[120]. Manœuvres autour des sièges du bus DDD

 [120]. Manœuvres autour des sièges du bus DDD

A scruter l’attitude des jeunes dans les transports publics, on se rend compte qu’une révolution est en train d’être menée. Se lever pour céder sa place à plus âgé que soit n’est plus aussi évident que cela en a l’air au vu des mises en scène. Au delà de cette question, il nous faut nous pencher sur la lancinante question de la place des jeunes. Dans différentes sphères, leur jeunesse est un frein et non une opportunité, allez savoir pourquoi

Pour écrire ce billet, j’ai emprunté à plusieurs reprises les bus Dakar Dem Dikk (3D) afin d’observer les différentes attitudes des passagers. Sans se parler, beaucoup d’interactions se poursuivent le long du trajet et dans les bus, la place assise est précieuse. Si certains se décident par habitude à rester debout, d’autres pour plusieurs raisons ont besoin de s’asseoir.

Dans les bus 3D, des messages invitent les passagers à céder la place aux personnes vivant avec un handicap et aux femmes enceintes. Leur vulnérabilité et leur difficulté à se tenir debout sur des périodes plus ou moins longues justifient certainement ces mesures. Par conséquent, elles sont désignées prioritaires pour la vingtaine de chaises installées, 25 généralement.

Et donc, a priori, seule cette catégorie mérite que vous vous leviez de votre chaise sauf si vous faites abstraction d’autres règles. Dans notre société, il est admis que les plus adolescents doivent céder la place aux plus âgés et cela dans différents lieux de rassemblement. Les transports publics ne dérogent pas à cette règle et mieux, cette attitude est interprétée comme le signe d’une bonne éducation.

Un monde qui s’effondre…

Notons en passant que certains adultes adoptent des attitudes qui frisent l’ostentation. Je ne suis pas sûr que cela relève d’un hasard à la manière dont ils s’y prennent. Ainsi, certains passagers viennent carrément se tenir devant toi avec un message clair « pousse toi que je m’y mette« . Désormais, c’est sans compter avec la détermination des jeunes aux yeux rivés sur l’écran.

Aujourd’hui, les choses semblent changer. Les jeunes vont de plus en plus se tourner vers la défiance et les filles sont à l’avant-garde de ces manœuvres. Lorsqu’on les observent dans les bus, elles sont recroquevillées, les yeux sur le bouquin ou le téléphone. A les voir, elles semblent totalement étrangères aux scènes qui se jouent de peur de croiser ces regards d’adultes.

Il faut savoir par exemple que les filles prennent toutes les dispositions pour occuper les rares places disponibles. Généralement, elles fréquentent les bus aux heures de pointe, pour aller à l’école ou rentrer à la maison. Et donc, il faut remonter jusqu’au terminus pour espérer avoir une place assise. On peut donc comprendre la difficulté à céder sa chaise au premier venu.

Ces attitudes  dans les transports publics sont le prolongement d’une réalité dans divers espaces sociaux. Jusqu’à peu, les enfants étaient mal servis dans notre alimentation quotidienne. C’était le cas surtout dans certaines familles où petits et grands partageaient le bol de repas. Les aliments nutritifs leur étaient peu accessibles alors qu’ils en avaient besoin pour leur croissance.

Xaalé amu fi palass

Il a fallu plusieurs débats autour de cette pratique pour que les uns et les autres comprennent. Aujourd’hui, certains d’entre nous consentent que les plus petits ont autant besoin de vitamines contenues dans la viande et le poisson. Des résistances subsistent néanmoins surtout de la part de personnes comme nous qui avons grandi avec ces idées, l’habitude étant une seconde nature.

Cette pratique de « cède moi ta place » est encore présente sur la scène politique et le monde professionnel. Certains ne s’imaginent même pas qu’un benjamin soit devant eux, quelque soit ses compétences et son savoir faire. Il semble qu’ils sont catalogués insouciants, irréfléchis et immatures, ce qui les mettraient à l’écart des postes de responsabilités. Aujourd’hui encore, ils peinent à émerger.

Il nous faut débattre de tous ces aspects et nous entendre sur des critères qui permettront à notre société d’avancer. En tous les cas, ces changements auront lieu, qu’ils soient le résultat d’un consensus ou d’une démarche solitaire. Il faudrait que les jeunes comprennent et puissent trouver un justificatif à cette panoplie de règles de nos différentes sensibilités.

Les élections législatives approchent et comme dans les transports publics, peu de chaises sont disponibles. Ecarter les jeunes, garçons et filles, dans la confection des listes n’est pas une chose qui leur serait étrangère. On en trouvera toujours des gens pour dire que l’Assemblée nationale est une chose sérieuse à confier aux juvéniles. Je m’adonnerai à mon jeu favori, vous compter, vous jeunes.

Alaaji Abdulaay

Blogueur citoyen

2 COMMENTAIRES

  • C’est très simple et instructif. J’aime beaucoup et partage le combat. Instruire dans la simplicité relève de la citoyenneté que nous allons conquérir ensemble. Bonne continuation.

    • Merci pour ces mots fort encourageants. Oui, nous y arriverons parce que nous sommes motivés Djily

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