[93]. Sénégalais à l’étranger: l’envers du décor

 [93]. Sénégalais à l’étranger: l’envers du décor

Etre sénégalais à l’étranger n’est pas une panacée, surtout avec la montée de l’extrémisme. Nos compatriotes survivent tant bien que mal tandis que d’autres se préparent au retour.

Le Sénégal est en émoi avec l’histoire douloureuse de Mbayang Diop accusée d’homicide et détenue en Arabie Saoudite. Cet anonyme devenue subitement célèbre fait partie de cette longue liste de sénégalais parties dans l’espoir d’une vie meilleure.

C’est cet espoir qui pousse des millions de sénégalais à aller à la conquête du monde avec la ferme détermination à sortir leurs familles de la pauvreté. Les sénégalais sont présents partout, en des endroits qu’il nous est difficile d’imaginer et il est tout autant difficile de connaitre le nombre. Beaucoup sont devenus binationaux ou ont acquis d’autres nationalités.

Les motifs de départ sont multiples et ce n’est pas tant cet amour du voyage et l’envie de parcourir le monde. Nous avons eu pendant des années une agriculture défaillante du fait d’une sécheresse combinée à la dévaluation du Franc CFA. Par conséquent, certains pays comme l’Italie et l’Espagne ont constitué des bouffées d’oxygène, poussant de nombreux jeunes à tenter l’immigration.

Très rapidement, les premiers arrivants ont commencé à envoyer de l’argent et des images d’une vie aisée et envieuse à leurs proches. Cela va ainsi précipiter le phénomène que nous vivons aujourd’hui. Nos milliers de bras valides sont sur les routes européennes.

Une grande catégorie d’immigrés sénégalais est constituée d’étudiants partis suivre des études supérieures dans de grandes universités. De ce groupe également, très peu reviennent au pays. La plupart auront trouvé un emploi et bénéficient d’un cadre de vie meilleur que celui offert par le pays d’origine.

Il y’ a également les femmes. Leur présence s’explique grandement par le système du regroupement familial appliqué par certains pays européens. Il a permis à certains hommes de faire venir légalement leurs épouses. Nous constatons aujourd’hui que des femmes, individuellement, tentent l’aventure et beaucoup y laissent espoir et vie.

Survivre pour faire vivre

Naturellement, des familles se sont créées. Elles constituent une réelle communauté et surtout contribuent à l’augmentation du niveau de vie de beaucoup de ménages au Sénégal. Selon d’ailleurs des données provenant de sources diverses, l’argent envoyé par la diaspora dépasse de loin le montant de l’aide au développement reçu par le Sénégal.

Ce tableau n’est pas toujours idyllique cependant. Beaucoup de jeunes sénégalais à l’étranger souffrent aujourd’hui, tombés qu’ils sont sous l’emprise de la drogue ou la prostitution. Nous savons désormais que ceux qui partent ne sont pas toujours les mieux armés pour affronter la solitude et l’absence d’autorités parentales, sociales ou autres.

Le premier obstacle est administratif puisqu’il faut être en situation régulière pour espérer trouver un emploi ou subir une formation. Ce blocage vient souvent s’ajouter à la pression familiale restée au pays et qui a investit énormément pour le voyage. Cela conduit souvent nos concitoyens à entrer dans la clandestinité, à la merci d’employeurs sans scrupules. Une vie dans la misère.

Le second est lié à l’hébergement. Il est déjà très compliqué pour un étranger en situation régulière de trouver un emploi décent. Songez que des sénégalais se partagent une chambre à six et un appartement à dix, avec tous les inconvénients que cela engendrent.

J’ai eu la possibilité de séjourner dans certains pays comme l’Italie, l’Espagne et le Portugal. Les conditions dans lesquelles nos compatriotes vivent cependant, restent très difficiles. L’espoir fait vivre et la plupart n’envisagent pas un retour au pays sans le sou. Il est “acquis” dans la mentalité des sénégalais que l’immigré est celui qui a réussi.

La course à la richesse rapide et exubérante conduit certains sénégalais à l’étranger à flirter avec des activités illicites et dangereuses. Combien avons-nous eu de sénégalais emprisonnés ou morts dans des circonstances souvent inexpliquées?

Envisager le retour ?

Avec la crise en Libye, nous avons vu des milliers de jeunes africains embarqués dans des pirogues ou bateaux pour rallier l’Europe. Ces images atroces et insoutenables de centaines de morts ont poussé les Etats africains et européens à se réunir afin d’y apporter une réponse. Des milliards de d’euros sont prévus ou déjà injectés pour “fixer” les migrants chez eux. Pari loin d’être gagné.

L’Europe et le continent américain nous font toujours rêver. C’est pourquoi, des sénégalais notamment tentent encore l’expérience du voyage en passant par le désert nigérien et libyen avec des dizaines de morts à la clé. Pourtant, l’Afrique reste le continent qui attire de plus en plus d’investissements et les économistes s’accordent à dire que le futur y sera radieux.

Il est noté enfin cette tendance au retour des sénégalais à l’étranger ainsi que d’autres fils du continent. Ceux-ci ne trouvent plus leurs places en Occident ou souhaitent participer à l’éveil du continent. Est-ce que cela fera réfléchir davantage les dirigeants ou au mieux dissuader les candidats à l‘immigration ?

Ce qui semble inéluctable, c’est la montée des partis et mouvements fascistes extrémistes en Occident. Refusons dès lors d’être leurs porte-étendards et construisons avec nos moyens notre cher pays le Sénégal.

Aboubakry Wade

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