[37]. Nouvelles choquantes dans la presse

 [37]. Nouvelles choquantes dans la presse

Je voudrais faire cette semaine quelques commentaires sur des nouvelles qui me sont parvenues au cours des derniers jours. Elles sont relatives à l’actualité sénégalaise et ont attiré mon attention parce qu’elles ont été choquantes dans leurs démarches et leurs objectifs.

La première nouvelle concerne le déplacement de la commission d’instruction de la Cour de répression et de l’enrichissement illicite auprès du patient Bibo Bourgi, partie au procès qui oppose le procureur spécial à Karim Wade.

La seule question que je me suis posé en prenant connaissance de cette information a été celle-ci : A quelle fin?

Je ne reviens pas sur les arguments des avocats de Bourgi à l’appui de leur demande de transfert du malade vers la France. Je crois qu’ils avaient suivi la procédure et tenté vaille que vaille d’obtenir l’autorisation de sortie du territoire de leur client.

Les magistrats avaient certainement jugé à l’époque « peu crédibles » les certificats médicaux produits. Faisant preuve de perspicacité et suite aux demandes incessantes des avocats, la Cour a commis deux médecins, inscrits au tableau de l’ordre et certainement crédibles dans leurs spécialités.

Le diagnostic était on ne peut plus clair. Bibo était malade et les soins que nécessitaient son état ne peuvent lui être procurés dans cette terre de Téranga. Alors grande a été ma surprise, et la vôtre probablement, d’apprendre que les juges et le procureur spécial avaient décidé d’aller constater de visu cet état de santé.

Il a même été dit que la Cour voulait vérifier sur place si ces médecins étaient réellement en poste dans ces hôpitaux. Ce qui me semblait tiré par les cheveux parce qu’on ne peut commettre un expert, attendre qu’il dépose ses conclusions et vouloir entreprendre bien plus tard ce qui devait être une démarche préalable.

Ce thiakass thiakass a été choquante pour moi parce qu’il ne se limitait pas à mettre en doute la crédibilité du diagnostic médical mais à fouler au pieds les règles juridiques et éthiques. Un tribunal peut ordonner une expertise mais il est lié quant au contenu.

Soit il le prend pour argent comptant parce que les énonciations font foi par le simple fait qu’elles ont été le fait d’agents assermentés qui ont juré sur l’honneur d’exercer leur métier avec intégrité et honnêteté;

soit il le met de côté, ce qui ne répond à aucune logique puisqu’une expertise est faite dès lors que le besoin s’est fait sentir;

soit il demande une contre expertise et les modalités énoncées plus haut s’appliquent.

En aucun cas et dans aucun pays du monde, une constatation d’un juge ne peut remplacer une expertise médicale. Ce n’est même pas de l’excès de pouvoir. C’est juste gros.

Et s’ils se sont déplacés pour souhaiter un prompt rétablissement au patient Bourgi, eh bien suis encore plus désolé. Une cour ne se déplace pas pour aller s’enquérir de l’état d’un malade.

J’ignore quels ont été les constatations faites ni l’objectif in fine. C’est la démarche en elle-même qui est cavalière et dangereuse. On l’évaluera à sa juste valeur si on se mettait à questionner les conditions et modalités des délibérations judiciaires. L’exception d’une juridiction, n’autorise pas tout.

L’autre nouvelle qui a provoqué un choc a été l’affaire du meurtre de l’étudiant Bassirou Faye et la réaction des autorités, aussi bien policières que politiques.

La première chose choquante dans cette histoire a été le peu de sénégalais surpris par ces évènements. On ignorait sans doute quand cela allait se produire mais tout le monde était unanime sur le fait que, tôt au tard, l’irréparable allait avoir lieu.

Je dénonçais dans un billet précédent la tendance à enserrer l’UCAD entre caserne et case des tout-petits, ce qui ne répond ni à la vocation, ni aux réalités de cet espace de liberté et de réflexion critique. La présence policière dans nos universités a toujours gêné, gêne et gênera encore.

Bassirou FAYE y a perdu la vie, d’autres y ont enregistré des blessés plus ou moins graves par le simple fait d’un système incapable d’assurer à nos étudiants le paiement à temps de leurs bourses d’études.

Pour qui n’a pas été étudiant, une bourse te permet de te nourrir, de te vêtir, de payer ton loyer si tu résides au campus, de payer les photocopies et accessoirement de garder quelques pièces de monnaie en poche.

C’est vital pour un étudiant, tout comme un salaire est vital pour un fonctionnaire et je refuse de croire que les différents gouvernements qui se sont succédés ne font pas exprès de ne pas rendre disponible à temps cette masse boursière. Ma lank ba teud si nadj bi.

C’est hilarant la rapidité avec laquelle l’argent est disponible une fois que des pneus sont brûlés sur l’avenue Cheikh Anta Diop ou qu’un ngenté toubab est instauré au sein du campus.

Et puis, en toute majesté, ils viennent nous parler de conspiration et d’infiltration.

Je commence à être long. On se capte plus tard si vous le voulez bien.

Alaaji Abdulaay

Blogueur citoyen

4 COMMENTAIRES

  • c'est vraiment navrant li andoul ak diengue l'université n'est pas un abattoir qui est fou pour donner l’ordre de tirer sur des étudiants tamit . gni dougnou force de l'ordres

    • La brutalité et l’ampleur des blessés laissent à penser que cette action a été planifiée. Il y’ a eu un mort, certains perdront la vue et d’autres verront leurs membres amputés. Il ne faudrait pas qu’on se limite à poursuivre les auteurs de ces actes ignobles. Les commanditaires devront aussi rendre compte.

  • Très bel article et bien pensé aussi J’interviens juste au sujet de ce drame à l’ucad en tant qu’étudiant et soucieux du vécu de mes camarades. Je pense comme vous lavez dit, que le constat est là, l’Etat a failli à sa mission ce qui fait qu’il se retrouve aujourd’hui dans une situation qu’il aurait pu éviter s’il avait auparavant pris les mesures idoines

    • Les gens n’ont eu de cesse de se plaindre de la présence policière au sein même du campus, comme s’il fallait narguer et provoquer. L’Etat est responsable en faisant la sourde oreille aux récriminations. On a d’ailleurs voulu discréditer tous les acteurs qui ont voulu à un moment jouer aux médiateurs entre le gouvernement et les étudiants. La société a aussi failli en ne se mobilisant pas assez pour dire basta et rappeler aux uns et aux autres leurs obligations.

Vous exprimer sur le sujet

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Discutez avec nous
Besoin d'aide ?
Scan the code
Bonjour 👋
Dites-nous comment nous pouvons vous aider !