[270]. Contruire le Sénégal grâce au volontariat

Le Divan citoyen a reposé le débat sur le volontariat au Sénégal, deux ans après le vote de la loi d’orientation 2021-30 qui a tenté de l’organiser un peu plus. Votée à l’unanumité à l’assemblée nationale du Sénégal le 07 juillet 2021, la loi d’orientation a été publiée au Journal Officiel le 05 août 2021, consacrant son entrée en vigueur. Cette loi a ainsi voulu fixer « le cadre juridique permettant de créer un environnement favorable à la promotion et au développement du volontariat« .

Pour introduire le dialogue sur le volontariat au Sénégal, nous invité Seydina Mouhamadou NDIAYE ou Natty Seydi, pseudo qui est plus familier aux utilisateurs du réseau social Twitter. Membre fondateur du réseau des blogueurs du Sénégal et ancien du réseau Afriktivistes, il se réclame aujourd’hui du statut d’entrepreneur social.

Le volontariat existe au Sénégal depuis plusieurs années, nous dit-on. Un intervenant nous a d’ailleurs confié que feu le Khalife Général des Mourides Cheikh Mouhamadou Moustapha Mbacké (RTA) avait mobilisé en son temps des volontaires pour la construction du chemin de fer entre Diourbel et Mbacké. Aujourd’hui encore, la communauté des Baay Faal offre un modèle d’engagement au volontariat qu’il est utile d’analyser en profondeur.

Le Sénégal a également une longue tradition d’accueil de volontaires internationaux. Nous sommes nombreux à avoir entendu parler des « Volontaires des Nations Unies » (VNU ou UNV), du « Peace Corps » (corps de la paix américain, de la JICA (Volontaires japonais pour la coopération à l’étranger), etc. Ils nous viennent également d’autres pays et d’autres continents. Ils s’établissent dans les communautés, vivent selon les codes du milieu d’accueil, apprennent et enseignent, suivant le programme mis en place par leurs pays d’origine. A la fin de leur séjour, ces volontaires auront gagné en expérience, en connaissance de soi et des autres.

Le Sénégal a aussi une longue tradition de volontaires nationaux. On peut notamment citer, sans que la liste ne soit exhaustive, les volontaires de la Croix-Rouge, les Scouts ou encore les Eclaireurs. En milieu urbain comme en milieu rural, ils s’investissent dans la formation et l’accompagnement des communautés, pour une amélioration des conditions de vie. Au plan individuel, le passage des jeunes au niveau de ces entités contribue à leur formation et les préparent à mieux faire face à leur milieu social et au monde professionnel. La cohabitation de différents âges offrent d’ailleurs une belle opportunité d’études des moyens et techniques de transmission, de transition.

Le système éducatif sénégalais n’a pas été en reste. Il a accueilli beaucoup de volontaires qui, après trois années d’engagement, ont subi un examen professionnel en vue de leur intégration dans l’administration publique. Sur un registre plus institutionnel, le Service Civique National permet « à des sénégalais de se rendre utiles à la nation et de préserver leur droit de citoyens en augmentant leurs chances de trouver un emploi, grâce à une bonne formation professionnelle et une éducation civique de qualité« .

De quoi parlons-nous cependant ?

Volontariat, bénévolat, salariat

L’essentiel de ces notions sont définies dans la loi d’orientation. Ainsi, le volontariat est l' »engagement formel librement consenti et désintéressé, à temps plein, pendant une durée déterminée, au service du développement de la nation et en vue de l’amélioration des conditions de vie et du bien-être de la collectivité« . Cette définition met en évidence quelques principes du volontariat : la solidarité, le consentement, le désintéressement.

Ces principes sont repris par la loi et complétés par la non-substitution et la non discrimination.

  • la solidarité renvoie à la volonté d’agir au service de l’intérêt général;
  • le consentement doit être librement exprimé et exempt de tout vice;
  • La mission doit être accomplie sans contrepartie autre que la subsistance allouée. Le caractère désintéressé de l’engagement distingue notamment le volontariat du salariat considéré comme une « mode de rémunération qui repose sur l’échange marchand d’une prestation de service par une personne moyennant une rémunération régulière et sous le lien de subordination juridique avec un employeur à travers un contrat de travail« .
  • la non-substitution signifie que le volontariat ne doit déboucher ni sur une réduction ni sur un remplacement d’agents ou de travailleurs à un emploi potentiel, occupé ou vacant et à des prestataires de service disposant d’un contrat en cours. Ainsi, l’agent de l’Etat, de la collectivité territoriale, de l’établissement public, de l’agence d’exécution, de la structure administrative similaire ou de tout autre organisme public, considéré comme un travailleur au sens du travail, ne peut être considéré comme un volontaire.
  • et enfin l’interdiction de toute discrimination basée notamment sur le sexe, la race, la religion, l’ethnie, le handicap, l’appartenance géographique ou les opinions.

Est donc un.e volontaire, la « personne physique ou morale qui exerce une mission de volontariat au profit de la communauté, en lui offrant son temps, ses moyens et sa disponibilité« . Il n’est ni un salarié, encore moins un bénévole. Ce dernier statut renvoie à un investissement en direction d’autrui et en dehors du temps professionnel ou familial. L’on remarque cependant que l’engagement ou l’action librement consenti se retrouve aussi bien dans le bénévolat et le volontariat.

L’engagement au volontariat est la durée pendant laquelle une personne exerce une activité de volontariat. Cette durée ne peut excéder deux ans. Si elle peut exceptionnellement être prorogée, cette extension ne peut aller au delà de deux ans.

La loi sur le volontariat au Sénégal a par ailleurs désigné un certain nombre d’instances pouvant recevoir des volontaires. Il s’agit :

  • des collectivités territoriales
  • des établissements publics de toute nature
  • des agences et structures administratives similaires
  • des entreprises publiques
  • des organisations interétatiques
  • des organisations intergouvernementales
  • des organisations non gouvernementales enregistrées au Sénégal
  • des associations ou organisations à but non lucratif, légalement constituées ayant un minimum deux années de fonctionnement

Le volontaire n’est pas toujours en apprentissage, même si au cours de son engagement, il peut bénéficier d’une formation dans un domaine spécifique. Le volontaire rejoint sa structure d’accueil pour offrir ses services et le niveau de préparation et d’intégration prend tout son importance afin d’exploiter au mieux son séjour.

Les écueils à surmonter pour un volontariat utile

Le premier écueil qui bloque le développement du volontariat est d’ordre règlementaire. Ainsi que l’ont soulevé divers intervenants, la loi a renvoyé de multiples fois à la prise de décrets pour donner effet à certaines de ses dispositions. Nous les avons passé en revue et confirmons qu’un décret devra être pris pour déterminer :

  • « les conditions dans lesquelles une personne morale peut s’engager dans des activités de volontariat« 
  • les modalités de « protection contre les accidents du travail et maladies professionnelles, ainsi qu’une prise en chargedes soins médicaux en cas d’accident ou de maladies non professionnelles, au même titre que les salariés ou autres intervenants dans la structure d’accueil« 
  • « les montants et allocations de subsistance et de fin d’engagement, ainsi que les avantages complémentaires« 
  • « les formes et les conditions de valorisation et de reconnaissance du volontariat« 

Sur d’autres aspects encore, des arrêtés du Ministre en charge du volontariat devront intervenir pour donner effet à la loi. Si l’on sait qu’un ministre ne pourra agir qu’à la suite des directives et actes du Président de la République, l’on est en droit de se poser des questions.

Le deuxième écueil vise l’exclusion du bénévolat du champ d’application de cette loi. Pourrait-on cependant en déduire que ce qui n’est pas du salariat ou du volontariat relève, par conséquent du bénévolat ? Nous avons vu plus haut que le bénévolat est un investissement en direction d’autrui et en dehors du temps professionnel ou familial. Ce qui peut recouvrer alors l’action d’individus et/ou de groupes que nous connaissons, qui se mobilisent au sein de leurs communautés, avec un impact direct et réel. Ce secteur devrait-il rester sans un formalisme, sans un encadrement ?

Si on se réfère à la définition du volontariat, ce ne sont pas les acteurs qui manquent. En lisant ces lignes d’ailleurs, vous avez une liste de personnes et d’organismes qui défile. Nous retenons pour les besoins de notre session, le Collectif des volontaires du Sénégal (CODEVS). L’entité réunit aujourd’hui une dizaine d’organisations dont la mission est de promouvoir et développer le volontariat au Sénégal. En 2020, le Collectif a réunit des associations pour que les membres réfléchissent à la meilleure manière de contribuer, tenant compte du contexte national.

Le CODEVS en tant que fédération d’organisations communautaires favorise la mutualisation des compétences. Les volontaires des associations qui y sont se mobilisent et se s’appuient mutuellement dans le cadre de leurs activités. C’est ainsi qu’un processus d’autofinancement sur trois ans a été mis en place pour la mise à oeuvre d’activités de terrains dans 5-6 régions du Sénégal (Dakar, St-Louis, Ziguinchor, Kaolack, Fatick).

Comment valoriser l’engagement bénévole ?

Aujourd’hui, les acteurs sont unanimes sur l’utilité de l’engagement volontaire et bénévole. Il n’y a plus de doutes sur les compétences qu’il est possible d’acquérir dans le cadre de l’engagement bénévole. il s’agit entre autre de l’acquisition de compétences, des opportunités en matière d’insertion professionnelle, de la constitution d’un réseau de contacts et pour les plus entreprenants, de fortes capacités d’adaptation et d’apprentissage notamment au niveau des communautés d’où l’on intervient.

Ces expériences gagnent à être valorisées, aussi bien dans le cadre des associations qu’à titre individuel. Les associations sportives et culturelles ne semblent pas être considérées comme des entités en mesure d’accueillir des bénévoles. Elles contribuent pourtant de manière très significative à la mobilisation des acteurs dans des actions à fort impact. Se pose donc la problématique de la valorisation de leur contribution.

A ce sujet, quelques idées ont été énoncées pour aller un peu plus loin. C’est ainsi qu’il a été proposé de labelliser des associations afin de mieux organiser leurs actions. Cela permettra de valoriser l’engagement bénévole au niveau des quartiers et des associations parce que de l’avis de plusieurs intervenants, la mobilisation à ce stade est mal vue parce que considérée comme de l’oisiveté ou de manque d’ambition.

La loi d’orientation sur le volontariat semble également exclure de son champ les personnes à la retraite. A 60 ans passés, ils auront fini d’engranger beaucoup d’expériences et de savoir-faire. Les intégrer dans le volontariat pourrait non seulement leur ouvrir de nouvelles perspectives dans la gestion de leur nouveau statut de retraités, mais libère également la place pour les jeunes. Selon le domaine de compétence, le retraité peut servir dans un établissement scolaire ou sanitaire ou alors dans une collectivité territoriale.

Quelque soit le statut par ailleurs, il est utile de documenter les expériences d’engagement en vue notamment de les partager dans le cadre de livres blancs ou de notes de lecture. Ces outils permettent d’influer positivement sur les politiques et pratiques des administrations et autres structures. Il est crucial que les uns apprennent des autres, que les acteurs puissent s’inspirer mutuellement et que tous veillent à apporter une plus value à leurs actions.

Il faudrait enfin que le Sénégal se dote d’une politique nationale de la jeunesse, conformément à la Charte africaine de la jeunesse. Encore aujourd’hui, l’Etat du Sénégal continue à investir dans des politiques et initiatives sans réel impact, sans résultat probant, du fait d’un manque de cadre uniformisé.

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