisqu’en milieu hospitalier, les prévalences sont connues.

Accorder plus d’attention à notre alimentation

S’il n’y a pas encore d’études connues, qui établissent un lien direct entre l’insuffisance rénale et notre consommation quotidienne, il est aujourd’hui connu que le diabète et l’hypertention artérielle ont un rapport avec ce que nous mangeons. Ces pathologies étant les premières causes connues de l’insuffisance rénale au Sénégal, la relation est vite établie.

Il nous faut donc faire attention dans nos usages du sel, du gras et du sucre, surtout que l’hypertension artérielle chez le sujet noir est sensible au sel. C’est connu, le Sénégalais consomme beaucoup trop de sel, ce qui nous expose à toute sorte de pathologie. Pour avoir un ordre de grandeur, il a été précisé lors de cette discussion que la moyenne admise est de 10 à 12g de sel par jour. Nous en sommes régulièrement à 25 voire 30g de sel par jour, compte non tenu des abus dans les matières grasses et le sucre.

Une sensibilisation accrue des autorités et des consommateurs est donc primordial et les alertes en ce sens ne cessent de venir des spécialistes. Apprenons à prendre soin de notre santé. C’est très largement à notre portée et la décision est d’abord et avant tout individuelle. C’est de notre responsabilité.

Insuffisance rénale chronique et usage des décoctions

De l’avis du Pr Maria FAYE, agrégée en néphrologie, diverses études menées au Sénégal ont démontré l’effet accélérateur de l’usage de décoction vers la phase terminale de l’insuffisance rénale chronique. Ce fait a été établi grâce aux biopsies menées chez des patients. Une biopsie est le prélèvement d’une très petite partie d’un organe ou d’un tissu pour effectuer des examens concernant un être vivant. Ces examens ont montré que les reins de patients qui consommaient des décoctions présentaient des lésions qui n’étaient pas en rapport avec la pathologie rénale. Mieux, le malade qui en consomme peut atteindre le stade terminal de l’insuffisance rénale chronique en un laps de temps dix voire quinze fois plus rapide qu’un patient qui n’en consomme pas. C’est une perspective d’une année contre 10 à 15 ans.

Les spécialistes peinent cependant à déterminer le type de décoctions et les quantités qui en ont été ingurgitées. Les patients refusent, jusque là, de collaborer avec les spécialistes, en mettant notamment à leur disposition les décoctions ou en permettant d’identifier les prescripteurs. Des études toxicologiques pourraient s’avérer nécessaires pour davantage comprendre ce phénomène. L’usage de décoctions de toutes sortes ne devrait nullement surprendre au vu de la médiatisation dont cette activité bénéficie. Des personnes continueront de consommer ces déconctions, si rien n’est fait. Et c’est l’autorité étatique qui est ici interpellée.

Il ne s’agit pas de diatribes contre la médecine traditionnelle que les autorités publiques sénégalaises tendent d’organiser. Pour preuve, un décret a institué au niveau du Ministère de la Santé et de l’Action Sociale, une Cellule de la médecine traditionnelle. L’entité est notamment chargée d’impulser et promouvoir la médecine traditionnelle dans le système national préventif et curatif, d’organiser l’exercice et la pratique de cette médecine et d’en suivre les actvités.

Des collaborations peuvent donc être envisagées avec les tradipraticiens et les spécialistes de la santé publique, lorsque cette collaboration est dans l’intérêt du public et dans le sens de préserver la santé des populations.

Dialyse et transplantation au Sénégal

Au moment où ces lignes sont écrites, la dialyse est devenue une activité médicale presque normale. Elle est régulièrement effectuée auprès des établissements hospitaliers, du public comme du privé. Avec l’investissement des pouvoirs publics, des centres de dialyse sont implantés dans toutes les régions du Sénégal, malgré le fait que tous les malades ne puissent encore en bénéficier faute de places disponibles.

Encore aujourd’hui, des concitoyens dont l’avancement de la maladie nécessite la dialyse décèdent parce que le public est saturé et les sommes demandées dans le privé restent exorbitants. Les autorités publiques et les spécialistes sont à pied d’oeuvre pour qu’une fois démarrée, la transplantation puisse se poursuivre et dans de meilleures conditions.

Le Conseil national du don et de la transplantation veut s’entourer de toutes les garanties contre d’éventuels dérives ou manquement qui pourraient subvenir. Il existe des pays qui avaient démarré la greffe sans avoir au préalable une loi qui organise l’activité, ce qui a été à l’origine de difficultés, tandis que d’autres ont arrêté au bout de quelques années parce que le système n’était pas bien élaboré ou préparé. Et il faut se prémunir avant tout de la vente d’organes. En tous les cas, il est important de sensibiliser davantage les populations sur les enjeux du don du rein notamment comme alternative à la dialyse. D’ailleurs, le processus de préparation et d’adoption de la loi a impliqué aussi bien la société civile; les sociologues que les groupes religieux.

Les coûts liés aux opérations médicales de greffe du rein seront-ils supportés par l’Etat, en totalité, en partie ou pas du tout? Le seront-ils aussi bien pour le patient bénéficiaire que pour le donneur, ou l’un sans l’autre ? Il n’y a pour le moment pas de décision prise à ce sujet, les discussions se poursuivent et certainement que la meilleure décision sera prise, et qui évitera que la greffe ne bénéficie qu’aux nantis.

Au Sénégal, seul le donneur vivant est admissible par la législation et il doit être apparenté au bénéficiaire (conjoint, parent du premier ou 2e degré). Bien que l’opération n’ait pas encore débutée, les spécialistes en parlent déjà aux patients et à leurs familles afin de les y préparer. A chaque fois que ces discussions aboutissent à un accord sans contrainte, des études sur la compatibilité entre le donneur et le receveur sont entreprises. La décision finale de transplantation sera prise par un juge au niveau du tribunal.

Selon les spécialistes, l’opération de soustraction et de greffe est largement à la portée des praticiens. A l’occasion, le rein prélevé sur le donneur sera greffé dans le corps du patient atteint d’insuffisance rénale. Des médicaments anti-rejets lui seront prescrits afin que son organisme tolère le nouvel organe ou en tout cas ne le rejette pas. La disponibilité de ces médicaments est donc une donnée essentielle pour la réussite du processus. La pénurie de médicament commence à devenir monnaie courante au Sénégal, ce qui ne peut être envisagé dans ce cas-ci, et même dans tous les cas d’ailleurs. La pharmacie nationale d’approvisionnement prendra certainement toutes les mesures y afférentes.

A l’issue de l’opération et sans complication inattendue, le donneur pourra rentrer chez lui au bout d’une semaine. Il fera cependant l’objet d’un suivi médical et des examens seront régulièrement effectués pour prévenir toute maladie, surtout qu’il n’a désormais plus qu’un rein. Le receveur, qui n’a plus besoin de faire de la dialyse, sera aussi suivi et toute sa vie durant, dans le respect strict des prescriptions pour éviter les rejets et atténuer au mieux les effets secondaires liés à la greffe.

Le système hospitalier sénégalais a, selone Dr Maria FAYE, la capacité de soutenir ces opérations et des hôpitaux ont déposé leurs candidatures pour pouvoir les effectuer. Le Conseil national décidera in fine des établissements aptes à effectuer la greffe de rein.

Un lueur d’espoir certainement.

Forum du Divan

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