[63]. Référendum : quand la foi devient foie.

 [63]. Référendum : quand la foi devient foie.

L’erreur sur les affiches lors du référendum portant adoption de la Constitution a fait des vagues. Au delà de la responsabilité de l’imprimeur, c’est l’image même que nous autorités ont donné du pays qui interpelle. Il a fallu donc un post sur Facebook pour que la magie des réseaux sociaux fasse le reste. Nous vous racontons à travers cet article comment toute cette histoire est arrivée.

Je ne vais pas vous faire le coup de la pub Schweppes, avec ce jeu de visuels bien orchestrés. Dans cette pub, je m’attendais à ce que la fille en mouvement tombe sur les lèvres de l’autre sur le bar. Heureusement qu’il nous sert du « What did you expect?

Dans cette affaire de l’erreur d’orthographe, je ne jetterais pas la pierre à l’agence de communication 3S qui a endossé la responsabilité de la faute dans un communiqué de presse. Wakh bi sakh dougn si sory di yaak ay lignes parce que nak la procédure de commande est bien connue : commande – maquette – bon à tirer signé – impression – livraison.

S’est-il agit d’un marché de gré à gré « justifié » par l’urgence de l’organisation du référendum dont le président de la république parle depuis plusieurs années ? d’une procédure normale d’appel d’offres mettant en compétition toutes les agences de communication de la place de Dakar ? On n’en sait pas plus d’ailleurs sur les conditions d’attribution de ce marché.

3S néna mom leu, donc nagn diap né mom leu. Kham na beuss dou niak niou nettali mbir mi noumou fa démé.

Faisons un peu plus connaissance avec celui qui a relevé la faute. Voilà ce que mon nouvel héros Doky Mouhamed DIOP me conte.

Par un post sur Facebook

« J’ai vu les affiches que les gens utilisaient pour dénoncer la propagande partisane et le choix des couleurs. J’ai prêté attention à la faute et fait une publication qui disait ceci : 

« Ces gens non seulement ils battent campagne pour le OUI avec les moyens publics, mais ils sont nuls et nuls. Depuis quand la foi qui est dans la devise un peuple un but une foi prend (e)? […]  Sunu foies yi laniou soxla !!! Waayé on se laissera pas faire ».

Cinq minutes après, on m’a informé que la publication était reprise de partout, de sites internet et sur d’autres pages sur Facebook. »

La suite, on la connait. Le ministre de l’intérieur interpellé sur la question s’est déchargé sur la Direction Générale des Elections qui a requis la mise au point de l’agence. Cette dernière a, dans un communiqué paru quelques heures plus tard, reconnu l’erreur et présenté ses excuses.

Je voudrais aujourd’hui m’appesantir sur la « puissance des réseaux sociaux » comme outil de pression et de changement. Déjà à la Rue 45, on parlait du réseau social comme d’une Nouvelle Agence de Presse au Sénégal qui démocratise l’accès et le partage d’informations. On ne vit plus sous la hantise d’être zappé par un organe audiovisuel ou d’une censure qu’on dénonce ici d’ailleurs lorsqu’elle survient. Légui dagno nande, on sait désormais où et comment véhiculer nos idées sans stress autre que les like.

Nous avions par la suite poursuivi la réflexion en évoquant Manuel Castels qui disait d’internet qu’il « renferme un extraordinaire potentiel d’expression des droits civiques et de communication des valeurs humaines. Internet met les citoyens en contact sur une agora publique pour qu’ils expriment leurs préoccupations et partagent leurs espoirs » (2002, p 203 à 204)

Un outil pour le changement?

Aujourd’hui, c’est le post d’un internaute qui a été à l’origine de l’indignation de tout un peuple. Il nous faut donc nous arrêter et réfléchir à l’utilisation que nous devrons faire de cet outil. Ce machin a été à l’origine du printemps arabe qui a fait tomber nombre de régimes dictatoriaux..

Nous ne devrons donc pas en avoir peur mais il nous faudra éduquer notre peuple à on maniement. Il n’est pas question de censure ici. La journée mondiale contre la censure sur internet sera célébrée ce 12 mars d’ailleurs. Je parle plutôt d’un projet. Que voudrions-nous en faire ? Un véritable outil de veille citoyenne, sans conteste mais quoi d’autres?

Même si je n’ai pas toute la réponse à cette question, je sais qu’il existe désormais un espace public que nous partageons avec les pouvoirs publics et leurs services de renseignements. C’est donc un espace d’où le changement pourrait survenir. Jusque là, ils parlaient et nous écoutions. Et pour nous leurrer davantage, ils nous avaient choisi des représentants, tous frais payés avec voitures en vitres teintées et numéros privés.

Désormais, ils nous parleront, nous les écouterons, nous garderons ce qu’ils ont à nous dire dans un coin de mémoire physique ou virtuelle qu’importe et nous le leur rappellerons le moment opportun. Nous entendrons toutes les voix, nous amplifierons tous les messages et nous nous parlerons. Désormais, plus rien ne sera comme avant même si le Soleil se lèvera demain à l’Est

Alaaji Abdulaay

Blogueur citoyen

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