[138]. Non-dits du rapport sur la corruption au Sénégal

 [138]. Non-dits du rapport sur la corruption au Sénégal

wambedmi, oser la citoyenneté

L’OFNAC avec le concours du PNUD a commandité un rapport sur la perception et le coût de la corruption au Sénégal. L’étude a ciblé le grand public, le secteur privé, la Justice, l’Administration, l’Assemblée nationale, les médias, la société civile et les partenaires techniques et financiers. Lorsqu’on parle de perception de la corruption, la prudence est importante.

Elle l’est d’autant plus que l’acte de corruption a souvent lieu entre quatre murs. Il reste cependant que les corrupteurs vendent toujours la mèche, d’où les différents niveaux de connaissance. Par ailleurs, une perception peut s’approcher de la réalité ou s’en éloigner, toutes proportions gardées. J’ai donc décider d’exploiter la source première en lisant le rapport dans son intégralité.

Je partage donc des éléments qui m’ont semblé importantes dans ma perspective citoyenne. Sans trop faire de commentaires dans la première partie, je vous livre mes impressions en fin d’articles.

Le rapport a pris le soin de définir la perception. Elle s’analyse comme « un processus par lequel un individu choisit, organise et interprète des éléments d’information externes pour construire une image cohérente du monde qui l’entoure« . Et donc les mesures fondées sur la perception de la corruption peuvent être relativement précises. Elles peuvent l’être dans la détection mais se révéler peu pertinentes lorsqu’il s’agit d’en mesurer l’ampleur.

Selon le rapport, est acte de corruption la proposition par un usager de verser une contrepartie à un agent en échange d’un service gratuit. Il en est de même de la sollicitation de cette contrepartie par l’agent lui-même. Dans le même lot, on cite l’utilisation du réseau par un usager pour accéder facilement à un service et/ou le retardement d’un service en vue de recevoir une proposition de corruption de la part d’un usager.

L’étude catégorise les différentes formes de perception de la corruption au Sénégal. Elle est entendue lorsqu’elle découle du « bouche-à-oreille » ou à travers la radio et la télévision. La corruption rencontrée grâce à la lecture de supports physiques ou électroniques quant à elle est dite corruption lue. Par contre, lorsque l’individu a aperçu une transaction corruptive ou en a été témoin, on parle de corruption vue.

Par conséquent, une attention particulière doit être accordée aux cas vus car tous les autres cas ont une même origine : le vécu. Des personnes ayant été témoins de cas de corruption ou détenant  des preuves pouvant établir des faits de corruption, en ont parlé. Et comme des cercles concentriques, ces informations se sont diffusées de plusieurs manières, alimentant les discussions et les articles de presse.

Les plus et moins corrompus: la notation

Si nous mettons en avant la corruption vue, les secteurs du public les plus corrompus sont dans l’énergie et la sécurité publique. Ils sont suivis ensuite par les secteurs de la santé, les douanes et les impôts et domaines. Dans le privé par contre, les sièges sont occupées par d’autres acteurs. Dans l’ordre, nous avons l’éducation, les télécommunications, les prestations de services, les bâtiments et travaux publics et l’industrie.

Selon toujours les conclusions du rapport, les riches, les fonctionnaires et les acteurs politiques sont les corrupteurs en chef. On retrouve également dans ce groupe les acteurs du transport, les agents du service privé avec un net pourcentage d’hommes. Ils agissent principalement sur d’autres fonctionnaires, les comptables et les directeurs et superviseurs.

Les régions qui viennent en pôle position confortent ces idées reçues. Sédhiou, du fait de sa position frontalière et l’abondance des ressources naturelles souvent illégalement exploitées, est en tête. Dakar la capitale vient en seconde position puisque l’essentiel des transactions économiques y est concentré. Pour les interviewés, le manque d’éthique, la pauvreté, la faiblesse des salaires et l’ignorance cimentent la corruption au Sénégal.

Selon l’étude, les plus instruites sont celles qui paient le moins de pots-de-vin comparé aux analphabètes. Ceux avec des salaires compris entre 200 et 500 000 F CFA, sont plus corrompues que les personnes avec un revenu mensuel inférieur ou supérieur à cette fourchette. Si les femmes sont moins corrompues que les hommes, les moins de 20 ans et les plus de 50 ans sont moins corrompus que ceux dont l’âge est compris entre 20 et 50 ans.

Au delà de la théâtralisation

La publication du rapport a suscité beaucoup de réactions de la part de l’opinion et des pouvoirs publics. Il est évident que des acteurs peuvent avoir des interprétations différentes suivant leurs centres d’intérêt et <préoccupations. Il reste qu’on n’en peut tirer prétexte pour noyer le poisson dans l’eau ou jeter le bébé avec l’eau du vin. Le débat doit être à un autre niveau.

Si on veut résoudre l’équation de la corruption, il nous faut avoir le courage de toucher aux raisons véritables et les corriger. Il est bon de mettre l’accent sur la petite corruption mais la grande corruption existe et reste aussi ravageuse. Ceux-là se sucrent sur le dos des sénégalais et sont à col blanc, poussière douléne diégué. Et donc à parler d’éthique, il faudra pointer du doigt ces intouchables dont les actes polluent nos narines.

On peut également mettre l’accent sur la sensibilisation des populations et le renforcement de l’appareil répressif mais à quelle fin. N’a-t-on pas laissé deux jeunes filles entre les mains de la justice après qu’elles aient filmé un agent? Des dénonciateurs ont été condamnés par la justice et l’Ofnac n’a pipé mot, ngène beug lane ? On se demande d’ailleurs si nous sommes prêts à co-rompre la chaîne de la corruption au Sénégal ?

Il faut enfin évoquer la manière inéquitable et discriminatoire avec laquelle l’administration traite ses différents agents. Comment expliquer que par un simple choix un fonctionnaire des impôts puisse payer x10 son homologue enseignant ou médecin? On peut continuer à les jeter en pâture mais cela n’en réglera pas pour autant le problème et on le sait. Qu’en est-il de l’audit de la fonction publique commandé par le gouvernement?

Alaaji Abdulaay

Blogueur citoyen

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