[22]. Le mur turc de la corniche, ultime provocation?

 [22]. Le mur turc de la corniche, ultime provocation?

Le mur turc de la corniche pour l’érection de l’ambassade de la Turquie a fait naître un mouvement dénommé Non Au Mur. Cette initiative a regroupé des citoyens et défenseurs du littoral conscients leurs responsabilités. L’issue de cette confrontation ne semble pas si évidente pour plusieurs raisons.

Un mur, une corniche, une ambassade, un parcours sportif, un ministère, une mairie et peut être nous citoyens… Tels sont les acteurs de la scène qui se joue depuis quelques jours sur la corniche Ouest de Dakar.

Pour ceux qui ne connaissent pas la zone, c’est là où sont implantés Radisson Blu et Terrou Bi, deux hôtels. Nous avons également dans la zone un parc d’attraction le Magic Land, la Place du Souvenir et le centre commercial Sea Plaza. Ce voisinage a eu, par conséquent, la prérogative de nous priver ou nous faire facturer l’accès à la mer et à la plage. Ils ont pu, grâce à la complicité des différents régimes qui se sont succédés, s’approprier de ce bien commun.

Je me suis intéressé à cette affaire pour deux raisons disons. La première tient au fait qu’à ma ville Kaolack, une des activités favorites était les longues baignades sur le bras de mer. L’eau, quoique salée, était notre seul espace d’apprentissage gratuit de la nage et par lequel nous avons osé le contact avec le grand bleu. Aujourd’hui encore, une grande partie de l’accès à Mbossé est privatisée par un hôtel.

La seconde raison qui m’a fait m’engager est le fait que des citoyens de Dakar se soient levés pour dire non. Même si le promoteur est une ambassade ou que la procédure formelle ait été suivie, n’empêche. La pétition « Non Au Mur » a été lancée et je l’ai signé, tout comme nombre de nos compatriotes choqués par ces pratiques.

Les renvois de balle entre le Maire de Dakar et le Ministre de l’urbanisme n’éclaire pas davantage et à juste raison d’ailleurs.

Quelle place pour les citoyens dans une République?

Je préfère passer sous silence cette querelle qui me semble être sous tendue par un conflit de compétence quant à l’autorité la plus indiquée pour donner l’autorisation de construire. Pendant que nous échangeons sur ce conflit, le mur turc de la corniche a commencé à prendre forme. Il est visible sur l’image d’illustration de cet article.

La véritable question se situe à notre niveau. Quel(s) rôle(s) sommes-nous prêts à jouer en tant que citoyen-ne de cette République ? Jusqu’à quel niveau nous sentons-nous concernés par ce qui se joue sous nous yeux ? Je notais récemment sur Facebook que dans toutes les démocraties modernes, l’opinion avait de la valeur. Celle-ci ne résulte cependant pas d’une volonté généreuse des pouvoirs publics mais d’un engagement permanent du citoyen à exiger des comptes.

Je soutiens donc cette démarche en ce qu’elle révèle une capacité d’initiative citoyenne à faire face. L’architecte Pierre Goudiaby Atepa n’avait de cesse de s’insurger contre l’occupation de l’espace public maritime. Sa voix semble t-il, n’avait pas porté jusque là mais je ne fais la leçon à personne parce qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. Ce mur turc de la corniche est un test et n’est pas l’affaire de ses initiateurs. Elle interpelle notre capacité à démontrer notre intérêt pour les combats citoyens.

Par ailleurs, l’expression d’une indignation n’a pas besoin d’être violente ni désobligeante. Elle a cependant besoin d’une majorité qui la porte et la partage. Cette exercice de la citoyenneté n’est en rien lié à un combat politique ni à une volonté d’enrailler le progrès. Elle est la juste réaction d’une mesure injuste et c’est dans la marche normale d’une République. L’ avenir de ce mur de la corniche constituera un message pour tout ceux qui nous gouvernent avec les œillères de leurs intérêts personnels.

Mise à jour

Les autorités turques ont finalement décidé de renoncer à l’édification de leur ambassade sur la corniche, ce 26 mai 2014. Les autorités trouvent un compromis et les défenseurs du littoral exultent. Paix des braves.

Alaaji Abdulaay

Blogueur citoyen

2 COMMENTAIRES

  • J'ai vécu 5 ans à Dakar, notamment à Fann Hock, non loin de la Corniche. Cet appropriation de l'espace public par des privés, quels qu'ils soient, est toujours une forme de violence faite au peuple, aux "petits", à tous ceux que l'argent roi spolient. Puissiez-vous résister et conserver cet espace de respiration pour tous…

    • Nous citoyens sommes déterminés à faire changer les choses parce que c’est notre legs aux futures générations qui est en jeu. Merci pour le soutien

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