[269]. Progrès et obstacles dans les efforts de vaccination au Sénégal

 [269]. Progrès et obstacles dans les efforts de vaccination au Sénégal

Le Programme Elargi de Vaccination est mis en oeuvre au Sénégal depuis 1979 par le Ministère de la Santé et de l’Action Sociale. Avec ses partenaires nationaux et internationaux, il a initié une campagne de sensibilisation autour de la vaccination à travers « Kay Naku » (expression wolof signifiant « viens te vacciner »). Ce programme de vaccination cible en particulier les enfants et les jeunes filles et vise, au delà de l’opération de vaccination, à mettre à la disposition des populations des informations fiables sur le produit médical qu’est le vaccin.

Pour comprendre davantage l’offre vaccinale en vigueur au Sénégal, les maladies ciblées, les garanties quant à l’inocuité des vaccins, nous avons invité le Dr Abdoulaye MANGANE de la Direction de la prévention à une conversation avec la communauté du Divan citoyen. Vous pouvez pour quelques jours encore, réécouter nos échanges à ce sujet.

La Direction de la prévention joue un rôle de premier plan dans la développement de la politique sanitaire duu Sénégal. Elle a notamment à sa charge la coordination des actions en rapport avec la politique de vaccination et de surveillance épidémiologique sur le territoire national. Vacciner et surveiller (les effets sur) les vaccinés sont donc ses deux missions essentielles.

L’offre dans le cadre de la vaccination de routine

L’offre vaccinale au Sénégal, dans le cadre du Programme Elargi de Vaccination (PEV) est variée. Elle cible en priorité les enfants de 0-15 mois et 9-14 ans ainsi que les femmes enceintes et les jeunes filles. Sont disponibles, gratuitement, dans les structures sanitaires du public, les vaccins contre les maladies suivantes :

  • la tuberculose,
  • la polyomyélique,
  • l’hépatite B,
  • la rougeole,
  • la fièvre jaune,
  • le papillomavirus,
  • le tétanos,
  • la méningite et
  • la diarhée.

D’autres pathodologies sont également sous surveillance. Il s’agit notamment de la rougeole et la Covid19. Si la rougeole chez les enfants connait dernière une remontée, il en est autrement de la Covid19 qui note une tendance baissière depuis quelques mois déjà. Une attention est également accordée aux fièvres hémorragiques liées aux virus retrouvés chez les animaux mais transmissibles aux humains. C’est le cas notamment de la dengue.

Les maladies dites sociales comme la tuberculose et la lèpre, toujours présentes au Sénégal, sont également sous surveillance du fait de leur forte capacité de propagation. Leur survenance est intimement liée aux conditions de vie, notamment à la promiscuité au niveau de l’habitat. Il reste que pour la tuberculose, il y’a un vaccin qui permet de prévenir les formes graves.

Il faut également relever le fait que certains vaccins ont besoin de rappels. Le mécanisme de rappel dépend fortement du procédé mis en place et, notamment la capacité du produit à booster l’immunité au niveau de l’organisme humain. Par exemple, le vaccin contre la covid19 génére une concentration d’anticorps qui baisse régulièrement. Idem pour le tétanos qui nécessite la prise d’au moins cinq doses pour se prémunir toute la vie durant.  

La direction de la prévention assure également la surveillance des effets secondaires auprès des personnes vaccinées. Cette veille se fait par le biais d’un monitoring assuré par un comité d’experts qui analyse les effets secondaires des vaccins et au besoin déclenche la riposte. La prise en charge est d’abord assurée par les districts, avec l’intervention du niveau central si l’effet secondaire est majeur. 

L’accès au vaccin, une problématique de justice sociale

Hormis le vaccin contre la fièvre jaune produit au Sénégal avec l’appui de l’Institut Pasteur, la plupart des vaccins utilisés viennent de l’extérieur. Cette dépendance, accentuée pendant la pandémie de la Covid19 a poussé les pouvoirs publics africains à engager la réflexion autour du projet Madiba qui vise la production de vaccins sur le continent africain. D’ici à ce que ce projet voit le jour, l’Etat du Sénégal, grâce à la mobilisation de ressources domestiques et l’appui de ses partenaires, continue à acheter les vaccins et à les rendre gratuits pour les populations.

C’est ainsi que le programme élargi de vaccination continue de se déployer dans les différentes localités du Sénégal. Au Sénégal, les vaccins de routine sont administrés au niveau des postes, cases et centres de santé et dans les communautés grâce aux stratégies avancées. Le déploiement de ces stratégies avancées ou mobiles permet de vacciner les enfants au plus proches de leurs lieux d’habitation. C’est ainsi que régulièrement, des séances de vaccination ont lieu chez le chef de village ou le délégué de quartier. Bien que le Sénégal enregistre une couverture vaccinale importante avec de taux très confortables, des défis subsistent encore.

L’un des défis est relatif à la diffusion d’informations erronées sur les vaccins mais largement diffusées sur Internet et divers canaux de communication. Si l’on a rajoute les agissements du mouvement antivax (dont les membres sont opposés au principe même de la vaccination), l’impact sur les communautés est non négligeable. Les effets ont été bien ressentis au Sénégal avec le déploiement du vaccin contre le cancer du col de l’utérus et contre la covid19. La meilleure réponse fournie par le dispositif en place a été de rendre disponibles et accessibles pour les populations l’ensemble des arguments et évidences scientifiques qui plaident pour l’utilité de la vaccination. Les produits administrés au Sénégal sont sûrs parce que régulièrement vérifiés dans le cadre de procédures strictes et transparentes.

L’autre défi auquel le système doit faire face est relatif aux mouvements d’humeur notés au sein du personnel de santé. Le fait que des gardiennes d’enfants aient entrepris le déplacement auprès des structures sanitaires sans que le dispositif ne soit fonctionnel a un effet de découragement non négligeable auprès des populations. Cet effet est accentué dans les cas où il s’agit de populations nomades ou de personnes dont l’agenda social ou professionnel offre assez peu de disponibilités. Afin d’atténuer ces effets, le dispositif vaccinal organise régulièrement des sessions de vaccination le week-end.

La stratégie école est également un bon outil de mobilisation. C’est un système de parainag e par les éléves, déployé de concert avec la division médico-scolaire, afin d’aider les cibles à avoir un meilleur statut vaccinal. Chaque élève étant en soi un bon relais au niveau du cercle familial, leur mobilissation peut contribuer de manière positive aux succès des campagnes de vaccination. La stratégie est déployée par les prestataires sur le terrain à travers des phases pilotes. Le ministère de la santé travaille à sa vulgarisation.

En tous les cas, des directives ont été données par les autorités sanitaires afin que l’offre de vaccination reste disponible en qualité et en couverture.

Dispositif de contrôle de la qualité du vaccin

Le vaccin est un produit exigeant qui a besoin d’une bonne conservation pour garantir ses effets. Son rôle est de prévenir la maladie et non pas de nuire à l’enfant ou à la femme qui le reçoit. Comme tout produit sensible, le vaccin a besoin d’un environnement adéquat qui doit être garanti sur toute la chaine, depuis le fabricant jusqu’au bénéficiaire. Tout un dispositif est mis en place au Sénégal pour garantir la qualité du vaccin

La commande de vaccin est réservée aux seules entités qui en ont la charge. C’est la raison pour laquelle, il n’existe pas de « marché noir » du vaccin. Une fois la commande faite et que le produit arrive au Sénégal, un comité d’expert, au niveau de l’agence de règlementation pharmaceutique, s’assure de l’inocuité du vaccin. Cet examen se fait sur la base des spécifications de la commande, de la documentation qui accompagne le vaccin et de l’analyse de quelques échantillons. Si le vaccin peut être administré, le comité donne son quitus.

Le vaccin est conservé à des températures déterminées dans des chambres froides afin de garantir la permanence de la chaine. La distribution dans les régions se fait à l’aide de camions frigorifiques avec un dispositif de monitoring des températures. Les vaccins sont stockés là également dans des chambres froides avant que les districts sanitaires ne viennent se ravitailler à l’aide de glacières adaptées avant leur conservation dans des réfrigérateurs spécifiques. Pendant les séances de vaccination, les produits sont gardés dans des porte vaccins jusqu’à leur administration au bénéficiaire.

Autant des efforts sont entrepris dans le public pour assurer au vaccin un environnement de sécurité, autant des choses doivent être régulées dans la pratique des officines privées. Ces écarts sont d’autant plus intolérables que toutes ces entités font partie intégrante du système de santé sénégalais. Il semble que des mesures sont en train d’être prises dans le cadre de procédures d’enrolement et d’homologation de matériels.

La prévention coûte moins chère que la prise en charge

On ne le répétera jamais assez, la prise en charge de la maladie coûte chère, aussi bien à l’Etat qu’aux familles. Malgré tout l’investissement dans les infrastructures et les ressources humaines, le Sénégal pourra difficilement assurer une prise en charge optimale de toutes les pathologies et sur tout l’étendue du territoire. Des choix sont et seront opérés, ce qui pourrait aboutir à des exclusions. C’est la raison pour laquelle, la prévention demeure un des atouts de notre système de santé.

Qui dit prévention, dit communication et large information du public et des cibles spécifiques. En cela, les média sont des partenaires clés. Il nous faut des médias de développement qui intégrent dans leurs programmes une large gamme de messages de prévention. Il y’a eu de belles exemples d’engagement dans ce sens lors de la gestion de la pandémie de la Covid19. 

Il reste que le volontarisme de certains acteurs devrait être soutenu par un cadre institutionnel en mesure d’organiser l’intervention des acteurs. L’un des atouts du système de prévention au Sénégal reste la surveillance et la maitrise du processus par le personnel médical. Il reste donc à travailler pour davantage asseoir une politique de vaccination qui tend vers la réduction de la dépendance vis-à-vis des partenaires. Ce n’est qu’à ce titre qu’un investissement prioritaire pourra être orienté vers la recherche sur les maladies non transmissibles comme l’hypertension, le diabète ou les maladies rénales qui pénêtrent les communautés.

Lors des échanges, plusieurs propositions ont été formulées afin d’arriver à un financement domestique de la vaccination.

  • établir une règlementation qui impose aux annonceurs et aux diffuseurs la mention de messages de sensibilisation dans le cadre de la publicité de certains produits et biens de consommation.
  • créer une taxe spécifique pour financer les programmes et projets de prévention ou les campagnes de vaccination.
  • encourager l’orientation des actions en responsabilité sociétale d’entreprises vers la prise en charge de campagnes de sensibilisation
  • mettre en lien le bénéfice de certaines prestations sociales au respect du calendrier vaccinal des enfants, sous réserve du respect du principe du consentement volontaire à la vaccination

Forum du Divan

Vous exprimer sur le sujet

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

For security, use of Google's reCAPTCHA service is required which is subject to the Google Privacy Policy and Terms of Use.

I agree to these terms.

×

Hello!

Click one of our contacts below to chat on WhatsApp

× Comment puis-je vous aider ?