[131]. Consommons-nous du lait en poudre ou du jus de plante?

 [131]. Consommons-nous du lait en poudre ou du jus de plante?

Comme beaucoup de sénégalais aujourd’hui, nous consommons du lait en poudre au petit déjeuner. Le fait qu’il soit un produit de première consommation suppose qu’on l’ait en bonne qualité. En est-il ainsi, du moins pour le produit disponible sur le marché? Que savons-nous du lait en poudre consommé au Sénégal? L’observation et l’analyse donnent cependant des informations qui nécessitent des mesures réparatrices. Buvons-nous du lait

Parlons du lait en poudre, sougouf meew, qui est vendu dans tout type de commerce, en sac, en kilo ou ensachés en quelques grammes. Il est très rare de prendre le petit déjeuner dans un ménage sénégalais sans qu’on ne vous propose ce petit sachet de lait en poudre.

Ou du moins ce que nous considérons comme du lait et qui est disponible sur le marché local. Comparaison pour comparaison, l’européen aujourd’hui utilise le lait cru en bouteille (UHT, pasteurisé, etc.) pour le petit déjeuner et non plus du lait déshydraté. Le lait en poudre, issu de la production animale, est devenu depuis longtemps un produit culinaire.

Déshydraté ? Oui ! Dans les années 70 à 90, des pays européens ont enregistré une surproduction de lait et ont dû faire face à des excédents. Ils ont donc eu l’idée de « déshydrater » le lait cru pour en faire un produit difficilement périssable et facilement transportable.

Le mécanisme de transformation et de conditionnement a connu plusieurs évolutions depuis lors mais en veillant à la conservation des nutriments. Donc le lait en poudre disponible en Europe redevient facilement du lait cru lorsqu’on y injecte la quantité d’eau nécessaire. Le lait déshydraté, ancien nom du lait en poudre, a cependant quitté progressivement la table du petit déjeuner, ce qui a entraîné sa forte disponibilité en Occident.

Le lait en poudre,  un héritage post colonial

Il s’est trouvé qu’à cette période, l’Afrique de l’Ouest subissait de grandes périodes de sécheresse. Et donc dans un élan d’« humanitarisation », de grandes quantités de lait en poudre ont été envoyées chez nous. Elles étaient destinées à être distribuées sous forme de dons aux élèves et à la population urbaine.

Cette situation a fait naître ou alors modifié les habitudes alimentaires auprès des citadins surtout. La sollicitation devenant de plus en plus forte, la tendance des acteurs intermédiaires ont intégré le circuit de la distribution. Et comme il fallait s’y attendre, le dilemme vendre – offrir s’est vite imposé.

C’est au début des années 90 que la logique marchande a pris le dessus et le lait en poudre a commencé à être commercialisé. Cette transition a été accompagnée par une politique d’industrialisation du secteur décidée par le gouvernement sénégalais. Au résultat, les mesures prises l’ont été au détriment de la production laitière locale qui a au fil du temps été marginalisée.

Cette déstabilisation fut un processus continu. Juste après les indépendances, des difficultés financières avaient poussé beaucoup de fermiers à arrêter leurs exploitations ou à vendre leurs propriétés à l’Etat. La politique de nationalisation qui devait aboutir à un développement du secteur, a plutôt entrainé sa chute. La progression du cheptel et le développement des unités de mini laiteries ont connu un frein.

Actuellement, le secteur laitier sénégalais ne produit que 1/3 de la consommation totale, le reste étant importé à coût de 70 milliards par année. Au-delà de l’affaiblissement du cheptel et de la filière laitière locale, le sénégalais ne consomme plus du lait.

Du lait d’origine animal au jus d’origine végétal: une (r)évolution ?

Le produit disponible sur le marché local sénégalais, communément appelé du lait en poudre, n’en est pas un en réalité. Ce que nous consommons au quotidien est du jus de plante enrichi d’éléments naturels avec un peu de lait déshydraté. Selon que l’ajout en lait déshydraté est important ou non, le lait nous semble plus bon. En clair cependant, notons que ce qui devait donc constituer la base du produit en est devenu un complément.

Nous ne buvons pas de lait même si dans le produit nous pouvons sentir du goût lacté. Il faut savoir également que la technologie permet de reproduire n’importe quel goût assimilé à un produit. Par ailleurs, la forte teneur en végétal et les additifs engendrent des complications digestives chez certains consommateurs.

Les laitiers sénégalais reproduisent le même procédé industriel avec l’utilisation de matières grasses. Ce procédé est pour eux plus rentable parce qu’il donne une marge de bénéfice. Et d’ailleurs, c’est pas sur cette seule question du lait qu’on doit réfléchir. On se rappelle de l’histoire récente au sujet du riz plastique. Les choses pourraient peut être évoluer le jour où nous commencerons réellement à nous interroger sur notre consommation.

Nous ne buvons toujours pas de lait, en pourtant. Nous avons tous remarqué que dans le Nord du pays, les populations ne savent que faire de la surproduction de lait. Sans les techniques de déshydratation et la disponibilité d’usines de collecte, le lait est déversé s’il ne trouve pas d’acquéreurs. Et même dans les cas où il est vendu, le lait cru est cédé à un prix qui ne garantit pas un revenu décent.

Il suffit juste de vouloir changer

Cette situation n’est pas irréversible parce que nous avons un cheptel d’environ 3 millions de bovins. Pour notre économie et la santé des populations, l’Etat peut mettre en place une politique adéquate, appuyée par les populations. Cela ne relève que de volonté puisqu’il y’a aujourd’hui des laiteries qui commencent à investir le secteur même s’ils sont plus dans la production de lait caillé.

Si les pouvoirs publics encouragent cette tendance, on pourra aller plus loin dans la transformation des produits locaux. Il existe énormément de produits dérivés qui pourraient, au delà des emplois crées, nous garantir une alimentation saine. Lolou rek diarna takh niou promouvoir cette filière. Président Mackyyyyyy, y’a une niche d’emploi dans ce secteur et comme yaniou digone le plein emploi…

Ce qu’il nous faut retenir finalement, c’est que les européens se tournent de plus en plus vers des pratiques que nous abandonnons. Nous pouvons en faire le constat sur plusieurs domaines notamment l’habitat, l’habillement et dernièrement la consommation.

Bandagne FALL

24 COMMENTAIRES

  • Bel exposé Bandagne,ce fut un agréable plaisir de lire cet article.
    Ou sont nos associations de consommateurs ?
    Du courage et bonne continuation.

  • Merci Bandagn Fall
    Très intéressant !

  • Merci beaucoup Bandagne de nous avoir présenté ce bel exposé.

    • Nio far Mame Coumba

  • Tu as touché lá oú ça fait mal sister. Tu nous as présenté un excellent travail, riche en informations. Courage et bonne continuation never give up.

    • Merci Gora

  • Heureusement ba douma naane lait en poudre. Merci pour la rigueur de ton analyse Bandagne. Je pense que tu n’as plus le droit de te taire. Continue ce plaidoyer pour qu’on travaille à atteindre notre autosuffisance en lait.

    • Incha’Allah Chef Mody, on en fait notre combat!

    • Allez Bandagne!!!

      • Allez nous!!!

  • Trés intéressant. Merci d’éclairer nos lanterne Bandagne! Tout cela améne á réfléchir sur notre facilité á abandonner nos valeurs et et habitudes alimentaires aux profits d’autres qui nuisent a nos bonnes moeurs et surtout a notre santé.

    • C’est ça l’énorme erreur…..oú sont les bouillie, fondé et autres. Une retroprospection s’impose.

      • En réalité, l’on est parvenu à nous faire croire que le fondé, le rouy ou le thiéré du matin sont ringards. Il faut être dans le lait en poudre, le pain, le beurre, la mayo pour respecter un certain rang social. Rien ne me semble être fait pour contrer ce mode de vie qu’on dit évolué

  • Une information que tous les sénégalais doivent avoir merci ma chère

    • Merci Abdou!!!

  • Excellent!
    Work hard

    • Merci DIONE

  • Très intéressant la facture laitière continue de grimper d’année en année et la population ne se doute même pas qu’il consomme tout sauf du lait! Alors ce même montant réinvesti sur l’élevage va assurer une consommation de lait cru qui est de qualité superieure que nos jus végétal.

    • Bonne réflexion Djiby Diagne MBAYE. Si seulement tes propos pouvaient atterrir dans les oreilles des autorités pour leur faire entendre raison!

      • Pas seulement aux oreilles des autorités mais des populations également. Il nous faut leur fournir de l’information pour renforcer le processus de décision au niveau individuel d’abord, à l’échelle de la nation ensuite Après quoi les autorités suivront

  • Très intéressant, malgré peu d’entre nous s’en rendent compte des effets négatifs que ces produits peuvent nous causer.
    Merci bcp à vous !

    • Merci Abdel

  • Merci encore bandagne fall de nous avoir presenté ce bel exposé.
    j ‘avais juste une question
    Le lait en poudre n -est -il juste un moyen de conservation du lait frais vue que nous sommes encore sous-developpes ;nous n’avons pas les moyens necessaires de consommer au goûter le lait frais ?

    • Bonsoir SARR!
      Effectivement la raison première de la fabrication du lait en poudre était de conserver le lait cru mais malheureusement avec les agro-industries qui ne pensent qu’à augmenter leur gain, ça a appris une autre tournure. Et, maintenant le lait en poudre ne provient plus du lait cru mais de jus vegetal

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