[193]. Les secrets du succès de Golden, Sakho et Mangane

 [193]. Les secrets du succès de Golden, Sakho et Mangane

Lorsque Diomaye Augustin NGOM nous présentait le métier de scénariste, il se voyait un peu comme un agent des forces spéciales. Nous avons par la suite pu, apprécier son talent avec Golden, Sakho et Mangane, deux films qu’il a (co)écrit et qui ont connu un franc succès.

Dans cet interview, nous revenons avec lui sur l’écriture de ces scénarios, l’engagement dans le cinéma sénégalais, ce qui a fait la réussite de ces deux séries et la répartition des différentes tâches dans une production cinématographique

Comment s’est passé le contact pour que tu te retrouves scénariste des séries Golden, Sakho et Mangane?

Ce sont deux expériences complètement différentes en réalité mais qui ont en commun le fait qu’elles concernent des travaux antérieurs qui m’ont permis de nouer le contact et créer l’intérêt.

La série « Sakho & Mangane » a été le premier projet. Il  est arrivé à une époque où j’écrivais un peu en format littéraire et faisais mes débuts en écriture de scénario. Je lisais et écrivais beaucoup de scénario, en essayant justement de tourner mon premier court-métrage. Il racontait l’histoire d’un agent très brillant qui venait de sortir de l’école de police mais qui du fait de son arrogance était assigné aux cas non résolus. Ces derniers étaient souvent liés à des homicides avec des implications mystiques.

Lorsqu’il y’ a eu donc un appel à candidature de Keewu Production pour écrire une série, j’ai envoyé ce projet qui a été présélectionné avec quinze (15) autres candidats. Finalement, j’ai été retenu avec cinq autres d’abord pour créer la série puis moi et un autre avons lissé avec lissé le scénario du film « Sakho & Mangane » avec le directeur d’écriture

Avec « Golden » par contre, c’est un ami qui m’avait mis au courant. Quelqu’un cherchait un bon scénariste pour lui concevoir un scénario sur la base d’une idée sans que rien ne soit encore décidé. Quelques temps après, Mass de Marodi me convoque dans son bureau en me disant qu’il avait échangé avec différentes personnes qui m’avaient recommandé auprès de lui pour l’écriture et le développement de son projet.

Sollicitation m’était donc faite. En ce temps-là, il avait une idée plus ou moins vague de ce qu’il voulait faire avec une ébauche de scénario. J’ai dû le reprendre et avec mon équipe Brain Box, nous en avons fait une refonte complète

Combien de temps dure l’écriture d’un scénario ?

Le temps d’écriture est très aléatoire. Il dépend beaucoup du format, qu’il s’agisse d’un court ou long métrage, d’une série de 26 minutes, 35 ou 52 minutes, celles-ci étant les plus populaires.

En l’occurrence, il peut arriver qu’on écrive deux épisodes de 26 minutes en une nuit tout comme on peut avoir du mal à camper une seule séquence tout simplement parce que les intentions dans la séquence ne sont pas encore très claires ou qu’on ne se soit pas encore décidé sur certains trucs. Je ne suis pas sûr qu’on puisse donner un timing défini cependant.

Comment arriver à ce que chaque scénario soit unique ?

Je crois que la base de tout travail, c’est la recherche. C’est vraiment le fondement de tout écrit particulier ou pertinent. Cela est valable même dans un genre comme la fiction où l’auteur est libre d’inventer ou de créer des choses et des situations. La recherche permet ainsi d’avoir de la cohérence et de s’inspirer de la réalité. Cela facilite largement le rapport de l’audience au personnage et les différentes péripéties à travers lesquelles il va passer.

Ecrire un scénario unique relève par conséquent de la capacité qu’à le scénariste a surprendre de façon renouvelée son audience afin de captiver son attention.

Avez-vous opéré, pour l’un ou pour l’autre, des changements dans le scénario au fil des épisodes ou de la réaction du public ?

En réalité, ce n’est même pas une norme de suivre la manière dont le public réagit et modifier un scénario au fur et à mesure. C’est une opinion personnelle et je trouve que cela relève d’une faiblesse d’écriture et de réelles lacunes en termes de dramaturgie et d’efficacité. Après tout, une histoire bien racontée mène le public et l’audience vers sa résolution et non le contraire. Dès que le public exige d’avoir tel ou tel évènement qui arrive à son personnage et d’avoir que la série suive ses directives, c’est que le projet n’a pas su finalement accrocher et qu’au final on n’a pas assuré un travail efficace.

Cela dit, le projet « Sakho & Mangane » a été écrit avec beaucoup d’avance. On ne s’est donc pas laissé influencé ou distrait par ce que le public pouvait penser.

Pour « Golden », c’est une chose qui est beaucoup arrivé par contre. Le producteur était à fond dans des choses qui font le buzz plutôt que dans des choses substantielles. Le scénario a beaucoup subi l’influence des commentaires sur You tube. A chacun sa méthode mais se laisser influencer ou laisser le public imposer des changements n’est pas ce qui est souhaitable pour un auteur ou un scénariste.

Le cinéma est un outil d’expression de l’engagement pour plusieurs causes (politiques, sociales, militaires, etc.). Sur quelle thématique le cinéma sénégalais est engagé ?

Pour répondre à ces questions, il faut probablement avoir des outils anthropologiques ou sociologiques pour y répondre quoique le scénariste fait un peu de ce travail là aussi. J’ai parlé de la recherche précédemment et tout scénariste a, après un certain temps de carrière, cette dimension anthropologique surtout s’il fonde ses travaux sur de la recherche.

Je réalise de plus en plus que tout projet écrit a cette dose d’engagement. Je le réalise de plus en plus parce que le personnage central, quoi qu’on en dise, incarne des valeurs et des principes. Par conséquent, la façon dont il va entrainer les gens dans son aventure fait qu’il véhicule un message. C’est vraiment une réalité dans le cinéma.

Le meilleur exemple se trouve dans la manière dont l’homosexualité a trouvé sa place à l’écran. Il y’ avait un besoin de représentation et une nécessité de pousser les gens à voir au delà de l’acte physique entre deux individus de même sexe. A quelle fin? Ben qu’ils sont avant tout des humains qui ont une vie, une histoire. En fin de compte des gens normaux quoique différents. Et toute différence est à respecter.

Il reste encore du chemin à faire en termes d’engagement au niveau du cinéma sénégalais, notamment pour les séries télévisées. Certains discours ne sont pas encore totalement assumés, certains discours ne sont pas non plus documentés et donc manque de pertinence. Il se trouve par ailleurs que par manque de formation et de compréhension du métier de scénariste, l’influence et l’impact que ce travail d’engagement devrait avoir peut justement être mal perçu.

A mon sens, les dernières productions sont beaucoup allées dans le sens de l’émancipation de la femme, de sa situation sociale. Disons cependant qu’il s’est jusque-là agit d’une critique sociale en faveur des populations vulnérables en l’occurrence les femmes et les enfants victimes de pratiques discriminatoires.

Il me semble qu’on en est à ce stade de notre engagement socio-politique et culturel. De plus en plus, les gens se rendent compte de certaines inégalités et cherchent à affranchir les personnes qui sont les plus sujettes à ces injustices en mettant au cœur des thématiques traitées ces fléaux sociaux

Dans ce cas, de quelle marge de manœuvre dispose le scénariste sur une commande qui lui est faite ?

Effectivement, le travail de commande répond aux critères que recherche le producteur. Sur un commande, quelqu’un a toujours le dernier mot, que ce mot soit opportun ou non ou que le sujet soit pertinent ou non. Les producteurs par exemple ont certaines préoccupations et c’est sur ces éléments qu’ils vont principalement se focaliser.

Il arrive cependant qu’un producteur prenne un scénariste pour qu’il lui développe une idée, depuis la base jusqu’à ce que le dossier soit monté et que les dialogues soient terminés.

Comment différencier dans une production l’action du scénariste, du réalisateur et du producteur ?

C’est très simple. Le scénariste est en général l’auteur. Il est à la base d’une idée ou de son développement. Le producteur ou le réalisateur peut avoir à la base son idée mais le scénariste sera l’auteur de beaucoup de choses dans la création d’une série, d’un long ou court métrage. Il construit l’architecture, la charpente du projet, orchestre les intrigues, les rebondissements, etc.

Le réalisateur quant à lui va adapter l’œuvre du scénariste. Il sera l’auteur de l’œuvre visuelle.

Le producteur a pour rôle de trouver des financements pour que le film puisse voir le jour, de veiller à ce que le film circule auprès des diffuseurs et génère des revenus pour qu’il s’en mette pleines les poches.

« Sakho & Mangane » vient de remporter le prix de la meilleure série aux African Talents Awards. Golden de son côté est plébiscité par les internautes comme la meilleure série sénégalaise. Finalement, tu es un scénariste à succès.

J’ignore si je peux me qualifier comme scénariste à succès. C’est peut être une appréciation qui devrait venir des autres, une chose qu’on laisse aux autres le soin de définir.

La recette qui a fait fonctionner les choses, c’est avant tout un effort de recherche. Autant pour « Sakho & Mangane » que pour « Golden« , j’ai pris un soin particulier à effectuer la recherche pour avoir des idées originales. Ce qui d’ailleurs fait l’essence d’un bon scénario, c’est plus une architecture cohérente que des choses vraisemblables. Est cohérente une chose qui est documentée, qui est recherchée parce qu’il permet de tisser un fil d’une histoire qui se tient et qui est entraine.

Cela dit, ce qui fait la réussite d’un projet, c’est aussi l’équipe. Pour l’écriture du scénario de « Golden« , j’avais recruté une équipe très jeune et créative. Elle a constitué la première promotion de la boite à idées (brain box)

Sur « Sakho & Mangane » aussi, nous avons pu compter sur une belle équipe jeune et créative avec un directeur d’écriture expérimenté et un réalisateur au top.

La rédaction

redaction@divancitoyen.com

1 Commentaire

  • Je suis Mélanie alapini j’ai suivie votre série Golden…et je intéressée d’être parmi les participants…comme la fille de Jacob William…qui pourra la faire tomber…en mode vengeance et d’être abandonnée….maltraitance de ma mère…dont je dois prendre les relève avec jamil (jam’s) pour la destruction de Jacob…merci de me répondre si vous approuvez mon idée…j’habite à mbour…je vous laisse mes contactes et adresse email….je vous salue….et tout mes respects à vous tous.. .Merci…

Vous exprimer sur le sujet

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Discutez avec nous
Besoin d'aide ?
Scan the code
Bonjour 👋
Dites-nous comment nous pouvons vous aider !