[44]. Ces préfets de département, « cauchemars » de notre démocratie

 [44]. Ces préfets de département, « cauchemars » de notre démocratie

Les libertés ne peuvent s’exercer que dans une démocratie, c’est connu. Il est également connu que les préfets de département, en charge de l’animation de ce système de gouvernance ont un rôle capitale à jour. Dans notre système sénégalais, ce rôle est dévolu aux autorités administratives notamment les préfets et gouverneurs.

Nous revenons cette semaine sur le meeting du Parti Démocratique Sénégalais (PDS), la manifestation contre le sommet de la Francophonie ainsi que sur la polémique autour de l’arrêté d’interdiction du gouverneur de Dakar. Un moment de tourbillon donc à Dakar.

Restons cependant sur cet arrêté qui interdisait toute manifestation sur l’étendue de la région de Dakar entre le 10 novembre et le 5 décembre 2014. Cet acte administratif est inédit et surprenant au regard de la zone de couverture et surtout de la période concernée: 25 jours. Une curiosité qui a certainement poussé l’autorité administrative à publier un communiqué de presse niant son existence. Soit.

Je note, en passant, que le Président de la république Macky Sall et son Premier ministre avaient évoqué son existence. Le premier nommé en avait parlé lors de la « table de la presse » alors que Mouhamed Dionne a en justifié la nécessité lors de sa déclaration de politique générale. En niant jusqu’à l’existence de cet arrêté, ils consentent alors que ces deux personnalités fondent leurs déclarations sur du … vent.

Le fait est que cet arrêté est manifestement illégal et n’a trouvé sa justification qu’au travers d’un zèle. Je n’exagère rien du tout puisque l’état d’urgence, mesure de réglementation en période de troubles, n’excède 21 jours. Et ce, malgré les pouvoirs exceptionnels donnés au Président de la république. Suspendre nos libertés pour un sommet de la francophonie, il fallait le faire.

Nous avions d’ailleurs dénoncé cette propension à restreindre nos libertés dans une sorte de gouvernance liberticide qui ne disait pas son nom. Cette manière de faire est de plus en plus théorisée par des juristes de l’Alliance Pour la République (APR). En tout état de cause, les manifestations sont des libertés qui s’exercent conformément aux lois en vigueur et ceux-ci nous astreignent tous.

Le plus aisé reste l’interdiction

Un abus de langage fait d’ailleurs qu’on parle d’autorisation de manifester. Dans la réalité, nous sommes dans un régime de déclaration de manifestation soumise à l’appréciation du préfet du département. Le rôle néanmoins attendu de ce dernier est la prise de mesures tendant à rendre possible l’exercice de cette liberté. Toute autre perspective demeure infondée

Plusieurs décisions judiciaires, en France [notre pays de référence] comme au Sénégal, ont posé ce principe. La dernière en date est l’arrêt rendu par la Cour Suprême du Sénégal sur saisine de Alioune Tine de la Raddho. Les organisations voulaient dénoncer la venue à Dakar du président soudanais Oumar El Béchir sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale.

Dans les pays démocratiques, il est courant que les agendas se télescopent et il n’est pas dit que l’actualité du gouvernement doit primer sur celui de l’opposition. Le rôle dévolu d’ailleurs à l’autorité administrative est de faire que ces besoins soient satisfaits. Bien qu’étant sous l’autorité de l’exécutif, ils doivent avoir conscience du rôle qui est le leur dans la marche démocratique.

Le sommet de la Francophonie est un événement diplomatique important pour le Sénégal. Cependant, au delà de sa durée (une journée et demie), du lieu de la manifestation (Diamniadio, à la limite de la région de Dakar), du coût du dispositif sécuritaire (1 milliard environ), elle n’intéresse pas une frange importante de la population confinée dans un analphabétisme indécent.

Une autre vision du monde existe

L’idée de suspendre les droits civiques des citoyens français n’effleurera jamais l’esprit du président François Hollande. Si dans nos pays, nos dirigeants ne nous respectent pas, c’est à nous de relever le défi. Toutes les libertés et droits fondamentaux ont été le fruit de conquêtes et d’héritages à préserver et ce ne sont pas les Bush, Hollande, Obama, patati, patata qui s’en soucieront chez nous.

L’autre caractéristique de ces fora de grande envergure (sommet G8, G20, etc.) est qu’ils attirent de plus en plus les mouvements sociaux qui prônent une autre vision dans la marche du monde. La francophonie ne saurait être l’exception sauf dans un pays où tout est occasion de restreindre des libertés. Le contre sommet initié par Malick Noël Seck et autres doit être le signe d’une vitalité démocratique.

Qu’on vienne pas nous dire que cette initiative est dirigée contre Abdou DIOUF, secrétaire général en fin de mandat ou contre Macky Sall qui héritera de la présidence. La Francophonie est porteur d’idées, nous dit-on. Ceux et celles qui pensent différemment doivent avoir toute la latitude de promouvoir une alternative, une autre vision du monde. C’est de cela dont il s’agit, ni plus, ni moins.

Ces mouvements altermondialistes prendront l’ampleur du fait de leur force de propositions. Le forum social africain qui s’est d’ailleurs tenu dernièrement à Dakar en est une parfaite illustration.

Il faudrait que dans ce pays les libertés s’expriment librement. Ce n’est que dans ce choc des idées que le citoyen trouvera matière pour juger de la pertinence des propositions et des positions des acteurs. Ils disent tous que le peuple sénégalais est aujourd’hui mûr, il est donc temps de lui faire confiance.

Alaaji Abdulaay

Blogueur citoyen

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